Brusselicious 2026 a élu six restaurants où la cuisine belge retrouve ses lettres de noblesse - Boemvol - Camille Vernin

Brusselicious 2026 a élu six restaurants où la cuisine belge retrouve ses lettres de noblesse

La vraie brasserie belge opère son grand retour en force. Portée par la nouvelle cuvée du label Brusselicious, une vague de spots réinvente le genre. Voici les six adresses qui viennent compléter la liste cette année.
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Quentin Thévignot 

C’est officiel, la sharing food et la cuisine fusion ont définitivement fait leur temps. Pas impossible qu’elles réapparaissent un jour car, comme on le sait, les modes sont cycliques. Elles vont et viennent comme le pantalon taille basse et l’imprimé léopard. Mais pour le moment, c’est plutôt : elles vont. Et ce sont les brasseries qui en profitent. Bruxelles remet le vol-au-vent, la carbonnade et le stoemp au milieu du village.

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Brusselicious : les six nouveaux élus de 2026

L’incarnation de cette nouvelle vibe très terroir ? Le label Brusselicious. Dévoilé en 2017 puis relancé en 2024 par visit.brussels, il rassemble une quarantaine de restos. Pour entrer dans le club, l’adresse doit être bruxelloise, accessible au public, revendiquer une cuisine belge et proposer assez de plats patrimoniaux (ou exceller dans l’un d’eux). Des journalistes gastro viennent anonymement, mangent et paient. Ils jugent l’expérience, le service, le fait maison, l’exécution et le rapport qualité-prix.

Le label vient d’ailleurs d’annoncer la nouvelle promo 2026. Au menu ? Six adresses éclectiques. D’un côté, les vieux de la vieille : le Volle Gas (ex-temple du jazz repimpé par le groupe Nonante Folie), De Hoef 1627 (ancien relais de poste tenu par la quatrième génération de la même famille) et le bistrot du Brussels Royal Yacht Club. De l’autre, les petits nouveaux : La Pierre Bleue dans l’Îlot Sacré, Moutarde à Saint-Boniface et Journal à Woluwe-Saint-Pierre. Tous ont désormais l’autocollant Brusselicious sur la vitrine.

Générosité et lisibilité face au ras-le-bol des concepts

C’est concret. Et révélateur. Les clients ont frôlé la saturation de concepts « bistrot-fusion » où le serveur suggère « deux à trois assiettes par personne » pour repartir en ayant faim. Dans ce contexte, la brasserie traditionnelle débarque avec une promesse presque punk : de la générosité, de la lisibilité et un vrai plat complet dans l’assiette. On mange et on paie ce qu’on est venus chercher. Une lassitude qui ne rime pas forcément avec rejet de la créativité. Car Bruxelles reste passionnante lorsqu’elle mélange les cuisines. Son brassage culturel rend toute idée de pureté culinaire absurde.

La brasserie répond par la lisibilité. Et cette prévisibilité compte quand sortir devient un arbitrage. En 2025, les prix des hôtels, cafés et restaurants ont encore progressé d’environ 4 % en Belgique. La brasserie n’est pourtant pas automatiquement populaire : une sole meunière peut secouer l’addition. Mais son plat complet se compare plus facilement que douze petites assiettes.

Quand la jeune scène réinvente le genre

Son autre atout ? Sa souplesse sociale. La jeune scène bruxelloise l’a bien compris. Chez Moutarde, on envoie de l’américain-frites et de la dame blanche dans une adresse pensée pour le Saint-Boniface d’aujourd’hui. Journal fait entrer la croquette aux crevettes dans le café ouvert dès le matin. Même mouvement chez Nonante Folies : le groupe de Maxime Grell et Ludovic Chevalier a repris le Volle Gas et lancé Boemvol qui rince la Bourse à coups de terroir et d’humour local.

Seul piège ? Transformer la « belgitude » en marketing avec slogans en brusseleir, vaisselle en émail, beurre et objets chinée. Or, un patrimoine ne survit pas parce qu’on lui met un joli logo, mais parce que la croquette est faite sur place, que le jus a mijoté, que la frite tient debout et que le prix permet de revenir.

Brusselicious a donc une utilité qui dépasse la recommandation touristique. Le label dessine ce que Bruxelles accepte d’appeler « sa » cuisine. Une cuisine moins figée qu’on ne le pense : bourgeoise et populaire, flamande, brabançonne, française, traversée d’emprunts devenus familiers. Le spaghetti bolognaise lui-même figure parmi ces plats étrangers adoptés jusqu’à devenir patrimoniaux. La preuve, le spaghetti bolognaise y est devenu un plat national.

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