
Alors que le tournage du « Diable s’habille en Prada 2 » a officiellement commencé – 18 ans après la sortie du premier volet devenu culte – Anna Wintour, elle, se retire doucement de son trône. La papesse de la mode a quitté, presque à pas feutrés, ses fonctions de rédactrice en chef du Vogue US. La boucle semble presque bouclée. Celle qu’on disait indétrônable laisse enfin son trône doré. Ou plutôt : elle le quitte, comme elle est venue, sans ciller. À 74 ans, la dame au carré rigide et aux lunettes XXL n’a plus besoin de défendre son statut. Car ce n’est pas seulement une femme puissante qui s’éclipse aujourd’hui. C’est une icône, une vraie. Et on vous le démontre en cinq points.
Plus de contenu mode : Sophie Fontanel, la critique mode nous donne une leçon de style
Entre omniprésence et discrétion redoutable
Depuis 1988, Anna Wintour a incarné une forme de toute-puissance dans le milieu de la mode. Elle a traversé les décennies en régnant sans partage sur le plus sacré des titres féminins, le Vogue américain, tout en orchestrant le Met Gala, dirigeant la stratégie globale de Condé Nast et en conseillant jusqu’aux présidents américains (on se souvient de son soutien précoce à Obama). Silhouette filiforme, flegme so British, autorité qui ne hausse jamais la voix : elle a su construire une carrière tentaculaire sans jamais dévier d’un pouce.
Son super-pouvoir ? Ne rien changer
Son superpouvoir ? La constance. Dans un monde qui célèbre le désordre comme vertu créative, Wintour a imposé l’exact opposé : rigueur, discipline, silence. C’est sans doute l’un de ses plus grands paradoxes : dominer une industrie fondée sur l’éphémère en incarnant une forme d’éternité. À l’heure où les réseaux sociaux fabriquent des images à la chaîne, Anna Wintour, elle, a fait de son image une sorte d’absolu. Carré impeccable, brushing dompté à la japonaise, lunettes Chanel noires, silhouette droite comme un i : Anna Wintour s’est figée une image 90’s devenue logo.
Pas besoin de chercher à être tendance, elle est au-dessus de ça. Sa seule présence suffit à redresser des colonnes vertébrales, voire à carrément déclencher des sueurs froides. Elle ne se montre pas, elle s’impose. Et dans un monde obsédé par la surexposition, elle a fait du mystère sa meilleure stratégie de communication.
Un mythe bâti sur l’instinct
Si elle a grandi dans une famille cultivée (père rédacteur en chef du Evening Standard, mère philanthrope), Anna Wintour n’a pas suivi un parcours tout tracé. Elle quitte l’école à 16 ans, snobe les universités, et entre dans la presse mode par la petite porte. Son ascension, elle la doit à son œil implacable et à son flair. Voilà un storytelling inspirant !
C’est elle qui ose les mannequins souriants en jean en une de Vogue dans les années 90. Elle qui propulse une toute jeune Naomi Campbell. Elle qui parie sur une Kim Kardashian longtemps moquée par l’industrie. Wintour sait détecter ce qui fait époque. Et surtout, ce qui fait vendre.
L’autorité au féminin
Ni maternelle, ni séductrice, ni cool, ni épuisée non plus. Anna Wintour échappe à toutes les cases dans lesquelles on aimerait enfermer les femmes de pouvoir. Elle incarne une forme de domination froide, presque masculine, sans jamais s’excuser d’être une femme. Et surtout sans jamais chercher à attendrir. C’est là que naît la fascination : dans cette autorité muette, ce refus de plaire, cette radicalité assumée. Meryl Streep, dans « Le Diable s’habille en Prada », en a fait un personnage quasi-mythologique. Une incarnation de l’archétype féminin qui domine un monde d’hommes en maîtrisant les codes, sans renoncer à ses tailleurs Prada ni à son brushing millimétré.
Dans une société qui exige encore des femmes qu’elles soient chaleureuses, douces, accessibles, Wintour a toujours refusé de jouer ce jeu. Elle inspire le respect, pas la sympathie. Une radicalité qui en fait une figure d’émancipation.
Plus qu’un nom, une marque déposée
Aujourd’hui, Anna Wintour n’est plus vraiment une personne. C’est une institution. Un label. Un tampon d’autorité. Une caution mode. Et même en quittant son rôle de rédactrice en cheffe, elle reste « Chief Content Officer » de Condé Nast, preuve que son aura dépasse largement les colonnes de Vogue.
Sa discrétion, son absence des réseaux, sa distance : tout cela participe à l’élaboration d’un mythe soigneusement entretenu. Elle est ce que les marques aspirent à être : désirable, rare, intemporelle. Une autorité feutrée, mais omniprésente. Celle qu’on ne voit pas, mais que tout le monde consulte avant de prendre une décision.
Pendant ce temps, « Le Diable s’habille en Prada 2 » affole déjà bien avant sa sortie, porté par une vague de nostalgie et une fascination intacte pour la figure de Miranda Priestly. Mais ce que ce retour en grâce nous rappelle, c’est que derrière ce personnage glacial de fiction, il y a une femme bien réelle. Une femme qui, sans jamais hausser la voix, a redéfini ce que signifiait le pouvoir au féminin. Une icône, une vraie.
Ne manquez plus aucune actualité lifestyle sur sosoir.lesoir.be et abonnez-vous dès maintenant à nos newsletters thématiques en cliquant ici.
Sur le même sujet














