Dans la garde-robe du Cirque du Soleil : de la haute couture acrobatique

C’est de la haute voltige… Sous les yeux ébahis du public, dans les airs et sur la piste du spectacle « Alegria-Un nouveau jour », installé à Bruxelles, mais aussi plus discrètement, depuis plus de 40 ans dans les coulisses du Cirque du Soleil. Pour que la magie d’un savoir-faire hors du commun opère, il faut d’abord que l’imagination prenne la forme d’un costume. Du bout de l’aiguille, l’illusion commence ici…
sosoir

D’emblée, les yeux autant chargés de féérie que devant le spectacle, en déambulant dans les coulisses du chapiteau d’Alegria- Un nouveau jour, en touchant du bout des doigts ses costumes et coiffures, en tournant les pages de sa bible (répertoriant les esquisses et photos de chaque personnage), une question nous brûle les lèvres. Sophie Bédard, cheffe des costumes, artiste – et artisane convaincue que la nouvelle génération est encore attirée par un certain savoir-faire – des coulisses du Cirque du Soleil depuis 17 ans, y répondra de son souriant accent québécois, avec enthousiasme. « Les costumes créés par le Cirque du Soleil peuvent-ils être considérés comme de la haute couture ? ».

Pour beaucoup de raisons, notamment le soin apporté au détail (les dessins floraux sérigraphiés inspirés d’un tissu imprimé, les prothèses de nez accrochées aux chapeaux eux-mêmes « vissés » sur la tête par un ingénieux système…), à l’aspect technique (l’élasticité de la matière, sa résistance aux chocs, aux lumières, aux lavages, les astuces invisibles pour renforcer la sécurité…) et, évidemment, à l’exclusivité de ces pièces – qui ont droit à une doublure –, on répondrait par l’affirmative. « Parfois oui, confirme Sophie Bédard. J’ai même envie de dire que c’est plus que de la haute couture, parce que, quand on conçoit un costume, on le fait pour un artiste avec un besoin spécifique sur scène ».

Sophie Bédard, cheffe des costumes sur ce spectacle - Ghislain Ramage / Costumes: Dominique Lemieux / Cirque du Soleil 2025
Le souci du détail - Ghislain Ramage / Costumes: Dominique Lemieux / Cirque du Soleil 2025
Des fesses rebondies innovantes - Ghislain Ramage / Costumes: Dominique Lemieux / Cirque du Soleil 2025
Un col qui ne tient pas tout seul... - Ghislain Ramage / Costumes: Dominique Lemieux / Cirque du Soleil 2025
Des costumes inventifs et magnifiques - Ghislain Ramage / Costumes: Dominique Lemieux / Cirque du Soleil 2025
Ghislain Ramage / Costumes: Dominique Lemieux / Cirque du Soleil 2025

Et, une fois ces vêtements uniques en fin de vie, que deviennent-ils ? On les imagine valant des milliers d’euros aux enchères. Probablement, mais on n’en aura jamais l’assurance. « On a deux options quand un costume est remisé, explique Francis Jalbert, attaché de presse en charge d’Alegria. Soit, c’est parce qu’il était temps et dès lors, on recycle la matière. Soit, on a un département d’événements spéciaux au Cirque qui crée des spectacles sur demande et ils récupèrent les costumes. À cause des droits d’auteurs – de la créatrice du spectacle et du Cirque du Soleil – sur ces costumes, on ne peut pas les revendre », continue la cheffe costumière. La valeur de l’objet ne s’explique ici que par le cœur, tout juste se mesure-t-elle en heures de travail. De la haute couture et pas du prêt-à-porter pour et par tout le monde ; en veut pour preuve l’ajustement possible de chaque costume : « On ne peut pas se fier à une taille parce que les corps changent aussi à force d’entraînements. On veut un spectacle durable et en créant un costume, on se dit qu’en ajoutant, par exemple, une découpe ci ou là, on pourra l’agrandir si nécessaire ».

Au cœur de l’innovation

Sur scène, on compte 150 costumes complets. En coulisses, ce sont 600 (pour ce seul spectacle) qui voyagent de ville en ville. Dans la valise de Sophie Bédard, la Mary Poppins de la couture, et de l’équipe de dix personnes dédiée aux costumes (dont un cordonnier), des bobines de fil de toutes les couleurs à n’en plus finir et des milliers de sequins à réajuster sur certains vêtements et coiffes. Une arrière-boutique nomade loin de la maison mère à Montréal. C’est de là, de l’autre côté de l’Atlantique, que l’imagination se met en branle, deux ans plus tôt : tout part d’une conversation avec le metteur en scène, retranscrite en dessins par la conceptrice des costumes (depuis l’origine d’Alegria, Dominique Lemieux). Le spectacle historique, imaginé par Franco Dragone en 1994, connaît un Nouveau jour depuis quelques années avec des costumes plus réalistes, plus en phase avec l’époque. En tournant les pages de sa bible, Sophie explique leur genèse : « C’est d’abord comme ça, en croquis, qu’on voit apparaître les formes, pour les visages, les coiffes. Ce n’est pas nécessairement concret. Mais c’est de là qu’on part pour la conception et la réalisation des costumes et accessoires. Dans l’atelier, ils partent de ces maquettes-là pour trouver la matière. »

Des esquisses par lesquelles tout commence... - Costumes: Dominique Lemieux / Cirque du Soleil 2025
Costumes: Dominique Lemieux / Cirque du Soleil 2025
Costumes: Dominique Lemieux / Cirque du Soleil 2025
Costumes: Dominique Lemieux / Cirque du Soleil 2025
Costumes: Dominique Lemieux / Cirque du Soleil 2025

De l’imaginaire de deux personnes qui inventent un monde, va naître un spectacle. Avec quelques contraintes à contourner. Il peut arriver qu’un personnage doive être réinventé, dans sa forme, son allure, parce que les matières ne le permettent pas. « Mais l’inverse se peut aussi. Soudainement, on peut être inspiré, dans l’atelier de conception, par des matières. Et ça nous envoie dans de nouvelles directions. On peut dessiner 30 fois la même maquette et recommencer ».

En 30 ans, le champ des possibles s’est élargi pour les stylistes. Par exemple, les costumes des personnages du clan des Bronx étaient à l’époque conçus en macramé. « Ce qui nécessitait des heures d’effort pour être tissé. Aujourd’hui, c’est remplacé par des filets de hockey, qui sont déjà faits et qu’on doit juste teindre ». Dans la même veine, du véritable fil électrique structure le col et le revers de la veste de M. Fleur. Voir en certains matériaux de la vie quotidienne leur potentiel en couture, c’est une autre force du Cirque du Soleil. « Au début des années 90, on sculptait des formes pour créer des fesses rebondies (pour ce même personnage de M. Fleur dont la conception du costume a pris 300 heures, NDLR). Aujourd’hui, on utilise comme prothèse des matières très légères, qu’on peut laver tous les jours et qui sèchent ultra rapidement, et ça nous sauve des heures de travail. En termes de matières, c’est incroyable comme ça a pu évoluer. Le moleskin (sorte de lycra) a toujours existé mais maintenant la matière est beaucoup plus flexible et confortable. Un maillot n’est pas constitué d’une seule matière, mais on les associe et cela a un effet sur le confort de l’artiste et, pour nous, sur la maintenance ». Innover pour, au final, émerveiller, on décèle dans les explications de la cheffe costumière un des secrets de cette compagnie québécoise sur le toit du monde – normal, direz-vous, quand on excelle en acrobaties – du spectacle vivant.

Haute couture et haut potentiel

La sphère haute couture a ses pièces iconiques valorisées et copiées (bien ou mal). Le monde féérique du Cirque du Soleil a, lui, ses chefs-d’œuvre usés par le temps dormant parfois dans ses hangars, plutôt que de briller lors de défilés. Mais ces deux planètes pas si lointaines se rencontrent. Et le savoir-faire des artisans de la compagnie dépasse les frontières du Cirque. « L’atelier à Montréal a, par exemple, conçu les costumes pour un des Spiderman », nous raconte Francis Jalbert.

En art, « rien ne vient jamais de rien. Quand un nouveau spectacle est inventé, les créateurs, en dessinant leur moodboard, peuvent avoir comme inspiration une pièce d’un couturier (sur le spectacle Totem, les coiffes « banane » étaient inspirées d’un défilé d’Alexander Mc Queen) sans pour autant que ça n’y ressemble à l’arrivée, ponctue Sophie Bédard, venue du théâtre et entrée au Cirque par la cordonnerie. L’image, c’est le langage du Cirque du soleil. On ne peut pas partir que de mots. Mais après, on se sépare des images ». Pour que le public s’en crée d’autres, transporté par l’illusion et la sublimation des costumes.

Alegria – Un Nouveau Jour. Jusqu’au 9 novembre sous Le Grand Chapiteau, Brussels Expo. Cirquedusoleil.com

Ne manquez plus aucune actualité lifestyle sur sosoir.lesoir.be et abonnez-vous dès maintenant à nos newsletters thématiques en cliquant ici.

Contenus sponsorisés

Magazine

MagazineJe découvre
SO FRIEND

SO FRIEND

So soir est une communauté… Découvrez nos concours et avantages so friend!

je découvre
CARNET D’ADRESSES

CARNET D’ADRESSES

Découvrez les bons plans sorties avec SoSoir

je découvre
MASTERCLASS

MASTERCLASS

Découvrez comment sublimer votre plateau de fromages.

je découvre