
On respire, on médite, on se fait une détox digitale. Les psys sont débordés et les retraites dans le silence affichent complet. Si on ne prie plus, aujourd’hui, on prend le temps de se recentrer, d’être aligné, comme on aime tant le dire à notre époque. On ne parle plus de crise existentielle, on “fait un travail sur soi”. Et l’automne est sans aucun doute la période la plus propice pour s’y mettre. Les feuilles tombent, la lumière baisse, les jours raccourcissent, et nos humeurs suivent généralement la même courbe. C’est la saison où on remet au placard nos habits d’été mais c’est aussi le moment de faire le reset de son âme : place à l’introspection, au cocooning spirituel, aux soirées sous un plaid avec un latte d’avoine fumant.
S’aligner pour mieux briller
Les astrologues parlent de “saison du Scorpion” — comprendre : période d’émotions fortes, de transformations et de ras-le-bol général. Sur TikTok, on nous explique comment “manifester sous la pleine lune” ou “libérer les énergies stagnantes”. Même les sceptiques finissent par se dire que finalement une tisane au gingembre à la lueur d’une bougie, c’est peut-être pas si mal. Les working girls s’offrent des soins énergétiques comme d’autres font leurs courses : un peu de Reiki par-ci, une séance de réflexologie par-là, et hop ! l’alignement est (presque) retrouvé.
Dans ce climat feutré, nos corps ralentissent, nos esprits moulinent, et nos applications de méditation enregistrent un pic d’activité.
L’automne, c’est le moment parfait pour remettre le nez dans soi-même — quitte à s’y perdre un peu. Si nos timelines débordent de coachs en énergie et de retraites “reconnexion à soi”, c’est peut-être parce qu’on est tous en manque de repères. Cette “spiritualité wellness” raconte notre époque mieux que n’importe quel rapport de santé publique : une génération qui ne veut plus seulement survivre, mais ressentir. Parce que, soyons honnêtes : entre la 5G, les deadlines et les crises existentielles, il fallait bien qu’on trouve un truc pour tenir debout. Dès lors, les pratiques “spirituelles” se multiplient. Elles font souvent sourire ou jaser, mais dans le fond, elles font surtout du bien. Le breathwork, les rituels lunaires, et le journaling font partie de ces pratiques qui n’ont d’ailleurs jamais eu autant la cote.

1. Le breathwork — ou comment hyperventiler chic
C’est la star du moment : le breathwork, alias “respiration consciente”. Casque visé sur les oreilles, musique planante, lumière tamisée, tapis moelleux : À Bruxelles, on en fait par exemple au Mix, ce temple du bien-être 2.0 où les afterworks sentent la sauge et la transpiration alignée.
Pendant 60 minutes, on inspire, on expire, on laisse aller : certains pleurent, d’autres rient, quelques-uns semblent discuter avec leurs ancêtres. Bref, c’est du yoga sans posture, de la thérapie sans psy, du trip sans drogue. Et pourtant, ça marche : on en ressort léger, les yeux humides et le cerveau un peu flou. Teint rosé et regard mystique, ont officiellement remplacé la photo de yoga sur la plage.
C’est la preuve que dans une époque saturée de bruit, le silence intérieur est devenu un luxe.Et surtout, c’est instagrammable : un bon “selfie d’après breathwork” a remplacé la photo de yoga sur la plage.
Les rituels lunaires
Écrire ses émotions, tirer une carte d’oracle, brûler un papier avec ses mauvaises vibes : les nouveaux exutoires spirituels sont partout. On ne va plus en confession, on fait des “intentions de nouvelle lune”. Les “rituels lunaires” ont le mérite d’apporter du sens à nos semaines qui s’enchaînent sans logique. On se réunit entre femmes dans des cercles où chacune est libre de déposer son ressenti, sans jugement, et surtout en toute bienveillance. C’est la sororité à son apogée, l’équivalent d’une soirée pyjama spirituelle où personne ne juge le mascara waterproof. C’est doux, un peu perché, souvent un peu drôle. Et au fond, c’est ça la magie du truc : on vient fatiguée, un peu sceptique, avec l’intention de “laisser aller”, et on repart légère, vaguement transcendée, prête à affronter le monde avec Mercure en rétrograde.
Le journaling
Le journaling, c’est un peu la psychothérapie des temps modernes — sans psy, sans canapé, et avec un joli stylo. La règle est simple : un carnet, une bougie, et une intention du jour. On accompagne parfois cela d’une douce méditation avec ses AirPods, ou un podcast de 12 minutes pour se mettre dans les meilleurs conditions possibles. Entre deux mails urgents, on ferme les yeux, on inspire, on couche ses émotions sur papier. Mais attention, le journaling n’est plus juste une pratique intime. C’est devenu le nouvel accessoire lifestyle des it-girls spirituelles. Les influenceuses wellness rivalisent de carnets. Les marques ont d’ailleurs flairé le filon : bougies “pour écrire ses émotions”, stylos “intentionnels”, carnets “manifest your dreams”, le self-care est officiellement passé du rayon développement personnel à celui de la déco d’intérieur. Certaines griffes de mode s’y mettent aussi : un journal “signature” à côté du tote bag.. Une manière de remettre de l’ordre dans le chaos — ou au moins de le rendre un peu plus esthétique.

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