
Et si la mode ne défilait plus, mais s’éparpillait ? À la Fashion Week de Milan, Diesel et son directeur artistique le Belge Glenn Martens ont frappé fort en faisant éclore sa nouvelle collection… dans des œufs. Pas de podium, pas de front row, ce qui pose la question de la fin de son existence, ni de people en lunettes noires et tenues sombres. Les mannequins sont installés dans d’énormes capsules en plastique transparent, exposés dans toute la ville, de jour comme de nuit, dans des lieux publics parfois inattendus. Églises, bars, clubs queer… La chasse aux œufs milanaise pouvait commencer.
Mettre la ville de Milan au cœur du défilé
Cette expérience immersive, baptisée Sex, Shells and Diesel, a été imaginée par Glenn Martens. Le styliste est connu pour son sens du spectacle et sa volonté de bousculer les codes. Dans la ville italienne, il a pour objectif de faire sortir la mode de ses murs dorés, la rendre accessible à tous, gratuitement, sans badge, ni barrière. « C’est Milan qui est au premier rang », déclarait Martens.
À l’heure où la plupart des maisons continuent de miser sur les podiums, Diesel a préféré miser sur une vitrine urbaine. 55 silhouettes étaient enfermées dans des œufs géants, visibles via une carte dynamique qui guidait les curieux à travers la ville. À l’intérieur, des modèles figés telles des créatures dans un musée du futur. Une mise en scène insolite, presque dystopique, qui nous projette dans un film de science-fiction et nous donne l’impression d’être face à des vitrines vivantes des grands magasins.
La collection elle-même présentait des pièces en denim déchiré, des jupes plissées, des vestes oversizes, avec des jeux de transparences assumés et des clins d’œil punk.
Pourquoi des œufs ?
Parce que la marque Diesel a toujours aimé provoquer. L’œuf symbolise également la naissance, la transformation, mais aussi la fragilité. Les capsules transparentes offrent à voir, tout en créant une distance avec les mannequins. Le public observe, mais ne touche pas. En revanche, il est amené à chercher, découvrir et explorer. Dans une époque saturée de contenus, Diesel mise sur un show plus slow où chaque look devient un arrêt.
Cette démarche s’inscrit dans une tendance plus large de désacralisation de la mode. Elle devient désormais une expérience, avec comme pour principal terrain de jeu cette semaine la ville de Milan. En investissant des lieux aussi variés que des bars LGBTQ+, des églises ou des squats culturels, Diesel envoie un message : la mode n’appartient à personne, elle est partout. Elle traverse les genres, les communautés, les milieux sociaux… Une posture d’autant plus audacieuse quand on sait que Milan est réputée pour être le temple du luxe classique.
Ce défilé dans des œufs constitue une performance à part entière. Une œuvre disséminée dans la ville, à la croisée du street art, de la mode et de l’installation contemporaine. Une démarche ancrée dans la slow life qui nous invite à prendre le temps et regarder ce qui nous entoure.
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