Nocturlabe : on a déniché la nouvelle étoile du Nord (de Bruxelles)

Schaerbeek tient sa nouvelle coqueluche. Planquée derrière une devanture aux allures de toile d’Edward Hopper, la fratrie Bodivit navigue à vue (et avec brio) entre iode bretonne et bistronomie de haut vol. Embarquement immédiat.
sosoir

De loin, dans la pénombre de la rue, le tableau saisit : une vitrine large comme un écran de cinéma, une lumière chaude qui tranche avec la nuit bruxelloise, et deux ombres qui s’activent. Pas de doute, ça vit. Pousser la porte de Nocturlabe, c’est accepter de perdre ses repères habituels pour se laisser guider par les étoiles. Car si le nom désigne cet ancien instrument de navigation maritime, ici, la boussole pointe invariablement vers le goût.

À l’intérieur, l’atmosphère oscille entre la cabine de capitaine au long cours et le cabinet de curiosités 2.0. Murs bleu nuit, clins d’œil subtils à Jules Verne (sans le kitch du scaphandre tout de même), et cette odeur... Pas celle, tenace, de la friture qui s’incruste dans la laine, mais un fumet prometteur, mélange de beurre noisette et d’embruns. On est à Schaerbeek, mais on pourrait être à Concarneau.

Fratrie de choc et assiettes de chic

Aux commandes du navire, un duo fraternel qui a de la bouteille. En cuisine, Benoît Bodivit. Le CV est solide (Comme Chez Soi, Villa Lorraine, The Winery), la main est sûre, et l’origine bretonne ne ment pas. En coulisses et à l’inspiration liquide, Anthony, ex-ingénieur Microsoft reconverti dans l’hospitalité (il tient l’Astrolabe à Concarneau). À la manœuvre en salle et aux flacons : Nahida. La maîtrise est académique, et le sourire d’une décontraction désarmante.

Loin des assiettes qui en font des caisses, Benoît, lui, ne cherche pas à épater la galerie. Il vise une cuisine droite dans ses bottes, et d’une justesse qui calme tout le monde. Le menu unique (cinq services), qui change toutes les quatre semaines, travaille le produit de la racine à la fane. Rien ne se perd, tout se transforme en pickles, poudres et huiles, sourcés jusque dans le jardin d’aromates à l’arrière.

Mmmhhhh... le terre-mer !

Le résultat ? Une gifle iodée avec ce bouillon graphique bisque-algues, où l’on vient pêcher crevette et huître. Suivent un omble cuit basse température, et à peine caressé par la flamme du chalumeau, ou encore la «Biche de Noël» – on apprécie le jeu de mots – qui marie le gibier à la douceur terrienne du salsifis, le tout réveillé par une mandarine vive et une crème de cacao démoniaque. C’est technique, c’est lisible, et ça provoque sa dose de « Mmmhhhh » de contentement.

Escale en terre (et verre) connue

Pour rincer tout ça, on fait confiance à Nahida en salle, qui pilote une carte des vins naviguant majoritairement en eaux troubles (bio, biodynamie, nature), avec une affection particulière pour la France ou l’Autriche et, chauvinisme oblige, pour la Belgique.

Avec ses seize couverts – pas un de plus – et son petit salon privé pour les conspirateurs, Nocturlabe joue la carte de l’intimité sans être guindé pour un sou. C’est classe sans être soutenu, et à 65€ le menu, c’est sans doute l’escale la plus excitante de cette fin d’année. Les marins avaient les étoiles pour se repérer ; les gourmets bruxellois ont désormais cette adresse.

Infos :

Où ? Rue Josse Impens 3, 1030 Schaerbeek

Quand ? Du lundi au samedi dès 19h.

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