
Pourquoi les fêtes de fin d’année provoquent-elles autant de stress chez nous ? Pourquoi le moment de célébrer se transforme-t-il en un moment parfois redouté ? La société a évolué mais les injonctions à « bien » célébrer pour Noël comme pour le Nouvel An restent teintées d’images défraîchies. « Ce stress provient en effet de pressions sociales très fortes, souvent invisibles mais bien réelles, explique la docteure en sociologie Audrey Van Ouytsel. Les fêtes sont devenues un moment très commercial. On nous envoie le message que pour prouver son amour, il faut offrir ‘le bon’ cadeau cher ou exceptionnel ». Dès lors, la comparaison est inévitable et la culpabilisation de ne pas être à la hauteur se fraie un chemin dans notre inconscient.
Le cadeau perd, lui, de son sens premier : « il n’est plus seulement un geste, il devient un marqueur social ». Pourtant « alléger – le cadeau comme le budget –, ce n’est pas échouer : c’est se respecter ».
L’hôte « parfait »
Le cliché de la famille parfaite, cette image d’Epinal représentée dans les films et les publicités, biaise aussi l’idée des fêtes de fin d’année réussies. « Ce moment est montré sans conflits, sans tensions, avec un repas parfait et tout le monde heureux. Mais dans la réalité, c’est plus complexe. Les familles sont recomposées, il y a des absents, des conflits latents », continue la sociologue. « Les fêtes deviennent alors un ‘test’ de la famille : sommes-nous assez unis, assez harmonieux, assez ‘normaux’? ».
Et sommes-nous de bons hôtes lorsque nous recevons ? D’ailleurs, existe-t-il une définition de l’hôte parfait ? « C’est avant tout savoir mettre les autres à l’aise », répond Gérald Watelet, l’un des gardiens du bon goût sans (trop de) chichis. Passé maître dans l’art de recevoir, le décorateur et cuisinier (et animateur) insiste sur le fait de, d’abord, « bien choisir ses invités. Cela enlève déjà le stress de recevoir et de se mettre dans une mauvaise position d’hôte ». Celui-ci devra rester présent autour de la table, et au centre des discussions, plus qu’en cuisine. « Il est primordial de privilégier le contact. De ne pas placer ses convives de manière aléatoire. Par exemple, celui qu’on connaît moins, on le place à nos côtés. En étant au centre de la table, on contrôle la conversation et on veille à ce qu’on s’intéresse à tout le monde. Le savoir-faire a beaucoup à voir avec la gentillesse. Ce n’est pas une question de classe sociale ».
À taaaaaaaaaable !
Dès lors, il vaut mieux servir « des plats simples qu’on maîtrise bien plutôt que de s’aventurer dans de nouveaux plats ». Pour éviter un effet « waw » qui ferait alors, sous la pression, « plouf ». Le bon déroulement du repas se joue déjà en amont. En misant sur des entrées froides, un bon plateau de fromages et du vin qui a déjà été porté à bonne température. « Et on ne laisse pas le choix quant à l’alcool servi, sinon ça devient infernal. Surtout, si un invité offre une bouteille, ne jamais l’ouvrir ce jour-là ! ». Réduction du stress pour l’hôte garanti. Voilà pour l’art de la table…
Quant à la manière de présenter les choses, elle ne demande pas un investissement financier ni créatif colossal. La simplicité du bon goût passe par une « jolie nappe blanche sur laquelle on pose quelques feuilles mortes, des noix et des châtaignes dans un vase et sans jamais oublier les bougies ». Elles sont centrales pour faire jaillir la flamme de l’élégance et faire ainsi scintiller les fêtes parfois ternies par le poids des injonctions.
Au Nouvel An, on nous dit ainsi « qu’il faut être entouré, faire la fête, être joyeux. Si ce n’est pas le cas, beaucoup se sentent en décalage, voire en échec. C’est un moment qui oblige aussi à faire un bilan de l’année : ce qu’on a réussi… ou raté. Et ça peut être très anxiogène », analyse la sociologue. Pourtant, à Noël comme au Nouvel An, « l’important est que cela fasse sens, pas que cela ‘fasse joli sur le papier’. L’enjeu n’est pas de faire ‘comme il faut’, mais de faire comme c’est bon pour soi ! Dès lors, pas besoin de grand événement ni de fête spectaculaire. Un rituel simple peut être tout aussi symbolique et beaucoup moins stressant ». Créer ses propres traditions est aussi une façon de respecter la tradition…
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