
Il y a presque une semaine, Alexandra Rosenfeld, élue Miss France en 2006, publiait sur Instagram un post dans lequel elle présentait les résultats d’une radiographie des « os propres du nez + sinus de la face ». On pouvait lire « indications : traumatisme par choc direct et résultat : fracture des os propres du nez. Pas d’hémo-sinus ».
La suite de son post est une succession de notes prises sur son téléphone où elle revient sur les violences subies lors de sa relation avec le chef Jean Imbert. L’ancien vainqueur de Top Chef n’est pas mentionné, mais Alexandra Rosenfeld évoque le prénom Éléonore, un nom fictif qu’elle a emprunté lors de son témoignage dans le magazine ELLE. Il y a quelques mois, la jeune femme âgée de 36 ans témoignait dans le média français dans le cadre d’une enquête sur les violences subies par d’anciennes compagnes du chef français.
Alexandra Rosenfeld a reçu une immense vague de soutien. Les internautes ont commenté en masse sa publication. « On te croit, on te soutient et on t’envoie tout notre courage pour la suite », « bravo », « soutien et force, merci pour nous toutes », « bravo pour ce courage d’avoir osé parler » peut-on lire en commentaire. Avant elle, d’autres Miss France se sont exprimées publiquement sur des sujets de société importants. Elles ont à leur échelle fait bouger les lignes et démontrer qu’elles ne sont pas que des reines de beauté, en train de sourire au public et lever la main pour le saluer. Les Miss France prennent la parole. Elles sont désormais entendues et considérées.
Maternité, body shamming : les Miss s’engagent
En 2023, Camille Cerf, miss France 2015, revenait sur le body shaming dont elle a été victime. Maman d’un petit Malo de deux ans, la Nordiste a été la cible de vives critiques sur sa silhouette post-partum auxquelles elle n’a pas manqué de répliquer : « J’aime tous les stigmates de ma grossesse. Je chéris chaque vergeture, chaque trou de cellulite, ma peau détendue et mes kilos en plus. C’est pour ces gens qui viennent mettre des commentaires méchants qu’il faut avoir de la peine. Leur vie est tellement triste s’ils viennent se défouler sur internet ». Depuis, Camille Cerf n’hésite pas à montrer son corps sur Instagram avec ses courbes, même si elle avouait être encore complexée dans une interview accordée à Gala. Elle expliquait avoir à cœur de défendre l’acceptation de soi, même si cette mission lui est « un peu tombée dessus. Je l’accepte avec plaisir » complétait-elle.

Les Miss France s’expriment également sur la maternité. Non pas pour l’idéaliser, mais pour apporter une autre vision (un peu) plus acceptée bien qu’encore critiquée : le choix de ne pas avoir d’enfant. Vaimalama Chaves, désignée Miss France en 2019, déclarait en juin dernier sur le plateau de Buzz TV : « À chaque fois qu’on m’embêtait un peu à ce sujet, je disais que j’étais stérile et ça coupait le débat assez vite. Ça mettait les gens mal à l’aise et j’aime bien. On ne peut pas savoir, et comme on ne peut pas savoir, il ne faut pas spéculer sur ça. Parfois il y a des femmes qui ne veulent pas être maman, comme moi. Aujourd’hui, je ne veux pas être maman, et puis c’est comme ça. Un jour peut-être… ». À l’heure où de plus en plus de femmes et de couples expriment leur souhait de ne pas être parents sur les réseaux sociaux, la prise de parole de Vaimalama est nécessaire et rappelle qu’une femme ne doit pas forcément être mère pour s’accomplir et s’épanouir. Peu de personnalités évoquent ce sujet encore touchy et stigmatisant pour les femmes.

Marine Lorphelin, Miss France 2013, révélait souffrir de troubles de l’anxiété. Un mal-être développé durant ses études de médecine où elle a dû faire face à de nombreux épisodes de surmenage. « Alors, il y a aussi des traits de personnalité hein mais pas mal de surmenage oui. J’ai laissé un peu mon sommeil à cette période-là et puis à un moment voilà, ça a explosé. Mais en tout cas ça m’a appris à, justement, prendre soin de moi, à baisser un peu… ».
Encore plus de contenu people avec en vidéo notre interview de Marine qui nous parle de ses rituels estivaux :
Un concours Miss France en pleine évolution
Pendant longtemps, le silence a semblé avoir été la norme chez les Miss France. Rien ne devait dépasser, juste sourire et répondre aux questions sans faire de vagues, ni prendre de position. La Miss France devait être lisse, renvoyer une image parfaite. On était alors à l’école Geneviève de Fontenay qui a incarné cette vision de la Miss bien élevée ou le moindre faux pas était sanctionné.
Mais depuis quelques années, l’école Miss France évolue et revoit ses critères. La preuve avec l’élection d’Angélique Angarni-Filopon, la dernière Miss France élue en décembre dernier. Pour la première fois depuis la création du concours en 1920, c’est une femme trentenaire qui a été élue plus belle femme de France. Les critères pour devenir Miss sont plus souples. L’âge minimum n’est plus fixé à 24 ans. Les femmes mariées ou pacsées, avec enfants, ainsi que les femmes trans et celles avec un tatouage visible peuvent également participer. Les profils se diversifient doucement, même si le chemin est encore long.

L’image du concours Miss France évoluent et les anciennes lauréates participent aussi à ce changement. Avec leurs prises de paroles, elles bousculent les codes, partagent leurs expériences personnelles, quitte à déplaire et à susciter des réactions. Elles utilisent la plupart du temps leurs réseaux sociaux où elles se sont constitué une communauté auprès de laquelle elles peuvent s’exprimer sans tabou et en toute transparence. Elles ont plus de facilité à parler, à se positionner, malgré la présence inévitable des haters. Et le public, loin de les rejeter, semble prêt à accueillir cette version plus authentique et moins figée de la Miss France d’aujourd’hui.
Pourquoi la parole des Miss France est-elle importante ? Parce que, qu’elles bénéficient encore d’une aura dans le monde des médias et parlent à une partie de la population. En brisant les tabous, elles participent à une prise de conscience collective. Leur notoriété agit comme un projecteur sur des réalités souvent ignorées ou minimisées. Et ce faisant, elles redéfinissent ce que signifie être une figure publique féminine en France : plus qu’un physique, une voix.
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