Maria Del Rio : « J’adore cette nouvelle casquette d’entrepreneuse même si je ne me considère pas comme une business woman» - Anissa Hezzaz

Maria Del Rio : « J’adore cette nouvelle casquette d’entrepreneuse même si je ne me considère pas comme une business woman»

Maria Del Rio, animatrice radio, comédienne et figure emblématique du paysage médiatique belge, a surpris tout le monde en 2023 en lançant Lela, sa propre marque de soins. Bien plus qu’un simple projet business, cette gamme de produits naturels incarne un héritage familial, un rapport intime à la beauté, et l’envie de créer quelque chose qui lui ressemble vraiment. Rencontre avec une femme qui a fait de la sincérité son fil rouge, sur scène comme dans sa salle de bain.
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Découvrez notre rencontre avec Maria Del Rio en audio :

Maria, on te connaît pour la radio, la télé, le théâtre… Comment naît l’envie de créer ta propre marque de beauté dans tout cela?
 En fait, comme souvent dans ma vie, les choses sont arrivées naturellement. Il y a cinq ou dix ans, j’en aurais été incapable, ce n’était pas le bon moment. Plus tard, ce serait peut-être arrivé trop tard. J’ai une communauté très présente sur Instagram et Facebook. On me demande souvent : « Maria, qu’est-ce que tu mets sur ta peau ? C’est quoi ta routine ? » Et derrière ces questions, il y avait quelque chose de très intime chez moi : un rituel de beauté transmis par ma grand-mère espagnole, avec lequel j’ai grandi. Un jour, j’en parlais avec Laurent, avec qui j’ai cofondé la marque. Je lui disait que j’avais très envie de partager mon rituel et de créer ma propre crème, mon pot de crème idéal.  Et lui m’a simplement répondu : « Fais-le. Et si tu veux, on le fait ensemble. » Ça a été le déclic. À partir de là, je me suis prise au jeu : j’ai eu envie de proposer quelque chose qui me ressemble, qui soit vrai, authentique… et utile.
Tu parles beaucoup de ta grand-mère. En quoi a-t-elle influencé Lela ?
Ma grand-mère, c’était le cœur de nos étés en Espagne. Chez elle, tout était rituel : le petit déjeuner, le goûter, et bien sûr… le rituel beauté. Chaque matin, chaque soir, elle nous répétait, à ma sœur et moi, de ne jamais oublier notre aloe vera, notre huile d’olive sur le visage. Elle est décédée avec une peau incroyable : jamais on ne lui aurait donné son âge. C’est elle qui nous a transmis cette idée qu’on prend soin de soi avec des choses simples, naturelles, avec régularité. Lela en espagnole, c’est le surnom affectueux donné à certaines grands-mères en Espagne. Quand j’ai imaginé ma crème, je voulais absolument retrouver ces deux ingrédients de base : l’huile d’olive et l’aloe vera. Ensuite, avec notre laboratoire belge, on a travaillé pour créer une formule complète, en ajoutant d’autres actifs, comme la fleur de porcelaine ou des vitamines. Aujourd’hui, je suis fière de dire que cette crème, c’est vraiment la crème que j’aurais rêvé d’acheter.
Raconte-nous comment tu as pensé Lela ?
On a ouvert la marque avec un duo : une crème 24h et un sérum lift instantané. Je voulais une routine simple, efficace, pas contraignante. Je ne voulais pas des dix produits à superposer matin et soir. C’est une marque locale, créée en Belgique, dans une logique éthique, responsable et la plus naturelle possible. Je connais la formule, je sais ce qu’il y a dedans, comme quand tu cuisines avec de bons produits bio et locaux : tu sais ce que tu mets dans ton assiette. Ce dont je suis la plus fière, ce sont les témoignages que je reçois au quotidien. Des personnes me disent : « J’ai enfin trouvé une marque qui me correspond. » Ça, pour moi, c’est le plus beau des retours.
On te voit beaucoup, tu es très médiatisée. Est-ce que créer cette marque, c’était aussi une façon de te créer un espace à toi ?
 Oui, clairement. Je voulais créer quelque chose qui ne dépend pas d’un plateau télé, d’une émission ou d’un buzz. Quelque chose qui ne s’écroule pas si un jour la lumière s’éteint. Lela, c’est un projet dans lequel je peux mettre mes valeurs, ma sensibilité, mon histoire. C’est une base solide sur laquelle je peux continuer à grandir et évoluer. Et j’adore cette nouvelle casquette d’entrepreneuse, même si je ne suis pas une « business woman » au sens classique. Je ne suis pas du genre à prendre des risques financiers démesurés. Je fonctionne à l’instinct, à la sincérité. Laurent apporte le côté marketing et entrepreneurial, et moi j’apporte le vécu, l’émotion, la vision du produit. On se complète.
Tu insistes beaucoup sur la sincérité. Est-ce que tu avais peur du regard des gens en lançant ta propre marque ?
 Énormément. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, tu peux te faire démonter pour tout et n’importe quoi. Je me disais : « On va m’attendre au tournant. » C’est pour ça que je voulais être irréprochable sur le fond. Ça nous coûte beaucoup – en temps, en argent, en énergie – mais je ne voulais tromper personne ni faire un “coup”. Je voulais savoir que, même si on devait me critiquer, je n’aurais aucun regret sur ce que j’ai proposé. Être en totale adéquation avec le produit. L’idée, ce n’est pas de rivaliser avec les géants de la cosmétique. C’est de trouver notre place, en étant le plus sincère et le plus authentique possible.
Tu dis souvent avoir manqué de confiance en toi. Comment passe-t-on de l’enfant ultra timide à la femme qui mène une émission matinale et lance sa marque ?
 Petite, j’étais pathologiquement timide. Bonne élève, je préparais mes exposés, mais impossible de les présenter jusqu’au bout. Je tétanisais, je pleurais, on se moquait de moi. Les gens qui étaient en classe avec moi à l’époque n’en reviennent pas du métier que je fais aujourd’hui. À l’adolescence, j’ai compris que quelques blagues faisaient rire les copains. Ça m’a donné une petite place, une façon d’exister. Un jour, devant le miroir, je me suis dit : « Tu n’es peut-être pas spécialement jolie, mais tu as sûrement quelque chose de chouette à l’intérieur à donner. Miser là-dessus. » Je me suis construite ainsi : pas sur l’image, mais sur ce que je pouvais partager de l’intérieur. Aujourd’hui, si je peux utiliser cette visibilité pour dire à un enfant ou un ado timide : « Regarde, c’est possible », alors tout ce chemin a du sens.
Le théâtre, ça a été ta première grande scène. Quel rôle a-t-il joué dans ton parcours ?
 Un rôle énorme. Mes parents m’ont emmenée voir quelques spectacles et ça m’a marqué, profondément, comme une vocation. Mais je n’osais pas en faire un projet de vie. C’est encore grâce à ma grand-mère que les choses se sont enclenchées : par un hasard de rencontres, ma mère entend parler de cours de théâtre au Théâtre Royal des Galeries. On me propose d’y aller « pour m’amuser ». J’avais 19 ans. J’y suis allée, et quelques mois plus tard, le directeur m’a repérée. J’ai commencé par un tout petit rôle dans la revue des Galeries, puis je suis devenue meneuse de revue. Pendant vingt ans. Le théâtre, ça a été ma plus belle école pour tout : la télé, la radio, et même l’entrepreneuriat. Tu peux répéter des semaines, mais quand le rideau rouge se lève, tu as peur, tu n’en mènes pas large. Et en même temps, c’est jouissif. Tu apprends la rigueur, le travail, le respect du public. Quoi qu’il arrive dans ta vie, les gens sont là, ils ont payé leur place, tu dois être présente.
Avec ce rythme – matinale, projets, théâtre, marque de cosmétiques – à quoi ressemble ta journée type ?
Si je te disais que j’ai une routine carrée, ce serait mentir. Mon réveil sonne à 5h02, jamais 5h pile ! J’ai un deuxième réveil à 5h11. Je termine la matinale vers 10h, et ensuite… chaque journée est différente. Un jour, je vais tourner L’Amour est dans le pré, un autre je suis en studio pour poser ma voix, un autre encore en réunion pour Lela ou en face de toi pour un podcast. Le soir, je peux être au lit à 20h, comme je peux dire oui à un resto, un spectacle, un verre entre amis et rentrer à 1h du matin. Je dors parfois 4h, parfois 8. Je n’ai pas de régularité exemplaire, mais je veux que le travail soit fait, et surtout, y prendre du plaisir. Je déteste les horaires scolaires. Plus jeune, ça me déprimait. Aujourd’hui, j’ai cette chance d’avoir des journées qui ne se ressemblent pas. C’est exactement ce dont je rêvais.
Tu parles de planches apéro, de plaisir, de manque de régularité… Et pourtant, tu as une peau lumineuse. C’est uniquement la génétique ?
Non, je ne pense pas. Il y a sûrement une part de génétique, oui, mais je suis convaincue que la régularité des gestes joue énormément. Mon rituel, je le suis depuis que j’ai 13-15 ans : peau propre, hydratation, soin. Et je le dis sans fausse modestie : depuis qu’on a lancé Lela, je n’ai jamais eu une aussi belle peau. La crème 24h, c’est vraiment mon basique quotidien, et le sérum lift instantané, c’est mon « lendemain de veille » – celui qui vient réveiller le visage quand tu n’as pas assez dormi ou que tu as vécu une soirée un peu longue. Je ne suis pas du genre à faire mille trucs contraignants. Pas de sachets de thé sur les yeux ou de masques compliqués toutes les deux heures. Pour moi, la clé, c’est la simplicité et la régularité : bien démaquiller, bien nettoyer, exfolier, hydrater. Et s’y tenir.
Tu te décris comme hypersensible. En quoi cela influence-t-il ta manière de travailler, de créer, d’entreprendre ?
 Je crois que le mot « hypersensible », je commence seulement à oser l’assumer. Ça a longtemps été plus un frein qu’autre chose. Quand tu vis tout intensément, c’est génial quand c’est positif. Mais quand quelque chose va de travers, là où quelqu’un d’un peu plus « neutre » va prendre du recul, analyser calmement, moi j’ai longtemps été incapable de mettre de la distance. C’est la montagne russe émotionnelle. Cette hypersensibilité m’a parfois empêchée d’oser, de prendre ma place, de me lancer. Mais avec le temps, j’ai appris à la comprendre, à la canaliser, et même à l’aimer. Sans elle, je ne serais pas la Maria que je suis aujourd’hui, et Lela n’existerait probablement pas. Cette marque, elle alimente mon intuition, ma créativité, mon besoin d’authenticité.
Pour toi, se sentir belle, c’est quoi ?
 Se sentir belle, c’est d’abord se sentir bien avec soi. C’est s’aimer soi, avant tout. Tout le reste – le maquillage, la crème, les cheveux – vient après. Si tu ne t’aimes pas un minimum, aucun produit au monde ne peut faire le job à ta place.

Pour en savoir plus sur son parcours, écoutez notre rencontre avec Maria Del Rio dans Le Dictaphone de So Soir, désormais disponible sur notre site sosoir.be ou sur toutes les plateformes de podcast. Un épisode réalisé grâce au soutien de notre partenaire Yakult. 

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