
Anvers, plus précisément à la maison de la province, ce bâtiment couvert de triangles miroirs. La tension monte dans les coulisses et l’ambiance devient sérieuse. Se retrouver au milieu de l’équipe juste avant un moment aussi important, cela donne une énergie assez incroyable. Dans la pièce, le silence n’existe pas. C’est un mouvement permanent où les maquilleurs s’activent, où les coiffeurs s’occupent des cheveux à grands coups de laque, et où les habilleuses préparent les vêtements. Au milieu de toute cette agitation, Christian Wijnants reste très calme et concentré. On sent le plaisir de revenir présenter sa collection à la maison. Le bâtiment choisi pour l’événement, avec ses reflets modernes, va parfaitement avec le style des vêtements qui vont bientôt défiler.
Un tel rendez-vous demande une organisation très précise où chaque minute compte. Tout commence deux à quatre heures avant le début du défilé. C’est le moment où les mannequins arrivent pour la coiffure et le maquillage. Dans cette grande pièce vitrée avec vue sur le parc, les équipes travaillent ensemble pour créer le look voulu par le designer, avec un plan bien précis sur une planche avec le nom de chaque mannequin. Pour eux, cette étape se fait plutôt tranquillement. C’est un moment calme dans la journée où ils peuvent se poser, regarder leur téléphone ou discuter avant que tout s’accélère.

Quand la coiffure et le maquillage sont terminés, les mannequins montent à l’étage et le rythme change avec les essayages, le fitting comme on appelle ça dans le milieu. Les mannequins mettent les vrais vêtements du défilé avec toujours cette planche représentant le look et la personne qui doit le porter juste avant que tout soit ajusté sur eux par l’équipe. C’est aussi à ce moment-là que les photographes font les premières photos dans les coulisses pour immortaliser les looks avant le show. Ensuite, place à la répétition générale. À l’extérieur, dans ce cas-ci, les mannequins marchent sur le podium, le catwalk, comme si le public était déjà là. Cela permet de s’habituer au rythme de la musique et de prendre ses repères dans l’espace avant l’arrivée des invités.
Dans la zone où les mannequins s’habillent, l’espace est divisé en plusieurs sections. On y retrouve des portants, là où les vêtements sont rangés dans l’ordre de passage avec la photo de chaque mannequin. Chaque tenue a sa propre fiche avec une photo du mannequin, avec toute la tenue, accessoires et chaussures compris, pour que tout soit bon. C’est ici que travaillent les habilleuses. Chacun s’occupe d’un mannequin pour l’aider à se changer très vite si elle doit retourner sur le podium. Tout doit être fluide car la moindre hésitation peut casser le rythme du défilé.
Avoir accès aux backstages reste un privilège car c’est un lieu secret, normalement pas facile d’accès pour la presse. C’est comme un véritable atelier en mouvement, une vraie fourmilière en soi, entre un shooting, les finitions sur les vêtements et le sentiment de stress que toute l’équipe ressent. C’est un espace optimisé au millimètre près. Les mannequins et les équipes y partagent des moments de complicité avant que le show commence.
Que le show commence...

L’heure prévue sur l’invitation n’est pas souvent respectée, surtout dans notre cas, où la pluie a décidé de s’inviter aussi en front row. Mais quand le défilé doit commencer, l’ambiance change complètement et tout le monde se tait. C’est le moment de la file d’attente, où les mannequins se placent dans l’ordre juste derrière le rideau. Le créateur passe une dernière fois pour vérifier un col, une jupe ou une épaule. C’est un instant particulier où le stress des équipes croise le calme des mannequins prêts à s’élancer. Le contraste est fort entre le calme de la salle et le stress des équipes qui travaillent depuis des mois, voire des années sur une collection qui va apparaître 10 minutes devant des invités sélectionnés sur le volet, parce que oui le défilé ne dure pas plus d’une vingtaine de minutes.
Le défilé se passe en deux temps. Dans un premier temps, chaque look se présente avec un intervalle de 10 à 15 secondes. Quand tous les looks sont passés, ils reviennent avec un intervalle beaucoup plus court, de 5 secondes, comme un bouquet final, et on peut observer tout le look et la cohérence de la collection. Une fois que la dernière silhouette quitte le runway et que le créateur vient saluer la foule sous les applaudissements, le défilé est terminé et la magie aussi. En coulisses, en un instant, toute la pression accumulée depuis des mois s’évapore pour laisser place à un immense soulagement. Les mannequins reviennent en courant, les équipes s’embrassent et les sourires remplacent les visages fermés de la file d’attente due au stress.

Ce retour à Anvers, c’est surtout la preuve que Christian Wijnants maîtrise la maille comme personne. Inspirée des lignes graphiques des jardins zen japonais, sa collection automne-hiver pose une collection de pièces confortables et avec une superposition qu’on a déjà envie de faire cet hiver. On valide ses grands manteaux enveloppants sans col, sa fausse fourrure avec son sac qu’on veut déjà porter aussi et ses jeux de chemises courtes ou de petites capes amovibles qui réinventent le vestiaire. Alors on le sait, la mode belge, c’est la meilleure parce que non seulement elle est reconnue à l’international mais elle est surtout représentative de nos talents.
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