Décryptage : pourquoi le roller est le sport le plus cool du moment

Le roller a connu son heure de gloire dans les années 1980. Quatre décennies plus tard, il continue de séduire et de faire de plus en plus d’adeptes. Décryptage de ce phénomène aux côtés de deux passionnés.
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Depuis quelques années, la folie des rollers semble s’être emparée de la Belgique. La preuve, de plus en plus de rollers party s’organisent dans le pays. La Winter Roller Party s’est invitée à Couvin dans la province de Namur durant tout le mois de février. À Bruxelles, le food market Wolf a organisé une roller party pour célébrer ses cinq ans le 13 mars dernier. Quelques jours plus tôt, la Rolly prenait ses quartiers à Tour&Taxi.

L’événement a rassemblé des férus du rollers de 18h à 3h du matin au rythme de chansons R&B, hip-hop et afrobeat. Joyce Goethals s’y est rendue, une première pour la Belge de bientôt 30 ans : « C’était une manière d’aller à la rencontre de la communauté rollers. Une amie m’a proposé de l’accompagner. J’ai bien fait, j’ai kiffé ! (sourire). Ce qui est chouette, c’est de voir tous les niveaux se côtoyer. Il y a un vrai esprit de partage. Par exemple, si quelqu’un réalise un « mouv » très cool, une autre personne va lui demander des conseils. D’autres participants vont ensuite les rejoindre et suivre le rythme ».

Un sport aux multiples facettes

Joyce commence le roller après avoir découvert le film Bliss il y a une dizaine d’années. Dans ce long-métrage, le personnage principal, campé par Elliot Page, s’adonne au roller derby. Ce sport de contact féminin sur roulettes voit s’affronter deux équipes sur une piste ovale appelée le track. « Je trouvais déjà chouette d’intégrer une équipe, d’autant plus que je venais d’arriver à Bruxelles. Le derby roller m’a permis de me fixer un objectif. Je peux même dire qu’il a fait partie de mon éducation. J’ai appris à patiner, tomber, freiner… Toutes les bases qu’il faut pour pratiquer ce sport sereinement ». Joyce s’est lancée il y a deux mois dans le roller dance, qui comme son nom l’indique, consiste à danser sur des patins à roulettes. « On travaille ici davantage le flow et les mouvements ». Elle pratique également le roller dans des skateparks.

Car c’est là que réside l’une des forces du rollers : la discipline propose différentes variantes où chacun peut trouver chaussure (ou patin) à son pied. À Bruxelles par exemple, l’ASBL Shinobis Riders propose du rollersoccer, c’est-à-dire jouer au foot sur des patins à roulettes. Tom Bornauw est l’un des responsables de Retro Brussels. Situé à Laeken, le lieu a ouvert ses portes il y a un an et demi. Les visiteurs peuvent chiner, boire un verre, mais surtout patiner. La partie dédiée aux rollers se nomme Rollerland Brussels. Les profils des visiteurs sont variés analyse Tom : « Les jeunes constituent la majeure partie de nos clients. On a des personnes qui souhaitent vivre une expérience originale en groupe que ce soit pour des team buildings, des afterworks, des enterrements de vie de jeune fille… On a des clients qui viennent à deux, seuls, ou qui cherchent simplement à réaliser une activité dans un lieu couvert qui change du bowling, du karting… On accueille d’ailleurs plus de personnes en hiver qu’en été ».

Une discipline dans l’air du temps

En un an et demi, Tom a constaté une hausse de la fréquentation. Selon lui, le roller séduit car il est dans l’air du temps en proposant une mobilité douce et respectueuse de l’environnement. « Nous sommes davantage sensibilisés aux enjeux écologiques. Les pistes cyclables sont aussi plus nombreuses permettant ainsi de se déplacer plus facilement à rollers, même si des rues de Bruxelles ne sont pas praticables en raison des pavés, des défauts sur les routes… Le roller devient un moyen de transport à part entière pour certaines personnes ». Preuve encore une fois que le roller est un sport de son époque, il répond au besoin de nostalgie qui gagne la population. En 2025, les individus veulent se reconnecter avec des objets emblématiques des dernières décennies. Le retour des vinyles, des téléphones à touches ou des walkmans illustre à eux seuls ce retour vers le passé.

À cela s’ajoute le roller, l’une des activités les plus emblématiques des années 1980. On se souvient tous de la scène de La Boum où la jeune Sophie Marceau et son père interprété par Claude Brasseur se rendent à une soirée roller disco où trônent boule à facettes, vêtements métallisés, avec en fond sonore une chanson de Richard Sanderson. « On valorise plus les choses du passé, constate Tom Bornauw. Le roller s’inscrit parfaitement dans ce retour en grâce du vintage ».

De la liberté et de la puissance

Alors que nous sommes plongés au cœur d’une époque incertaine, le patin à roulettes apparaît comme une respiration avec son design pop qui donne l’impression d’un retour en enfance et vers l’insouciance. Lorsqu’elle se retrouve sur des rollers, Joyce ressent un sentiment de liberté et une plus grande confiance en elle. « Quand je me balade dans la nature et que je commence à prendre de la vitesse, j’ai la sensation de pouvoir voler. Avec le roller derby, je me suis sentie puissante. Quand tu te prends une fille de 90 kilos à pleine vitesse et que tu ne tombes pas, tu te dis ‘quand même je suis badass’ » (rires).

Les artistes et fictions misent aussi sur le roller. Dans le clip de Tu me Play sorti en 2022, la chanteuse française Juliette Armanet descend à rollers une route bordée d’arbres. Elle chante, elle bouge, elle ouvre ses bras, elle se laisse vivre et porter. Dans le film Barbie (2023), la plus célèbre des poupées déambule sur une plage avec des rollers jaune fluo aux pieds lui conférant un air plus cool que jamais. « On a l’impression que tout est plus simple avec le roller, c’est en tout cas ce que je ressens quand je regarde les gens. Mais dans les faits il y a des heures d’apprentissage pour acquérir les bases, avec pas mal de chutes… » sourit Tom.

Les marques de patins à roulettes jouent aussi la carte de la légèreté et du fun à l’instar d’Impala. Créée en 2017 en Australie, elle propose des modèles surmontés de paillettes, de pompons, dans des tons rose bonbon ou bleu ciel… Mais comme le souligne Joyce, l’addition peut vite monter si l’on recherche du matériel de qualité. Des rollers Impala coûtent 109€, 129€ ou encore 249€ pour des paires au design atypique. « Pour le roller derby, des patins sont à 500€, il faut compter une centaine d’euros pour les genouillères, une centaine d’euros aussi pour le casque. Sachant que c’est du matériel que l’on doit souvent changer. Mais le mieux reste d’investir dans de la qualité plutôt que des accessoires basiques qui ne tiennent pas sur le long terme ».

Le roller continue de grandir en Belgique. Dans un futur proche, les gérants de Rollerland Brussels souhaiteraient individualiser les patins pour rendre la discipline encore plus accessible. « On aimerait faire en sorte que des roues puissent être installées sous des Doc Martens ou des Vans, mais aussi installer un espace réparation et atelier car on récupère pas mal de pièces. Ça pourrait aussi être sympa de mettre en place des workshops ».

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