
Dans son titre La Carte Postale, issu de son album Petite Amie sorti en 2017, Juliette Armanet chante les paroles : « J’ai dessiné ton nom et ton adresse. Là, sur le côté, ça fait comme une promesse. Dieu, qu’elle est banale, la petite carte postale qui fait du mal. J’aimerais te parler du sable adorable, du vent qui dort sur les coquillages d’or, j’aimerais te parler des gens dehors qui bronzent ensemble ». Ces quelques mots reflètent « l’atmosphère » de la carte postale, ce petit bout de carton rectangulaire sur lequel on griffonne nos souvenirs de vacances et où il est souvent question de sable (pour ceux qui partent à la mer), de soleil et de bronzage.
Prendre le temps
La carte postale renvoie à quelque chose passé de mode à l’heure du tout numérique où l’on s’envoie des photos et des vidéos sur des groupes WhatsApp avec réception instantanée. Sans compter les storys Instagram où la localisation est soigneusement mise en évidence pour montrer aux personnes qui nous suivent où nous avons décidé de prendre des couleurs cette année. On croit la carte postale désuète. À tort. L’objet retrouve ses lettres de noblesse. Mieux, il est adopté et validé par la jeune génération.
S’il n’existe pas de données officielles pour la Belgique, on apprend à travers une étude menée par l’institut YouGov que 64 % des Français envoient encore des cartes postales. Un chiffre qui monte à 68 % pour 18-24 ans. Un score bien au-dessus des 50 % donc et qui pourrait surprendre. Mais en regardant de plus près, l’intérêt pour la carte postale n’est pas si anodin.
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Il y a ensuite le choix des mots. Certaines personnes vont écrire la même chose pour tout le monde, d’autres vont davantage réfléchir et personnaliser leur message. Dans les deux cas, il y a une nouvelle fois l’idée de prendre le temps et de renouer par la même occasion avec le plaisir de l’écriture. Car écrire sur un bout de papier ou la page d’un bloc de notes n’est plus un réflexe comme auparavant. Désormais, on dresse sa liste de courses dans les notes de notre smartphone, on note nos rendez-vous des prochaines semaines dans notre agenda numérique… L’été est l’occasion de lire davantage, mais aussi d’écrire davantage. En somme, de renouer avec des choses simples, mais qui font du bien, loin des écrans, omniprésents dans nos vies.

Dans une société où il faut aller vite tout le temps, la carte postale invite à un moment de détente où l’on prend le temps. Cela se passe dès le choix de la carte où l’on va hésiter entre plusieurs photos, plusieurs cadrages, plusieurs couleurs. On va tourner les présentoirs, une fois, deux fois, trois fois jusqu’à définitivement arrêter notre choix. Et bien sûr, se pose la question : « cette carte postale va-t-elle plaire à la personne qui va la recevoir ? ». La carte postale nous rapproche des autres et fait office de marque d’affection. On écrit quelques mots pour dire à l’autre personne que l’on pense à elle, même en vacances. Alors que les messages virtuels sont vite engloutis par d’autres conversations, la carte postale, elle, reste.
Aux origines de la carte postale
La carte postale trouve ses racines en Autriche. Sa première apparition remonte à 1869 grâce à son créateur Emmanuel Herman. Elle est alors nommée « carte de correspondance ». Emmanuel Herman propose un moyen d’écriture rapide et moins cher qu’une lettre. Deux caractéristiques qui finissent par séduire les populations. À ses débuts, la carte postale n’a aucune illustration, elle servait uniquement à envoyer un court mot. L’objet commence à s’implanter en France et en Allemagne dès 1870 où elle est utilisée par les soldats pendant la guerre afin de donner des nouvelles à leurs proches.
Il faut attendre les années 1890 pour que les images et illustrations voient le jour sur les cartes postales. Une évolution rendue possible grâce au marseillais Dominique Piazza qui imagine la carte illustrée par la photo. C’est au cœur de la cité phocéenne que la première carte postale imprimée et illustrée photographiquement est née, un jour d’août 1891. Dominique Piazza souhaitait faire plaisir à un ami d’enfance, Antonin Billaud, parti s’installer à Santiago del Estero, en Argentine. Il réalise alors des photos de Marseille qu’il lui envoie régulièrement pour lui rappeler des souvenirs de la ville. Collées sur du carton épais, les photos sont toutefois très lourdes. À cela s’ajoutent des frais de port élevés. Dominique Piazza réduit alors les vues et les rassemble par trois ou quatre sur un même petit carton, en conservant un espace libre pour écrire quelques mots.

La carte postale se démocratise au début du XXe siècle pour se transformer telle qu’on la connaît aujourd’hui avec un recto composé de photos et un verso pour rédiger notre message. Au fil des décennies, la carte postale s’est vue affublée de chiens et chats pour les amoureux des animaux, de messages de « bonnes vacances » dans une typographie un peu ringarde mais qui fait tout le charme de l’objet. Ces dernières années, elle est aussi plus design avec plus de graphisme, des figures géométriques, de l’aquarelle…
Si certains envoient des cartes postales, d’autres les conservent précieusement avant de les accrocher sur le frigo afin de le décorer, mais surtout se rappeler les vacances.
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