Rentrée : pourquoi la Gen Z serait la génération la « plus stressée » - Clarisse Dejardin

Rentrée : pourquoi la Gen Z serait la génération la « plus stressée »

Burn-out, surcharge mentale, peur de l’échec… La génération Z serait l’une des plus stressées. À l’heure de la rentrée, on analyse les dessous de cette pression et les remèdes pour ces jeunes déjà à bout de souffle.
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Ludivine a 23 ans et est en plein burn out scolaire… Elle finit son premier et seul stage à bout mentalement. En accumulant la fatigue des cours et la pression de vouloir « bien faire » pour sa dernière année de master, son mental a décidé de la lâcher. « À force d’accumuler le stress et la fatigue, mon mental en a décidé autrement. Je n’ai pas vu arriver cette surcharge mentale. Je voulais me faire remarquer et bien travailler pour essayer de me faire embaucher après. » Son médecin lui diagnostique une dépression, la coupe en plein milieu de ses stages en la mettant sous certificat et lui conseille de prendre du temps pour elle. Directement prise en charge, elle ne voit pourtant pas d’amélioration au bout d’un mois. Elle confie : « J’essaie d’avancer jour après jour, mais je me sens submergée par le stress et la peur de ne plus reprendre le contrôle de ma vie. »

Comme Ludivine, beaucoup de jeunes de son âge se disent « stressés ». La Gen Z (regroupant les jeunes nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010) est d’ailleurs considérée comme l’une des générations les plus anxieuses. Confrontés à un avenir incertain, de nombreux jeunes cherchent à réussir toujours plus vite, plus fort, parfois jusqu’à l’exténuation. Mais d’autres éléments sont à prendre en compte...

Les codes de la génération Z

La génération Z est la première à avoir grandi entièrement dans un monde numérique. Elle évolue dans un univers hyperconnecté, marqué par les réseaux sociaux, l’instantanéité et une exposition permanente à l’information. Audrey Van Ouytsel, docteure en sociologie, nous confirme que d’un point de vue sociologique, c’est aussi une génération qui « a grandi dans un contexte d’incertitude chronique : crises économiques, crise climatique, pandémie, instabilité géopolitique, précarisation du travail. Cela façonne profondément son rapport au monde, à l’avenir et à elle-même ».

Les réseaux sociaux, eux, donnent l’illusion que tout le monde réussit rapidement. « Que ce soit pour entreprendre, pour voyager ou gagner de l’argent, nombreux sont ceux qui, à 20 ans, affichent une vie ‘idéale’. Au final, cette exposition permanente à la réussite accélérée peut générer un sentiment de retard ou d’échec chez les jeunes qui traversent simplement des étapes normales de construction ». Popularité, apparence physique, réussite scolaire ou professionnelle, tout semble mesurable et exposé publiquement. De plus, les réseaux sociaux sont comme une drogue, une addiction : on y revient toujours. Et ce besoin d’être constamment connecté empêche souvent de se reposer mentalement. « Le cerveau a besoin de silence, d’ennui, de déconnexion et de ralentissement pour réguler le stress. Or beaucoup de jeunes restent dans une stimulation continue : notifications, vidéos courtes, messages, informations, sollicitations sociales. Cela entretient une forme de fatigue mentale chronique », continue la sociologue.

Le véritable problème ne réside pas seulement dans la comparaison sociale, mais aussi dans le fait que le cerveau humain n’est pas conçu pour être exposé en permanence à autant de contenus, d’attentes sociales et de normes à respecter. « À long terme, cette surexposition peut affaiblir la confiance en soi, accentuer le sentiment de ne jamais être assez bien et provoquer une importante fatigue mentale ». L’école et les études exercent également une pression de plus en plus forte sur les jeunes. Cette Gen Z cumule dès lors plusieurs formes de pression simultanément. « Les jeunes doivent aujourd’hui réussir scolairement, construire une identité forte, être visibles socialement, performants émotionnellement et anticiper un avenir perçu comme incertain. Cette pression permanente entraîne une forme d’hypervigilance psychique et un stress constant ».

Mais est-ce que la Gen Z est vraiment différente des autres ? Les générations précédentes vivaient bien sûr avec des comparaisons sociales, mais limitées à leur environnement proche. Aujourd’hui, le rapport à l’autorité, au travail et à l’identité est aussi différent. Les jeunes recherchent « davantage de sens à leur vie, et surtout d’authenticité et d’équilibre psychique. Ils acceptent moins l’idée de ‘souffrir en silence’ ou de sacrifier leur santé mentale au profit de la performance ».

Perspectives positives

Mais quels remèdes pour Ludivine et tous ceux de sa génération ? « On ne peut pas simplement demander aux jeunes de ‘mieux gérer leur stress’, alors que la cause est autant sociale que sociétale », prévient notre experte. « Une meilleure éducation émotionnelle, des espaces de parole accessibles, une réduction de la pression de performance, une sensibilisation aux usages numériques, davantage de stabilité sociale et économique, la valorisation du repos, du lien social et du sens plutôt que de la seule productivité » sont quelques-unes des clés à ce problème générationnel. « La société devrait avant tout reconnaître que la santé mentale ne relève pas du confort personnel, mais constitue un véritable enjeu de santé publique. Il me semble également essentiel de redonner aux jeunes des perspectives collectives plus positives. Une société qui n’offre plus de vision d’avenir rassurante génère inévitablement de l’anxiété. »

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