
En 2025, on ne « va plus seulement chez le psy » : on hurle en meute au bord d’un lac, on fracasse des imprimantes dans des rage rooms, on respire jusqu’aux fourmillements, on danse les yeux fermés. Est-ce que ça soigne vraiment, ou juste une nouvelle façon de se payer un shoot de bien-être collectif avant de retourner pointer lundi ?
Dimanche, 19h, Chicago. Face à Lake Michigan, une foule inspire, puis hurle à pleins poumons. Le Scream Club, rituel personnel devenu phénomène, rassemble désormais des centaines d’adeptes. Trois tours de cris, un peu de breathwork, parfois des larmes – bref, un exutoire parfaitement calibré pour l’époque : communautaire, intense et Instagrammable.
Du rage room au souffle sacré
Les rage rooms, ces lieux où l’on casse tout pour se libérer, font fureur. Sauf que non : les activités qui montent l’adrénaline ne réduisent pas durablement la colère. Les méthodes efficaces jouent plutôt sur la respiration, la pleine conscience ou le mouvement. Le breathwork, lui, séduit davantage. Cinq minutes de respiration contrôlée améliorent déjà l’humeur. Mais attention : les versions plus extrêmes (respiration holotropique) ne sont pas anodines. Guidées, elles peuvent apaiser. Mal encadrées, elles dérapent vite.
Même logique pour la dance therapy, dont des études finlandaises confirment les effets sur la dépression et la régulation émotionnelle – à condition d’un cadre et d’une régularité. Quant à la sylvothérapie, marcher sous les arbres fait effectivement baisser la pression et apaise le mental. C’est gratuit, doux, mais ça ne remplace pas une vraie prise en charge.
Le corps comme boussole
Derrière toutes ces pratiques, un point commun : le retour du corps dans la thérapie. « Le remettre dans l’équation, c’est crucial, » explique la psychiatre Caroline Depuydt. « Quand le corps est crispé, il envoie au cerveau le message « danger ». Relâcher, c’est dire « ça va ». » Et ce n’est pas qu’une image : le mouvement stimule la neuroplasticité, fait baisser le cortisol, et augmente endorphines et sérotonine.
Deuxième ingrédient clé : le collectif. Hurler ensemble, danser ensemble, respirer ensemble. « On est hyper connectés, et pourtant de plus en plus seuls, » poursuit Depuydt. Les rituels communs, même bricolés, recréent du lien. Et ça, la science le confirme : la qualité des relations sociales reste le meilleur prédicteur de santé et de bonheur.
Quand le bien-être devient business
Le hic ? Là où il y a émotion, il y a marché. Un Scream Club n’est pas une thérapie, mais une expérience. Et comme toute expérience, elle attire vite les kits « starter », les coachs auto-proclamés et le marketing du lâcher-prise. « Méfiez-vous de tout ce qui est injonctif et dépersonnalisé, » prévient Depuydt. « L’important, c’est : qu’est-ce qui, moi, me fait du bien ? »
Petit guide de survie émotionnelle
Avant de se jeter dans la prochaine rage room, mieux vaut se poser deux questions : Pourquoi j’y vais ? Pour comprendre, calmer, rencontrer ? Qui encadre ? Certaines pratiques d’hyperventilation sont risquées. Miser sur la régularité plutôt que sur la performance : cinq minutes de respiration par jour font souvent plus de bien qu’un happening collectif. Et si la promesse inclut « métamorphose express » ou « guérison garantie », fuyez
.Hurler, danser, respirer, marcher : tout ça marche, à condition de ne pas chercher la magie là où il faut du sens. Ces nouvelles pratiques ne remplacent pas la thérapie, mais elles la complètent – comme un bon week-end en forêt complète une séance de psy.
Découvrez en vidéo la méthode d’une psychologue américaine pour surmonter une émotion négative :
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