
Il y a des discours inspirants, et d’autres plus embarrassants. Comme lorsque Leonardo DiCaprio, 50 ans, confie à Esquire qu’il pense « avoir 32 ans émotionnellement ». L’acteur oscarisé, éternel Jack Dawson échoué sur sa porte en bois, est célèbre pour ses rôles, ses yachts… et ses petites amies beaucoup (beaucoup) plus jeunes que lui.
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Quand la jeunesse devient alibi
Si l’amour n’a officiellement pas d’âge, officieusement, les 25 ans semblaient longtemps marquer la ligne de flottaison sentimentale de DiCaprio. Bien que l’acteur vienne de briser la malédiction avec sa compagne actuelle, Vittoria Ceretti, âgée de 27 ans. Une exception qui n’empêche pas à son discours de rester le même : vieillir, c’est bon pour les autres. Léo, lui, flotte dans une trentaine fantasmée, protégé de la sénescence par un halo de célébrité, de fortune et de charme photogénique.
En soi, rien de mal à se sentir jeune dans sa tête. Au contraire. Le problème, c’est quand cet état d’esprit devient une justification implicite pour fréquenter des femmes qui ont l’âge de vos premiers grands rôles. « C’est beaucoup moins accepté quand c’est une femme qui le dit », rappelle Yagos Koliopanos, sociologue à l’ULB, spécialiste de l’âgisme et du genre. « L’expérience d’un homme est valorisée : maturité, solidité, charisme. Celle d’une femme est perçue comme fragilité, diminution du potentiel, y compris sur le plan sexuel. »
Cougar contre Daddy
Vieillir ne raconte donc pas la même histoire que l’on soit Leo ou, disons, une actrice de sa génération. Et si les rôles s’inversaient ? Imaginez une actrice hollywoodienne de 50 ans multipliant les conquêtes à 23 ans. On l’appellerait « cougar » ou « milf », on la passerait au microscope, on disséquerait sa psychanalyse dans la presse. Pour les hommes, il n’existe pas d’équivalent péjoratif. « Ce vide lexical, c’est déjà un signe », souligne Koliopanos.
Dans l’analyse du sociologue, cette dynamique s’inscrit dans un système plus vaste, décrit dès les années 80 par l’anthropologue italienne Paola Tabet : un continuum d’échange économique et sexuel. L’homme, plus âgé, détient des ressources ; la femme, plus jeune, apporte capital sexuel et affectif. L’écart d’âge devient alors une mécanique quasi automatique, légitimée par des récits romantiques ou glamours qui masquent un rapport de pouvoir.
Un scénario vieux comme le monde
Bien sûr, Hollywood adore ce scénario. Les histoires sont encore majoritairement écrites par des hommes, avec ces automatismes qui font que l’on s’étonne peu d’un Leonardo DiCaprio « âgé de 32 ans émotionnellement ». Dans la pop culture, le « sugar daddy » est une figure sexy, ancienne et codée. Son équivalent féminin, lui, est plus souvent hypersexualisé et moqué.
On pourrait se dire : et alors ? Si tout le monde est consentant, où est le problème ? Le problème, c’est que ce discours banalise un déséquilibre. Qu’il alimente une imagerie où l’homme mûr reste désirable, puissant, légitime à aimer jeune, tandis qu’une femme du même âge doit effacer les traces du temps pour prétendre jouer dans la même ligue.
La maturité, c’est maintenant
Koliopanos résume, mi-sérieux, mi-provocateur : « C’est dommage pour lui, il ne sait pas ce qu’il rate. Et ça montre que l’on peut être un grand acteur sans être politiquement fin. » Sur ce point, difficile de le contredire. Car se sentir jeune, c’est une chose. Utiliser cette jeunesse intérieure comme passe-droit sentimental, c’en est une autre.
Et si la vraie maturité, ce n’était pas de revendiquer une trentaine éternelle, mais de regarder en face ce que ce chiffre raconte de nos privilèges ? Leonardo DiCaprio se dit prêt à ne plus « perdre de temps ». Tant mieux. On espère juste qu’il appliquera aussi cette franchise-là à son rapport aux autres.
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