Suzane : « J’ai besoin d’avoir un corps aligné avec tout ce que je raconte »
Chanteuse et danseuse, Suzane a trouvé aujourd’hui une forme de liberté dans la discipline qu’elle s’impose au quotidien. Son bien-être, physique et mental, passe par là et par l’extériorisation de ses angoisses au travers de la danse et des mots. Rencontre avec un esprit libre dans un corps sain.
ParCharlotte Vanbever,
PhotoRomain Garcin
Quand le succès est arrivé il y a quelques années pour Suzane (avec l’album Toï Toï et une Victoire de la musique), elle ne l’a pas vraiment reconnu, sourit-elle. « Tu ne sais alors même pas ce que c’est. Aujourd’hui, je pense que tu as du succès quand, tout à coup, tu te retrouves seule dans ton canapé, qu’il faut continuer et que tu te demandes après quoi tu cours ». L’artiste, à travers le chant et la danse, s’est libérée. Elle qui a, pendant dix ans, été pourtant contrainte dans un cadre « classique », le souligne : « il vaut mieux avoir une discipline que des pics de motivation ». Le bien-être de Suzane, du corps à l’esprit, passe par là et une certaine « déconstruction ».
Charlotte Abramow
Suzane, avez-vous la réponse à cette question que vous vous posiez : « après quoi je cours » ?
J’ai compris en tout cas que ce n’était pas après le succès… parce que quand il n’y a pas tout ça autour de moi, je continue d’écrire des chansons. Je pense que c’est ça qui me guide à la fin, c’est ce dont j’ai besoin.
Donc vous cherchez ce bien-être qui passe par la musique…
Oui, je pense que je cherche la paix dans des chansons. Parce que le monde aujourd’hui ne me permet peut-être pas de me sentir en paix, ni à l’extérieur ni à l’intérieur.
Quand vous étiez plus jeune, vous aviez l’impression de courir après ce même bien-être ?
Oui déjà. Je pense que l’anxiété est arrivée tôt dans ma vie. À 7-8 ans, je me rongeais déjà les doigts. Je pense qu’il y avait de l’anxiété liée à plein de choses mais quand on est enfant on a du mal à mettre des mots dessus. Je pensais que ça se calmerait avec l’âge et le fait de vivre de mon art, mais en fait pas vraiment… Mais ça aide parce que si je n’avais pas l’outil de l’écriture, si je n’avais pas tout ça pour me faire du bien, est-ce que je serais encore plus angoissée ? Sûrement.
Il y a chez vous une extériorisation de ces angoisses par les mots, mais aussi par le corps et la danse…
Oui, et il me le faut sinon je suis bloquée en moi. Mon corps devient plus une prison où je n’arrive pas à sortir les choses. Je sens les angoisses physiquement…
Vous avez commencé à vous exprimer par le corps très jeune, en faisant de la danse classique, ce qui requiert une énorme discipline et impose aussi une certaine normativité du corps… Vous arriviez tout de même à vous exprimer librement en dansant ?
Je pense que mon premier attrait pour la danse s’est fait complètement naturellement. C’est-à-dire qu’au début, je dansais dans des supermarchés quand j’entendais de la musique ; quand on mangeait en famille, c’étaient des longues tablées et ma mère me mettait sur la table à la fin des repas et me disait « danse ! »… C’étaient les premiers moments où je me suis sentie bien ; je divertissais les gens, ça créait des moments de joie. À 7 ans, j’ai demandé à passer l’audition pour le Conservatoire de danse. Je pense que ma mère poussait un peu parce que le côté danseuse étoile, c’était un truc très « fifille », alors que, moi, je jouais au foot en même temps. Ça la rassurait : à l’époque les filles ne jouaient pas trop au foot. Mais quand je suis arrivée à la danse classique, dans un cadre, j’ai perdu l’envie. Là, c’est tous les jours, la barre, puis la pesée du mercredi et des adultes qui nous criaient souvent dessus. J’ai fait ça de mes 7 à mes 17 ans. J’ai été éduquée en quelque sorte par des adultes qui me disaient que ce n’était jamais assez bien. Il n’y a alors pas de moyen de se libérer, de s’exprimer.
Vous parlez d’une « déconstruction » chez vous, en évoquant notamment l’alimentation...
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Suzane, album « Millénium ». En concert le 7 février à l’AB (Bruxelles)