Dans les coulisses du métier de photographe culinaire - Photographe culinaire ou l’art de nous ouvrir l’appétit via l’image. - Audrey Morard

Dans les coulisses du métier de photographe culinaire

Sur les réseaux sociaux comme dans les livres de cuisine, le visuel est essentiel pour faire saliver et nous donner faim. Derrière ces visuels souvent ultra léchés se cachent des photographes culinaires. Estelle Hercot en fait partie. Elle nous explique avec gourmandise les coulisses de son métier.
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Photo
Le Studio Caramel

Passionnée de photographie depuis son adolescence, la Belge Estelle Hercot en a fait son métier et a vite compris qu’elle préférait immortaliser les plats plutôt que les gens. Sublimer les assiettes, mettre en lumière un produit, elle en a fait sa spécialité.

Comment avez-vous commencé la photographie culinaire ? 
Je suis partie en Erasmus à Montréal en deuxième année de Master. J’avais du temps libre et un bel appareil photo avec moi acheté deux ans auparavant pour des photos de vacances. Je me suis dit que je pourrais continuer à développer mes compétences en photo, je m’y connaissais un peu et j’aimais bien ça. Le hasard fait bien les choses, je suivais une influenceuse française qui organisait un workshop de photographie culinaire dans une pâtisserie montréalaise. J’ai alors eu mon premier contact avec la photographie culinaire. Je me suis dit “je pense que je peux creuser dans cette voie”. Avant mon retour en Belgique, j’ai créé mon site, dressé la liste des clients que je souhaitais contacter à mon retour, appris à établir un devis, puis me suis formée en ligne. Et puis le Covid arrive, je rentre en Belgique. Je me confectionne mon petit studio et j’achète mon premier très bon objectif. Je fais mon premier portfolio en achetant des produits Delhaize esthétiquement sympas comme s’il s’agissait d’un client avec des recettes, des packshots…
Qu’est-ce qui vous intéresse dans la photographie culinaire ? 
Il n’y a pas de pression. La nourriture ne bouge pas. Si tu t’y reprends à dix fois elle restera là (rires). C’est aussi un bon moyen de dompter son appareil et la lumière. Il y a aussi quelque chose de relaxant et apaisant. Pour des shootings pour des restaurants, il peut y avoir un peu plus de stress, mais cela reste de la nourriture. Tu ne dois pas lui parler, lui demander de changer de postures…
Dans les coulisses du métier de photographe culinaire - Le Studio Caramel - Audrey Morard
Estelle Hercot, photographe culinaire. - Le Studio Caramel
Comment avez-vous eu vos premiers clients ? 
Je m’étais inscrite sur une plateforme qui n’existe malheureusement plus. Elle mettait en relation les clients et les photographes. C’est via le démarchage que j’ai eu mon premier client, Little Green Box, une entreprise spécialisée dans la livraison de box repas avec des ingrédients bio, locaux et de saison. J’ai réalisé des shootings photo pour cette marque, avant de photographier des recettes que je cuisinais moi même. J’ai été contactée notamment via LinkedIn avec aussi pas mal de bouche à oreille. Ce fut une bonne rampe de lancement. J’ai continué jusqu’à aujourd’hui avec un mélange de créations de recettes, de shootings produits dans l’alimentaire pour des marques (chocolat, huile d’olive…) et des restaurants. 
Comment se passent les prises de contact ? 
Imaginons que je me fasse démarcher par une marque de chocolats. Le client me demande souvent le budget, mais il n’y a souvent pas assez d’informations pour donner un prix. Plein de choses doivent être prises en compte : est-ce de la mise en ambiance ? Dois-je faire des courses ? Je propose souvent qu’on s’appelle pour poser des questions et connaître la vision exacte des clients avec ses recherches, ses besoins, combien de photos a-t-il besoin, combien de produits veulent-ils shooter ? Ils peuvent m’envoyer des visuels avec des inspirations pour déterminer vers quel style je vais me diriger. Le devis est ensuite établi. 
En cinq ans de pratique, comment ont évolué les profils de vos clients ? 
Il y a des moments où je vais avoir beaucoup de traiteurs, puis beaucoup de restaurants, puis plus de marques. Mais ce sont toujours les mêmes types de clients, avec quand même plus de restaurateurs que de marques en ce moment.
Vous avez votre studio photo, pouvez-vous nous en dire plus sur le déroulé d’une séance ?
Tout va dépendre de la demande. Si c’est du packshot, c’est juste un fond et on se met d’accord avec le client pour la mise en ambiance. J’ai souvent eu carte blanche. Des photographes culinaires vont dessiner leur mise en scène avec tel fond, tel stylisme… Je ne fonctionne pas trop comme ça. J’ai envie de garder une liberté. Dès fois, on recommence, on teste autre chose. Il suffit parfois de juste changer un fond, une couleur… Tout se joue dans les détails. S’il manque de profondeur dans une scène avec une tasse, on va essayer de mettre une sous-tasse et sous la sous-tasse une planche à découper. L’objectif est de chercher ce qui fonctionne.  
Le Studio Caramel
Le Studio Caramel
Le Studio Caramel
Le Studio Caramel
A quoi faites-vous attention quand vous réalisez un photoshoot ?
Quand je réalise une mise en scène, il y a des règles de composition. Si on veut créer une ambiance cuisine avec un fouet, une planche à découper, un bol… on se retrouve avec une multitude d’éléments. Si on met tout cela sur la table, ça ne va pas aller. Une règle simple de composition consiste à mettre les grilles qui séparent son écran d’appareil photo en neuf carrés. On dispose alors les éléments sur les lignes ou les points d’intersection des lignes. C’est agréable pour l’œil de voir des choses à ces endroits. 
La luminosité tient un rôle important lors d’un photoshoot culinaire… 
Je shoote à la fois en naturel et en studio. Le studio est pratique quand il fait nuit en hiver à 16h, quand je veux travailler le soir ou quand je souhaite un rendu homogène sur toutes les photos. C’est très pratique. Le plus flatteur avec la lumière est de ne jamais prendre la photo de devant, donc de ne jamais se mettre face à la fenêtre ou le flash directement sur le sujet. On observe toutefois parfois quelques exceptions : depuis quelques temps maintenant, la tendance est à l’usage du flash directement orienté vers le plat. Je prends l’exemple des restaurants de smash burgers qui jouent pas mal avec cet effet. Cela apporte une touche esthétique volontairement décalée.
Comment apposer sa patte dans la photographie culinaire ? 
J’aime quand les mises en scène sont chargées. J’avoue ne pas arriver à m’empêcher d’ajouter des petites miettes, un peu de brol… J’aime quand c’est vivant. J’essaie de moins retoucher ou en tout cas d’être plus naturelle dans la retouche et de respecter plus les couleurs des produits. 
Est-ce qu’il y a des produits plus faciles à photographier que d’autres ? 
Un plat de pâtes qui n’a pas de couleurs qui “pop”, c’est quand même difficile à photographier (rires). Des spaghettis au pesto, c’est dur par exemple. Pour réhausser l’ensemble, je vais ajouter beaucoup de fromage ou du poivre pour apporter du relief. Les pâtes qui sont très blanches reflètent en plus beaucoup la lumière avec le risque d’un rendu “cramé”. Les cocktails sont aussi très galères en raison du reflet du verre, mais c’est challengeant.  En revanche, les pâtisseries sont plus simples. 
Comment amener la gourmandise à travers une photo ? 
Je prends l’exemple des gaufres. Je vais réfléchir à la manière dont on les consomme mais aussi à comment on pourrait les consommer. Je peux par exemple faire couler du miel dessus pour apporter de la texture ou des fruits rouges. On peut aussi installer des petits éléments sur le côté pour remplir la scène tout en tâchant d’être le plus réaliste possible. On peut très vite partir dans tous les sens dans la photographie culinaire (rires). C’est aussi intéressant de jouer sur les contrastes avec les couleurs complémentaires ou jouer la carte du full monochrome. Le plus important étant de se faire plaisir. 

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