
La Belgique est une terre de bières, mais une boisson est peu à peu en train de se faire une place : le cidre. Un événement illustre cet intérêt croissant pour la boisson à la pomme. Le 29 et 30 août prochains aura lieu POMPOMPOM au Vaulx Hall, niché au cœur du parc Royal à Bruxelles. Le rendez-vous revient pour une cinquième édition avec toujours la même envie : faire connaître au plus grand nombre le cidre.
L’événement POMPOMPOM, fer de lance
Derrière POMPOMPOM, on retrouve quatre amis d’enfance : Gary, Arthur, Pablo et Julian. Tout commence en Bretagne, non loin de Saint-Malo, où ils rencontrent un producteur de cidre artisanal. Un moment d’échange qui suscite leur curiosité. « On cherchait à ce moment un projet en commun à monter. On s’est dit ‘pourquoi ne pas lancer notre propre cidre ?’. On s’est alors rendu compte que la boisson n’était pas tellement connue. Il n’y a pas beaucoup de monde qui en consomme, alors que c’est un chouette produit » nous raconte Gary Schwarts, membre du quatuor.
Mais comment promouvoir ce produit sympa auprès du grand public ? L’idée d’organiser un événement autour du cidre émerge, « mais un événement plus festif que ce que l’on trouve généralement dans le milieu du vin avec des salons un peu rigides, sérieux et très axés sur le professionnel. On voulait sortir de ce carcan pour faire découvrir ce produit dans une ambiance conviviale, où les familles sont les bienvenues et où la fête s’impose en soirée avec des groupes, des artistes émergents… »

Parmi les participants de POMPOMPOM, on retrouve Cyrille Guiot, à la tête du Cidre du Tchapia située dans le village de Presgaux, dans la province de Namur. Le projet s’étend aujourd’hui sur une quinzaine d’hectares, avec plus de 1.000 arbres plantés. Le jeune homme ne se prédestinait pas à une carrière de producteur de cidre. Après ses études d’ingénieur agronome, il souhaite d’abord se lancer dans le maraîchage avec des légumes diversifiés. Mais en travaillant dans sa région, il découvre de vieux vergers dont les pommes n’étaient plus vraiment valorisées. Il commence à en faire du jus, puis s’intéresse à la fermentation, ce qui le conduit progressivement au cidre.
La plupart des gens ne connaissent pas le cidre, mais quand ils goûtent, ils adhèrent. À force d’en boire, on se rend compte à quel point ce produit est diversifié.
Des vergers qui prennent leur temps
En parallèle, Cyrille Guiot découvre le modèle des vergers haute-tige : de grands arbres fruitiers, sous lesquels peuvent pâturer des animaux - des moutons chez lui. Il est séduit par ce système qu’il considère comme très cohérent sur le plan agricole et écologique : peu d’intrants, peu d’énergie extérieure, pas de pesticides dans son exploitation, biodiversité, présence d’animaux et intérêt paysager. Ce modèle demande toutefois de la patience : il faut compter huit à dix ans avant qu’un arbre commence à produire, mais il peut ensuite donner des fruits pendant près d’un siècle.
Pour lancer son activité plus rapidement, le producteur a notamment pu s’appuyer sur d’anciens vergers de sa région. « En 2022, on a réalisé les premiers essais, mais c’est seulement depuis 2025 que nos premières gammes se sont dessinées. On est passées à 7.000 bouteilles, alors qu’on était à 2.000 auparavant. Même si des choix ont été opérés il y a longtemps, il faut de la patience pour atteindre un volume, un minimum d’expertise, une gestion du produit… ». À l’avenir, le cidre du Tchapia souhaiterait produire 30.000 bouteilles de cidre et 15.000 de jus.
Changer l’image du cidre
Pour Cyrille Guiot, assister à un événement comme POMPOMPOM constitue une opportunité pour échanger avec les consommateurs afin de leur faire goûter les cidres en direct. « On voit leurs réactions, s’ils reprennent un verre… Ce sont des moments enrichissants ». Car tout le défi est aussi de prouver aux consommateurs que le cidre ne se cantonne pas qu’aux crêpes. Une image d’Epinal qui reste tenace.

Le cidre artisanal offre une palette attrayante, avec des cuvées brutes ou extra-brutes, des profils amers, acides, fruités, capables d’accompagner le fromage, la charcuterie ainsi que des plats salés et sucrés. L’un des enjeux principaux est donc de faire goûter le cidre pour faire comprendre ses différences. « La plupart des gens ne connaissent pas le cidre, mais quand ils goûtent, ils adhèrent. À force d’en boire, on se rend compte à quel point ce produit est diversifié » constate le producteur belge. Une curiosité qui pourrait encore s’amplifier dans les prochaines années : de nombreux vergers haute-tige plantés récemment n’entreront en production que dans cinq à dix ans, laissant entrevoir une offre belge appelée à se développer.
Les clients n’ont pas le réflexe de mettre un peu plus d’argent dans une belle bouteille de cidre. Changer les habitudes sera un travail à long terme.
En cinq éditions, Gary Schwarts constate un intérêt toujours grand à la fois pour POMPOMPOM, mais aussi pour le cidre. L’année dernière, 5.000 visiteurs ont fait le déplacement. « C’est de plus de plus simple de ramener du monde car l’événement plaît. Le bouche à oreille joue aussi. Les participants sont plus curieux, ils participent aux dégustations, posent des questions.
Gary Schwarts remarque que les restaurants gastronomiques n’hésitent plus à mettre du cidre à leur carte des boissons. « C’est encourageant de voir que le cidre intéresse le public comme les professionnels de l’Horeca. Il tend à être connu et doit entrer dans les habitudes de consommation. Ce n’est malgré tout pas gagné, car le cidre artisanal reste un produit cher. Les clients n’ont pas le réflexe de mettre un peu plus d’argent dans une belle bouteille de cidre. Changer les habitudes sera un travail à long terme. Le prix d’un cidre artisanal est plus élevé qu’une bière, mais se situe généralement sous le vin effervescent. On n’occupe la place ni de l’un ni de l’autre, ce qui prouve que le cidre a toute sa légitimité », estime Gary Schwarts.
Quel avenir ?
Le cidre se fraie un chemin en Belgique. Pour Gary Schwarts, il est essentiel de continuer le travail mené. « POMPOMPOM permet de créer des rencontres entre les producteurs, ce qui n’était pas le cas avant la création de l’événement. Il y a trois ans, des producteurs ont décidé de constituer une ASBL ensemble, un peu comme une fédération du cidre, afin d’avoir une représentation et de pouvoir communiquer de manière commune. Se fédérer est super important pour se faire connaître. On est contents car cette initiative vient directement de POMPOMPOM. »
D’autres projets ambassadeurs tels que POMPOMPOM auraient tout intérêt à voir le jour en Belgique. Le cidre belge en est encore à ses débuts, mais les bases sont en train d’être posées. « Les ventes doivent suivre, évidemment. Mais sans boule de cristal, je peux affirmer que la croissance va se développer » glisse Cyrille Guiot. Le cidre est une boisson jeune. Nul doute qu’il n’a pas fini de grandir.

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