Blanca Li : « Quand je crée le mouvement, il n’est ni féminin ni masculin »
Blanca Li est toutes les danses. Chorégraphe et réalisatrice sublimant les plus belles pièces de mode – des défilés Gaultier à Louboutin –, elle aime repousser les limites du rêve… et de la réalité, faisant de son art vivant le meilleur compagnon des nouvelles technologies. « Avoir un rêve, sans savoir où il mènera, mais peu importe car ce sera toujours une chose nouvelle », voilà ce qui guide sans fin l’artiste espagnole.
ParCharlotte Vanbever,
Elle danse, fait danser les autres, et même les plus belles pièces de mode. Elle chorégraphie d’impressionnants défilés (dont le mémorable récent Louboutin à Paris, sur une pelouse de football américain), habille ses mouvements et ceux de ses danseurs avec les créations de grands couturiers – parmi eux, elle cite les Belges Margiela et Tom Van Der Borght – et, depuis plus de 30 ans, alors que la vision du corps a changé aussi, repousse sans cesse les limites de son art. « On n’atteint jamais la plénitude », nous glisse Blanca Li de son accent espagnol qui nous remplit de chaleur humaine. « Ce que j’ai de plus espagnol en moi ? Mon amour pour la fête, pour la culture méditerranéenne… et pour le plaisir de la vie ! » Dans chacune de ses créations, qu’elle mêle la danse contemporaine au ballet au flamenco ou au hip-hop, c’est la vie en mouvement qu’elle célèbre.
Christian Louboutin et Blanca Li (Chorégraphe du Show) sur scène durant « The Loubi Show » by Christian Louboutin dans le cadre de la Fashion Week de Paris, au DOJO de Paris, France, le 2 Octobre 2025. - Photo News
Blanca, dans certains de vos spectacles (comme le récent Bal de Paris), vous n’hésitez pas à intégrer les nouvelles technologies, progrès et spectacle vivant font bon ménage. Parce qu’il s’agit de toujours repousser les limites du rêve ?
Du rêve oui, mais aussi dans la vie, dans le monde, parce qu’inventer quelque chose avec une technologie qui existe depuis seulement quelques années, ça veut dire aussi, d’une certaine manière, être pionnier dans la création de nouveaux objets qui étaient impossibles il y a encore peu de temps. Et cela veut dire qu’à chaque fois, quand on commence une aventure avec une technologie nouvelle, on ne sait pas du tout si on va arriver au bout, ni comment on va y arriver. Cela signifie qu’on doit tout faire et tout inventer. Et on n’a aucune garantie qu’on arrivera à faire quelque chose de bien. Tu as un rêve, justement, qui est d’aller quelque part, mais le chemin sera compliqué. Tu arriveras à un endroit, tu ne sais pas lequel, mais peu importe car ce sera toujours une chose nouvelle !
Avez-vous toujours dans la danse cherché à être une pionnière ?
J’ai toujours beaucoup aimé me réinventer, et j’ai toujours détesté faire des choses qui se ressemblaient. Je ne me suis jamais ennuyée parce que j’ai toujours eu envie de faire plein de choses tout le temps. Je suis souvent inspirée et très touchée par les choses qui m’arrivent chaque jour et qui me poussent vers la création. Le fait d’imaginer des choses qui me mettent en danger, c’est quelque chose qui m’excite.
Est-ce que l’idée serait presque de ne jamais finir ?
Oui, d’être continuellement en mouvement… C’est ça, la danse.
Dans ce que vous faites, l’esthétique est très importante. L’esthétique vestimentaire notamment. Vos danseurs peuvent porter des tenues de bal signées Chanel, vous chorégraphiez des défilés de mode…
C’est important pour moi qu’il y ait la mise en scène, la lumière, le décor, et les costumes. Pour Le Bal… , quand est arrivé le moment de choisir les costumes, j’avais peur de me retrouver avec des personnages de jeux vidéo, habillés un peu comme des avatars (sourire). J’ai donc demandé à la maison Chanel si elle voulait travailler avec moi sur ce projet. D’autant plus qu’il faut s’habiller très bien pour aller au bal. C’est important, on doit se sentir beau, belle, et on regarde les personnes autour et on se retrouve tout de suite dans un univers spécial, où on n’est pas habillés n’importe comment.
Vous mettez le vêtement en mouvement quand vous chorégraphiez des défilés ou des films publicitaires (de Louboutin, Gaultier, Longchamp en passant par Gap)…
Oui, parce que le même mouvement peut être habillé de manière très différente. Quand je fais une chorégraphie, j’imagine déjà comment elle va être habillée. J’ai la chance de travailler depuis pas mal d’années avec des créateurs de mode et ils m’ont appris l’importance du choix de matière, de la forme de la coupe et que tout est important dans un vêtement. Les créateurs de mode doivent penser à tout.
On évoquait les nouvelles technologies, mais il y a une autre évolution dans la société, c’est celle du corps, dans une ère où on essaie de moins genrer les gens… Et ça vous parle, non ?