Pourquoi y aura-t-il plus de turbulences en avion dans les années à venir ?

Les turbulences en avion se seraient accrues ces dernières décennies, avec parfois une issue dramatique. Face à ce constat, les compagnies aériennes pourraient être amenées à revoir leur organisation. Explications.

Par la redaction, Photo : Unsplash |

Mauvaise nouvelle pour les phobiques de l'avion ou pour ceux qui ont le mal de l'air. Le nombre de turbulences en avion devrait grimper dans les années à venir. Elles auraient déjà connu une augmentation de 55% au cours des quatre dernières décennies au-dessus de l’Atlantique Nord selon une étude publiée en juin 2023 dans la revue Geophysical Research Letters.

L'un des auteurs explique que, selon les simulations informatiques qu'ils ont réalisé, les fortes turbulences pourraient doubler voire tripler dans les décennies à venir. Une réalité qui renvoie immanquablement à la triste actualité récente, lorsque des turbulences sur un vol Singapore Airlines ont fait un mort et plusieurs dizaines de blessés. 

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Un lien entre réchauffement climatique et turbulences ?

Mais à quoi est due cette augmentation ? Pour le comprendre, il convient de rappeler qu'une turbulence est le résultat de changements de vitesse et de direction de courants d’air. Elle possède 3 causes : thermique (l'air chaud s'élève à travers l'air froid), mécanique (une montagne ou une autre structure artificielle perturbe l'écoulement de l'air) et le cisaillement (deux poches d’air se déplacent dans des directions différentes). Seul problème, avec le réchauffement climatique, nous avons un air plus chaud dû aux émissions de CO2, ce qui augmente le cisaillement du vent dans les courants-jets. De son côté, l'avion favorise les émissions mondiales de CO2. À lui seul, le secteur aérien serait ainsi responsable de 5% du réchauffement climatique entre 2000 et 2018. C'est donc le serpent qui se mord la queue. 

"Aujourd’hui quand on fait Paris-New York par exemple, on subit en moyenne dix minutes de turbulences. Dans quelques décennies, autour de 2050, ce sera plutôt 20 à 30 minutes", a déclaré Paul D. Williams, professeur de sciences atmosphériques à l’université de Reading. Aux États-Unis, les turbulences sévères en air libre au-dessus du pays ont augmenté de 41 % depuis 1979. "Certes, il y a des hauts et des bas d’une année à l’autre, mais il y a une nette tendance à la hausse sur le long terme, qui correspond aux effets attendus du changement climatique", continue-t-il. 

Une autre étude publiée en 2017 annonçait que le phénomène risquait de doubler au-dessus de l’Amérique du Nord, du Pacifique Nord et de l’Europe sur la période 2050-2080 comparé à l’ère préindustrielle. On parlerait surtout de turbulences sévères, davantage que légères à modérées. L'étude se basait néanmoins sur le scénario d'une forte hausse des émissions de gaz à effet de serre, ce qui n'est plus la trajectoire suivie actuellement. Des recherches supplémentaires sont néanmoins nécessaires pour comprendre pleinement les risques induits par le climat. 

Un coût économique et écologique

Une réalité qui risque de soulever un véritable enjeu économique pour les compagnies aériennes. Les turbulences accélèrent en effet l'usure des avions, et donc la néccessité de réaliser leur maintenance. Rien que pour les Etats-Unis, on estime que les turbulences engendrent des surcoûts de plus de 150 millions de dollars. En outre, un avion qui vole dans les turbulences perd en vitesse, le trajet dure plus longtemps et l'appareil consomme dès lors plus de carburant. Un phénomène qui contribue à son tour à accélérer le réchauffement climatique. Au-delà de l'argent en jeu, c'est la santé et la vie des passagers qui sont en jeu. 

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