
Fight Club et ses slices new-yorkaises à Saint-Gilles, Charly’s Diner — l’ancien Popotes — transformé en diner des années 50, Flipper’s et ses serveurs tout droit sortis d’un drive-in californien, Holly Smoke qui rejoue les « BBQ joints » texans ou encore Franky, futur spot entièrement dédié au hotdog : les références US reviennent partout. Mais derrière les néons et les banquettes en skaï, ce retour massif des codes américains raconte surtout une fatigue contemporaine bien précise.
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Born in the USA... ou presque
« Les concepts américains sont extrêmement lisibles », analyse Lakhdar Lakhdar-Hamina, fondateur de Wine, Food & Cinema, société de consultance HoReCa derrière plusieurs concepts bruxellois. « Quand tu vois un burger spot, un diner ou une slice pizza, tu comprends immédiatement ce que tu vas manger, pourquoi tu y vas et dans quel univers tu entres. »
C’est là que réside une partie du succès actuel. Dans une ère saturée de concepts hybrides parfois illisibles, les codes américains offrent quelque chose de simple, immédiat, rassurant. Un diner annonce des milkshakes, du café filtre et des banquettes chromées. Une slice pizza promet une énorme part pliée à la new-yorkaise. Pas besoin de mode d’emploi.
Mais le phénomène dépasse largement la nourriture. « On a grandi avec ces images-là », rappelle Lakhdar. « Les séries américaines, les films, Netflix, Disney… On voit des diners, des burgers, des pancakes et des milkshakes depuis qu’on est enfants. Il y a un imaginaire collectif très fort. » Le diner américain fonctionne alors comme une madeleine culturelle mondialisée : un décor que tout le monde connaît déjà sans forcément avoir mis les pieds aux États-Unis.
Le retour du gras… ou plutôt du gourmand
Ce revival américain n’a pourtant plus grand-chose à voir avec la junk food des années 2000. Aujourd’hui, les restaurateurs européens reprennent les codes américains tout en les « upgradant » avec des produits beaucoup plus travaillés. « On s’est rendu compte qu’on ne pouvait plus faire des burgers comme il y a vingt ans », explique Lakhdar Lakhdar-Hamina. « Aujourd’hui, il y a une vraie recherche autour du sourcing, du cheddar, du pain, de la viande, des sauces. »
Même logique pour les sandwichs ou les diners. Derrière l’esthétique rétro ultra codifiée, les cuisines travaillent souvent des produits artisanaux, des cuissons plus précises et une qualité de fabrication très éloignée du fast-food indus’ américain. Fight Club, par exemple, pousse l’exercice jusqu’au bout avec ses pizzas new-yorkaises XXL ultra régressives, mais réalisées avec un vrai travail sur la pâte et les ingrédients.
Le cinéma s’invite au resto
Ce retour des USA dans l’HoReCa est aussi culinaire que visuel. Lakhdar parle d’une restauration devenue carrément « filmique ». « Un restaurant, c’est une mise en scène », explique-t-il. « Comme au cinéma, tout passe par la lumière, les références visuelles, les affiches, les détails ». Chez Flipper’s ou Charly’s Diner, on ne vend plus seulement des burgers ou des pancakes, mais un univers immédiatement reconnaissable : palmiers californiens, banquettes en skaï, néons rouges, posters vintage, baskets NBA, chromes et jukebox mentaux. Une Amérique largement fantasmée d’ailleurs. Plus proche de la culture pop, des sitcoms et des films de Scorsese que de la réalité actuelle des États-Unis.
La nostalgie de la comfort food
Derrière ce revival américain se cache aussi une réalité beaucoup plus terre-à-terre : l’inflation. Depuis deux ans, le restaurant est redevenu un luxe pour beaucoup de consommateurs, surtout le midi. Résultat : le sandwich revient en force. Plus rapide, moins cher, plus simple à partager sur le pouce aussi. « Le retour du sandwich, c’est le retour de la crise », résume Lakhdar Lakhdar-Hamina. « Les gens n’ont plus forcément envie de luncher longuement comme avant. »
Attention, on ne parle plus ici du sandwich tristounet mangé derrière son ordi, mais d’un sandwich new generation devenu véritable objet de désir : slice pizza XXL, hotdogs ultra sourcés, burgers smashés, tuna melts dégoulinants ou grilled cheese parfaitement régressifs : la restauration américaine coche aujourd’hui une équation devenue essentielle dans l’horeca contemporain : des plats simples et relativement accessibles financièrement, mais suffisamment travaillés pour donner malgré tout l’impression de se faire plaisir.
Finalement, derrière cette tendance, on retrouve également une envie très simple, celle de la régression assumée. « On a besoin d’être rassurés », résume Lakhdar Lakhdar-Hamina. « Ça rappelle les premiers restos qu’on faisait adolescents, les burgers, les fast-foods, les moments un peu simples. »
Paradoxalement, ce retour massif des codes américains intervient au moment où l’image politique des États-Unis n’a jamais été aussi divisive. Lakhdar y voit surtout une distinction entre politique et culture. « Si on commence à rejeter toute la culture américaine, alors on arrête aussi le cinéma et les séries. »
Au fond, ce que ce revival américain raconte, c’est moins un fantasme des States qu’un besoin très contemporain de réconfort immédiat. Dans une époque anxieuse et saturée de complexité, la comfort food américaine redevient presque un objet émotionnel : des plats simples, généreux et familiers, qui ne demandent aucun mode d’emploi.
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