
Nous étions nombreux à vouloir épurer notre intérieur, à opter pour du beige à la place du jaune vif, à plier nos vêtements verticalement à la Marie Kondo, à vouloir ranger, trier, donner, jeter, tout cela sous couvert du less is more. Mais à force de trop vouloir lisser, n’en aurait-on pas perdu ce qui fait le charme de notre maison ? Pas de surprise dès lors à voir émerger, à contre-courant des standards, des décorations de plus en plus osées et des intérieurs ultra-personnalisés.
Le maximalisme, c’est quoi ?
Avant toute chose, il est important de rappeler que le maximalisme a toujours existé, et qu’il n’est pas une réponse au minimalisme actuel. Ce mouvement est notamment caractérisé par une accumulation d’objets et un mélange de couleurs et d’imprimés pour créer une ambiance chaleureuse et personnelle. On se souvient par exemple du papier peint fleuri de nos grands-parents, de leur canapé en velours et des rideaux en voilage qui donnaient à leur intérieur une touche unique. Un peu too much pour certains, mais dans lequel on se sentait vraiment bien ! Avec le temps, les motifs se sont peu à peu estompés et les couleurs vives se sont adoucies, laissant place à plus de nuances de blanc et beige et autres couleurs neutres dont on «ne se lasse pas». Enfin, presque...
Depuis quelque temps, les couleurs regagnent du terrain, tout comme les motifs et l’accumulation d’objets. Mais comment adopter cette mouvance sans risque de voir son intérieur ressembler à un musée décoré par un enfant de cinq ans ? Joséphine Jubineau, fondatrice des Tables de Joséphine, nuance : «Le maximalisme n’est pas un bazar sans harmonie. L’idée c’est qu’il y ait toujours une intention dans le choix des objets et qu’il y ait un fil conducteur pour raconter une histoire. Tout n’est pas du maximalisme !»

Un exemple concret ? «Prenons une table avec une nappe qui comporte des palmiers dans un style très été, avec des assiettes aux motifs de chasse automnale, et des serviettes unies mauves : ça, ce n’est pas du maximalisme puisqu’il n’y a aucun lien entre tous ces objets, aucune harmonie, aucune histoire et aucune palette de couleurs, explique la spécialiste. Ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est qu’il doit vraiment y avoir une cohérence entre les pièces. Tous les éléments doivent dialoguer ensemble», insiste-t-elle. Si vous souhaitez tenter quelque chose chez vous, sans prendre trop de risque, «vous pouvez tout simplement superposer plusieurs livres de mode, y poser un gros vase et un joli bouquet de fleurs que l’on va changer régulièrement. Ça ,c’est déjà une forme de maximalisme».
Un changement sociétal
Mais si ce mouvement n’est pas nouveau, il est le signe d’un changement des mentalités et d’un bouleversement sociétal bien plus rofond. «Ce qui se passe dans le monde a une grande influence sur nos comportements», rappelle Joséphine Jubineau. «Pendant le Covid par exemple, les gens restaient enfermés chez eux avec une certaine anxiété et avaient besoin de désencombrer pour se décharger de l’incertitude qu’il y avait autour de la situation et d’y voir un peu plus clair au moins dans leur intérieur».

Aujourd’hui, on constate l’effet inverse. Avec une actualité brûlante et anxiogène sur ce qu’il se passe à l’extérieur, on souhaite apporter de la gaieté et du réconfort à notre intérieur et cela se traduit par plus de couleurs et plus de personnalité. Et notre experte de rappeller que «notre lieu de vie doit être un endroit ressource, un lieu où lorsqu’on y entre, on se sent instantanément bien, on retrouve des objets qui nous donnent le sourire et qui nous procurent un sentiment d’apaisement. En fait, le cœur du maximalisme, c’est d’oser exprimer sa personnalité, mais ça doit avant tout nous apporter de la joie».
L’aspect culturel
Relier le maximalisme au bien-être que nous procure notre intérieur n’est cependant pas si évident. Certaines personnes peuvent en effet se sentir oppressées par une décoration trop chargée. C’est le cas dans certains pays d’Asie, où les facteurs environnementaux et culturels sont très ancrés. Le Japon par exemple, est réputé pour sa décoration très épurée, voire trop pour certains. Mais pour les habitants, la suppression de tout superflu est nécessaire à leur harmonie. Pas dit qu’il en soit de même en Angleterre, où le cliché de l’intérieur ultra-maximaliste est une institution. Tout est finalement question de culture, d’habitude et de mode de vie.
Découvrez en vidéo la collection du de Gustaf Westman, le designer derrière l’assiette à boulettes suédoises :
Joséphine Jubineau souligne aussi que l’environnement de travail peut influencer la manière dont on a envie de se sentir chez soi. «Selon ce que l’on vit dans la journée, les besoins de chacun en rentrant chez soi vont être totalement différents. Les personnes qui vivent des choses très difficiles chaque jour, à l’hôpital par exemple, vont avoir besoin de quelque chose de peut-être plus apaisant, et cela peut également varier au sein d’un couple», explique l’experte. Une chose est sûre, le maximalisme connaît une nouvelle heure de gloire...
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