Gorpcore : pourquoi les citadins adorent jouer aux aventuriers du dimanche - L’appel de la forêt (au coin de la rue). - Camille Vernin

Gorpcore : pourquoi les citadins adorent jouer aux aventuriers du dimanche

On n’a jamais eu aussi peur de la fin du monde. Et jamais été aussi bien équipés pour aller chercher un latte avoine au coin de la rue. En ville, il suffit d’ouvrir les yeux. On ne croise plus des passants, on croise des survivants.
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Habillés pour l’Everest

C’est la grande tendance « Gorpcore », quand les marques de montagne deviennent les nouveaux labels de mode. On porte des chaussures de trail avec des crampons de compet’ pour traverser la rue, et des vestes déperlantes capables de résister à une mousson tropicale alors qu’on affronte une petite drache nationale. On a douze poches cargo à l’heure où tout tient dans un iPhone. Oui, se déguiser en «baroudeur de salon» n’a jamais été aussi tendance. On est prêts pour l’aventure. Mais avec 5G et Deliveroo inclus si possible. Et le délire ne s’arrête pas qu’aux chaussures de trail. Non, l’urbain moderne a décidé qu’il était, au fond, un paysan qui s’ignore.

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Le fantasme rural des citadins

On assiste alors, avec une tendresse un peu vacharde, à l’éclosion des « agriculteurs de balcon ». Vous savez, cette pote qui vous retient vingt minutes pour vous expliquer les secrets de la vitalité de son basilic (spoiler alert : lui couper la tête. Le basilic, pas la pote). Ou ce gars qui a investi 200 euros en pots design et en terreau pour récolter trois radis anémiques, mais il vous les présente avec la fierté d’un éleveur du Larzac. 

On se croirait dans un sketch de Gaspard Proust qui nous hurle - avec son mépris si délicieusement articulé - d’aller enfin au bout de notre logique de néo-paysans de balcon : « Ils font tous la course pour être le plus écolo. Dans quel but ? Transformer Paris en Creuse... Mais allez-y dans la Creuse ! Allez au bout de votre raisonnement, repeuplez les campagnes ! ». Pendant ce temps, on estime que l’industrie des plantes d’intérieur devrait croître de 31,76 milliards USD en 2025 à 46,84 milliards d’ici 2035 (Market Research Future).

L’écologie comme performance

Soyons lucides. Si votre rêve, c’est la laine épaisse et les conversations avec un poireau, bonne nouvelle : il existe des endroits conçus exactement pour ça. Là-bas, il y a de la vraie boue qui tache, de la pluie qui mouille, et ce luxe suprême : celui de pouvoir vivre sa passion pour le potager sans avoir besoin de se donner une contenance entre deux sorties de sacs orange.

Au bout du compte, ce folklore de la survie urbaine nous rassure. On veut du sauvage, mais seulement s’il est dompté, poli, et qu’il tient dans un bac IKEA. Au fond, on ne cherche pas à retrouver la terre, on cherche juste à s’inventer un destin d’aventurier le temps d’une journée. Une manière de garder le contrôle sur un monde qui nous échappe. Allez, je vous laisse, j’ai une rando de 400 mètres jusqu’au traiteur italien. J’espère que mes Salomon tiendront le coup. Les conditions s’annoncent extrêmes.

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