
Elle est, tout un temps, tombée en désuétude. Trop massive, trop froide, trop bétonnée, puis finalement abandonnée, on feignait de ne pas la voir. Puis, récemment, l’architecture brutaliste a retrouvé un peu de ses couleurs, pas si grises que ça. Le film hollywoodien, encensé, The Brutalist, lui a rendu sa place au centre de la carte du modernisme. Avant que d’autres formes d’art ne se revendiquent descendantes de ce courant architectural. « L’esthétisme du brutalisme s’est étendu au-delà du champ de l’architecture », explique Pierrick de Stexhe, du studio Analogue Architecture et auteur de l’ouvrage Brutalism in Belgium. « Maintenant, on voit des créations de mode, de design ou des luminaires qui se revendiquent brutalistes. Au final, c’est une esthétique qui s’est ouverte à plein de domaines et qui, aujourd’hui, touche donc un plus grand nombre de personnes. » Mais qui n’est pas pour autant mieux comprise...

Ce style architectural, issu du mouvement moderne, est né dans un contexte d’après-guerre, en Grande-Bretagne, dans les années 50. « Dans l’idée de pouvoir reconstruire rapidement et à moindre coût. Le béton s’est imposé comme un matériau qui était peu coûteux à l’époque, facile à mettre en place, qui permet de faire plein de choses assez facilement. » En Belgique, les premières constructions brutalistes ne s’élèveront qu’au milieu des années 60, dans une espèce de rejet généralisé. « Ces bâtiments sont assez mal reçus, de base. Comme tout ce qui est très différent, quand on voit fleurir quelque chose comme ça à côté de chez soi, ça ne laisse pas indifférent. Cette architecture a énormément de présence et ça suscite une vive réaction. On ne peut pas rester neutre face à pareils bâtiments. »
Il y a 60 ans, personne ne comprend l’esthétique brutaliste, inspirée des travaux de Le Corbusier, et perçue comme trop « brutale » dans le paysage. « La notion de base du brutalisme, ce sont des valeurs éthiques : vouloir montrer les imperfections liées à une production artisanale. A ces valeurs éthiques là, on a donné des valeurs esthétiques qui se sont traduites par l’utilisation de matériaux comme le béton ou la manière de mettre en œuvre le béton avec des coffrages, des moules réalisés à la main. On voit vraiment l’empreinte laissée sur le matériau. Au début, l’idée était de laisser les matériaux tels quels, sans habillage, sans enduit. »
La Belgique « brute »
En Belgique, le chef de file de ce style, dans ce qu’il a de plus « brut », s’appelle Juliaan Lampens, précise l’architecte Pierrick de Stexhe. Sa chapelle Our Blessed Lady of Kerselare (qui s’inscrit à l’époque dans une démarche du Vatican de « reconnecter » à la réalité les lieux de culte) est un magnifique modèle du genre, de même que la villa privée Van Wassenhove, construite au début des années 70 et devenue musée. « Mais en fait on a assez peu d’exemples qui sont 100 % brutalistes en Belgique, comme ceux de Juliaan Lampens. L’ensemble de ses réalisations sont toujours avec ce béton qui fait l’esthétique de l’extérieur et de l’intérieur. » (...)
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