Halloween : cinq romans pour faire des cauchemars - Photo d’illustration - Sigrid Descamps - Journaliste

Halloween : cinq romans pour faire des cauchemars

Parce que tout est bon pour se faire peur en cette saison, on replonge dans des romans qui filent des frissons. Gorian Delpâture, expert en littérature de genre, nous file sa sélection pointue (comme les dents de…).
Sigrid Descamps Journaliste
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Getty Images

C’est chimique : on aime avoir peur. Pourquoi ? Pas par masochisme (quoique…), mais parce que la peur libère des hormones comme la dopamine, l’adrénaline et des endorphines, ce qui provoque une sensation de… plaisir ! Celle-ci, associée à un sentiment de contrôle (on se fait peur, mais on sait en parallèle, qu’il ne va rien nous arriver, on « gère »), est donc vécue comme agréable, voire excitante (merci les hormones donc). Ce qui explique en partie pourquoi les films et séries horrifiques, mais aussi les livres de genre, rencontrent un tel succès. Et à ce jeu, certains auteurs se révèlent plus doués que d’autres pour nous faire dresser les poils sur la tête. Auteur, chroniqueur et journaliste culturel, expert entre autres en littérature horrifique et fantastique, Gorian Delpâture nous livre son best of.

Stephen King : « Misery »

Impossible de dresser cette liste sans placer l’un des maîtres du genre. Là où beaucoup misent sur « Ça » (qui connaît un nouveau regain de popularité avec la série « Bienvenue à Derry », un prequel à voir sur HBO), notre expert lui préfère… « Misery ». « C’est un livre qui en plus de faire peur, fait mal. Il raconte l’histoire d’un écrivain, Paul Sheldon, qui a un accident de voiture et est recueilli par une fan, une ancienne infirmière, Annie Wilkes, qui va le soigner, puis le séquestrer et le torturer… C’est un des romans de Stephen King dénué de tout élément fantastique, il est extrêmement réaliste. C’est un livre qui fait mal car il parle beaucoup de douleurs physiques, de torture… Au stress généré par la situation du héros, s’ajoutent les sensations de douleurs. Pour l’anecdote, Stephen King a eu l’idée du livre en imaginant ce que ses fans à lui pourraient lui faire s’ils étaient vraiment en colère. À la fin du roman Cujo, il tue un personnage d’enfant, ce qui lui a valu de nombreuses lettres de plainte et de menaces à l’époque. Pour écrire Misery, il n’a donc pas dû aller très loin. Il a juste poussé le curseur. »

Halloween : cinq romans pour faire des cauchemars - Le Livre de Poche - Sigrid Descamps - Journaliste
Le Livre de Poche

Uketsu, « Stranger Houses »

« Parmi les lectures récentes et perturbantes, celui-ci est bien fichu. Uketsu est un youtubeur japonais dont on ignore l’identité. Il ou elle apparaît toujours le visage sous un masque de papier mâché blanc avec un troui pour la bouche et deux trous pour les yeux – déjà, ça, c’est perturbant ! –, sa voix est déformée, il ou elle est filmé face cam’… Et il s’est notamment fait connaître avec une vidéo qui a eu un immense succès au Japon, qui racontait l’histoire d’une maison étrange. La vidéo s’appelle Strange Houses. Il raconte qu’un de ses amis voulait acheter une nouvelle maison. Il avait reçu les plans de l’architecte. Et avait repéré des bizarreries. Notamment, au rez-de-chaussée, un petit espace creux, enfermé dans des murs. Donc, un espace dans lequel on ne pouvait pas entrer, mais qui est présent sur les plans. À l’étage, il y a une chambre d’enfant qui est coincée au milieu de l’étage, sans fenêtre. Et puis, il va se rendre compte qu’il y a plein de choses bizarres. Et cette vidéo a été adaptée en manga, puis en film. Et aujourd’hui, en roman. Et c’est très chouette parce que le livre propose aussi tous les plans de la maison. Donc, tu peux regarder, repérer, feuilleter. Et chaque fois que le narrateur découvre quelque chose, tu as le plan imprimé que tu peux consulter en même temps. Ce n’est pas une grande œuvre littéraire mais ça fonctionne bien. C’est assez flippant. »

Halloween : cinq romans pour faire des cauchemars - Le Seuil - Sigrid Descamps - Journaliste
Le Seuil

John Langan, « The Fisherman »

« C’est un roman terrifiant sur le deuil, qui est directement sorti en livre de poche et que j’ai beaucoup aimé. Ils ont gardé le titre original, The Fisherman. Le personnage principal est un monsieur d’un certain âge qui a perdu sa femme, il s’est remis à la pêche pour retrouver un peu de plaisir dans la vie. Et il va aller pêcher avec un jeune homme, beaucoup plus jeune que lui, qui lui aussi éprouve le deuil. Et lui, c’est encore plus trash : il a perdu sa femme et ses enfants dans un accident de voiture. Un jour, ils veulent aller pêcher dans un endroit jugé dangereux parce que c’est au bord d’une rivière où les gens glissent et tombent souvent. Et ils vont aller manger dans un diner américain, où le cuisinier va leur raconter une histoire mystérieuse sur ce lieu de pêche. L’essentiel du roman tourne autour de cette histoire, qui nous ramène dans le passé avec des éléments Lovecraftiens. Dans le registre de l’horreur, c’est vraiment un des romans les plus réussis que j’ai lus récemment. »

Halloween : cinq romans pour faire des cauchemars - J’ai lu - Sigrid Descamps - Journaliste
J’ai lu

H.P. Lovecraft, « L’appel de Cthulhu »

Un grand classique. « Je suis un grand fan de Lovecraft, j’aurais également pu citer L’horreur de Dunwich. Ils figurent certainement parmi les livres les plus terrifiants que je connaisse. Ce sont vraiment de bonnes histoires qui font peur. »

Halloween : cinq romans pour faire des cauchemars - Sigrid Descamps - Journaliste

Bram Stoker, « Dracula »

Un autre grand classique. « J’ai relu l’oeuvre de Bram Stoker il y a quelque temps. Tout le monde a vu au moins le film de Francis Ford Coppola ou plus récemment celui de Luc Besson. Et on a tous un peu l’image du vampire romantique, qui fait succomber les femmes par son charme aristocratique fou. Sauf qu’en relisant le livre de Bram Stoker, je me suis rendu compte à quel point le personnage de Dracula lui-même est un violeur affreux. C’est un monstre épouvantable dans le texte d’origine, qui a été publié en 1897. On est bien loin des versions aseptisées du cinéma d’aujourd’hui. Tu le rencontres très peu dans le roman. Il apparaît un tout petit peu au début, quand Jonathan Harker va dans son château en Transylvanie. Et puis un tout petit peu à la fin. Mais il est très clair dans le roman que c’est un monstre violeur, qui détruit les femmes, qui les abîme, qui leur fait du mal. Et donc ça fait très, très peur. Ce sont des scènes décrites de manière très viscérale et vraiment terrifiante. Donc relire Bram Stoker, Dracula aujourd’hui, ça reste une épreuve de lecture tellement c’est terrifiant et tellement, c’est réussi. Donc en termes de classique, oubliez les versions au cinéma, sauf peut-être le récent Nosferatu de Robert Eggers, lui, qui est beaucoup plus proche du roman de Bram Stoker, y compris dans la violence et dans les scènes de « sexe » avec le vampire. Donc Dracula, ça reste une expérience de lecture terrifiante encore aujourd’hui. »

Halloween : cinq romans pour faire des cauchemars - Le livre de Poche - Sigrid Descamps - Journaliste
Le livre de Poche

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