
Car Noël n’échappe pas à la règle : le livre de cuisine reste l’un des présents les plus offerts. Et cela se voit immédiatement ailleurs que dans les cuisines. Dans les librairies, les grands magasins et même certaines boutiques de décoration, les tables croulent sous les ouvrages culinaires. Les rayons débordent. Les piles s’empilent à l’entrée, près des caisses, comme pour rappeler à chacun, jusqu’à la dernière minute, qu’un livre de cuisine est toujours une bonne idée de cadeau.
Nos astuces pour un plateau de fromages réussi :
Pourtant, une question s’impose dès que les fêtes se terminent : combien de ces ouvrages quitteront réellement leur statut d’objet décoratif pour finir tachés de beurre, gondolés par la vapeur d’un plat trop ambitieux ? Combien survivront à leur première éclaboussure de sauce tomate — cette épreuve ultime que peu d’entre eux connaîtront ?
Le boom des beaux livres, surtout après les fêtes
Le succès des livres de cuisine ne se dément pas. Mieux : il explose. Les ventes progressent à coups de +20 %, +30 %, parfois bien plus pour certaines catégories très esthétiques. De grands formats, des couvertures élégantes, des photographies léchées. On les achète — ou on les offre — comme on achèterait un bel objet pour la maison.
Dans les magasins, l’abondance frôle parfois la saturation : livres empilés sur les tables, alignés en colonnes parfaites, présentés comme des pièces de design. Certains n’atteindront jamais une cuisine. Ils finiront sur une étagère du salon, posés à plat, couverture bien visible, assumant pleinement leur rôle décoratif.
Un peu comme ces vêtements qu’on adore posséder, même si on ne les porte presque jamais. Ils nous ressemblent davantage dans l’intention que dans l’usage.
Quand les robots cuisinent à notre place
Pendant que les livres s’alignent sur les étagères, un autre cadeau s’est, lui aussi, invité sous le sapin — ou s’est rappelé à notre bon souvenir : le robot cuiseur. Le fameux Thermomix, devenu l’allié incontournable de celles et ceux qui veulent bien manger sans y passer la journée.
Il pèse, coupe, mélange, cuit. Il guide, étape par étape, température par température. Il ne juge jamais, même quand on découvre pour la première fois ce qu’est une pâte à choux. Avec son catalogue numérique de dizaines de milliers de recettes accessibles directement sur l’écran, il répond à un besoin très contemporain : celui d’une cuisine assistée, sécurisée, efficace.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le succès est colossal. Et il révèle quelque chose d’assez clair — nous ne cherchons plus vraiment à apprendre à cuisiner. Nous voulons que cela fonctionne. Sans stress. Sans raté. Sans pages cornées.
Alors, face à une machine qui murmure « ajoutez le beurre » exactement au moment où l’on allait l’oublier, que reste-t-il à faire d’un livre de 320 pages proposant 120 variations de clafoutis ?
Le paradoxe : plus on en possède, moins on cuisine

C’est là tout le paradoxe de notre époque — encore plus visible au lendemain de Noël .Les magasins débordent de livres de cuisine, les librairies n’ont jamais été aussi pleines, et pourtant, jamais nous n’avons autant cherché à simplifier l’acte de cuisiner. Nous collectionnons les livres, mais nous déléguons de plus en plus les gestes.
Autrefois, un livre de cuisine était un outil. Aujourd’hui, il est devenu un symbole. Il raconte un style de vie, une aspiration. Il dit : j’aimerais prendre le temps, j’aimerais recevoir, j’aimerais cuisiner comme ça. Même si, dans les faits, ce sera souvent un robot — ou une application de livraison — qui passera à l’action. Et c’est ainsi que les livres de cuisine sont devenus des objets de désir, des promesses silencieuses posées sur une étagère. Ils ne sont plus tachés, et c’est peut-être là tout le sujet. Car pendant que les robots cuisinent pour nous, eux continuent de rêver à notre place — pages immaculées, mais pleines de bonnes intentions, un peu comme celles que l’on pose à chaque nouvelle année.
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