La Génération Z ne vit plus des ruptures, elle vit des « goumins » - La rupture 3.0 s’appelle « goumin » et la Gen Z en raffole. - Camille Vernin

La Génération Z ne vit plus des ruptures, elle vit des « goumins »

Ni un plat exotique, ni un nouveau verlan, le « goumin » est le nouveau terme que la génération Z utilise pour transformer ses peines de cœur en événement viral.
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Longtemps, le chagrin d’amour se vivait dans le noir, en jogging informe rempli de miettes de chips, les mouchoirs étalés sur le lit sur fond de discographie d’Adele. Aujourd’hui, il s’affiche en playlist TikTok, en vidéo confession, ou en POV larmoyant sur Insta. Et il a un nom : le goumin.

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Un mot venu de loin

« Goumin » vient du nouchi ivoirien, un argot qui mélange le français et des langues locales. Dans sa forme originelle, il désigne un gros chagrin d’amour, celui qui vous coupe l’appétit et vous donne envie de mourir. Popularisé par la diaspora africaine en France, le mot s’est glissé dans l’argot de la Gen Z avant de devenir viral sur TikTok.

Loin de la petite déception sentimentale donc, le goumin, c’est la rupture qui vous met K.O., le « pro max » du chagrin. Au point d’en oublier de manger, de ne plus pouvoir s’habiller ou de se réveiller à 3 h du matin juste « pour regarder par la fenêtre parce que vous n’y croyez pas » (témoignage authentique d’un Twittos en 2023).

Mettre son goumin en scène

Contrairement aux générations précédentes, où la rupture se résumait à « un de perdu, dix de retrouvés », la Gen Z nomme sa douleur et la met en scène. Sur TikTok, on retrouve pléthore de vidéos en pleurs, de tutos pour « sortir du goumin », de mèmes ironiques, et même de playlists calibrées pour chaque étape de la guérison sentimentale.

Une forme de manifeste : oui, ça fait mal, et non, on ne va pas se cacher. Comme le résume Aurore Malet-Karas, docteure en neurosciences, dans Libération : « On assiste aujourd’hui à une libération de la parole. S’autoriser à vivre les ruptures, c’est aussi accepter que cela fasse mal. »

Le mot circulait déjà dans les communautés afro-descendantes avant 2020, mais la pandémie a accéléré son buzz. Isolés dans nos chambres, on partageait alors en ligne ce qu’on ne pouvait plus confier autour d’un verre. Les réseaux sont devenus un exutoire collectif, où le goumin se décline en vidéos cathartiques ou en auto-dérision assumée.

Un lexique amoureux qui se diversifie

Le goumin s’inscrit dans une nouvelle vague de vocabulaire amoureux, mais qui ne vient pas de l’anglais pour changer. Quasiment un ovni dans un paysage saturé de ghosting, benching et autres situationships, le goumin propose un virage. Celui d’un vocabulaire du cœur qui ne se nourrit plus seulement de la pop culture américaine, mais aussi d’expressions venues d’autres continents et d’autres imaginaires, sans perdre sa charge émotionnelle.

Bref, si demain, un ami vous écrit « je suis en goumin », ne cherchez pas à traduire. Laissez tomber les phrases toutes faites. Mettez plutôt l’eau à chauffer, ouvrez un paquet de biscuits et dégagez-vous deux bonnes heures.

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