
«Il faut cultiver son jardin» écrivait Voltaire dans Candide sorti en 1759. Cette maxime philosophique invite à se rendre utile à sa propre personne, prendre soin de son existence et trouver son bonheur. Au printemps, la phrase prend une autre tournure. Le jardin devient cet espace à nourrir et à choyer pour l’environnement, mais aussi pour nous-mêmes. Car le jardinage abrite de nombreux bienfaits comme nous l’explique Anne-Françoise Pirson, psychologue clinicienne, formée en maraîchage biologique et en hortithérapie, et fondatrice de l’ASBL Le jardin qui prend soin.
Une connexion avec le vivant
«Jardiner nous apporte une meilleure connexion avec le vivant. C’est important dans le monde d’aujourd’hui de se relier à des éléments vivants, d’autant plus que nous sommes constamment plongés dans le numérique et parfois dans l’isolement». Anne-Françoise Pirson préfère parler de connexion plutôt que de déconnexion quand il s’agit de jardiner. «On est déconnecté quand on est derrière un écran. Le jardinage connecte, il est aussi sensoriel. On le pratique quand il fait froid, humide, gris ou lorsque le temps est ensoleillé.»
Selon une étude menée par iVox fin 2024 auprès de 1.000 propriétaires de jardins, les Belges ont la main verte. En 2024, un Belge a travaillé en moyenne 16 fois dans son jardin, consacrant 1,5 heure à chaque session. Dans sa pratique, Anne-Françoise Pirson s’adonne à du jardinage dit «thérapeutique», également appelé jardins de soins destinés à des usagers, des aidants, des soignants... «J’ai découvert que je pouvais allier mon envie de prendre soin des autres et ma passion pour le végétal.»
Lors de session d’une heure et demi à deux heures, la psychologue propose à des petits groupes un moment d’accueil pour justement se connecter à ce qui les entoure et éveiller leurs sens. Vient ensuite le temps d’activité. «Cela englobe beaucoup de choses. Il y a du jardinage pur et dur : on plante, on sème, on entretient, on arrose. On peut aussi entreprendre des petits parcours, des petites marches où l’on prend le temps d’observer, écouter, parler aussi quelquefois. On n’est pas forcément dans le ‘faire’». S’ajoutent à cela des activités qui font appel au goût, où l’on déguste ce que l’on a semé. Histoire de boucler la boucle.
Enfin, le dernier temps est celui de la clôture. Le groupe prend le temps de revenir sur l’activité écoulée et d’échanger sur ce qu’il pourrait être réalisé lors des prochaines sessions. «Les participants viennent mettre des mots sur ce qui leur a fait du bien - ou moins du bien. Ils décodent ce qu’ils ont vécu lors de ce travail au jardin avant de retourner dans leur vie, comme un bilan.»
Le jardinage, une activité qui fédère
Comme le souligne justement Anne-Françoise Pirson, «le jardinage nous met tous sur le même niveau. Dans le cadre des jardins «thérapeutiques», nous pouvons travailler avec des personnes ayant de petites déficiences physiques. Il suffit d’un peu d’aménagement pour qu’elles se sentent à nouveau capables et aient l’impression de pleinement faire partie de l’activité et du projet. Elles se rendent compte qu’elles ont autant de valeur que les autres». C’est là l’une des puissances du jardinage, il fédère. «C’est cela qui est gai, le jardinage permet de partager, d’apprendre, tout le temps, toute sa vie. Car on apprend jusqu’à la fin de ses jours.»
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