Trois questions à Christian Louboutin

A quelques jours de l’ouverture de l’exposition événement qui s’ouvre tout prochainement au Palais de la Porte Dorée à Paris, le créateur du soulier à semelles rouges nous a accordé une interview exclusive. En voici le résumé en trois questions clé.

Marie Honnay : Photos D.R. |

On le connaît sans le connaître vraiment. Discret bien qu’ultra médiatisé, il a souvent laissé ses escarpins parler pour lui. Parfois associé à un luxe un peu bling, l’univers Louboutin est pourtant beaucoup moins superficiel qu’il n’en a l’air. L’exposition que le designer français a imaginé pour le Palais de la Porte Dorée, un joyaux art-déco qui sert d’écrin à ses célèbres souliers, mais surtout à une série de tableaux imaginés en collaboration avec des artistes de premier plan, en est la meilleure preuve. Passionné, insatiable et toujours en quête de nouvelles expériences, Christian Louboutin est un homme pressé. Il a toutefois accepté de nous révéler une facette moins connue de son personnage. Celle d’un amoureux de l’art, de l’architecture, des voyages proches ou lointains et des gens. Car cette exposition est d’abord et surtout une rencontre avec des artistes français, espagnols, indiens ou encore pakistanais, une exploration de son univers fascinant. 

Cette exposition est une sorte de rétrospective sans l’être. Qu’est-ce qui a motivé ce projet ?

« Dans mon enfance, le Palais de la Porte Dorée était un musée dédié aux arts africains et océaniens, une porte ouverte sur un ailleurs qui m’était inconnu, un lieu à l’architecture exceptionnelle, empli de détails dans les bas-reliefs, les fresques, le mobilier. Petit, j’étais fasciné par les portes des deux salons historiques. Les poignées étaient des dents de phacochères. Il y a quelques années, je visitais le Palais avec mon associé, en lui expliquant à quel point ce lieu avait été important dans ma vie et dans ma carrière. L’une des poignées avaient disparu. Nous avons donc décidé de soutenir une campagne de rénovation de certains espaces du Palais. Tout est parti de là. L’alchimie avec les équipes a été immédiate et Hélène Orain – la directrice– m’a proposé de créer quelque chose pour le musée. C’est comme cela qu’est née l’idée de cette exposition. »

Auriez-vous pu devenir artiste plasticien, plutôt que créateur d’accessoires ?

« J’adore l’architecture. Enfant, j’aurais aimé être architecte mais je trouvais que c’était une trop grosse responsabilité. L’idée qu’un immeuble puisse s’écrouler sur des gens et en être responsable m’a toujours traumatisé (rires) Si je n’étais pas créateur d’accessoires, je serais probablement devenu scénariste. J’aime raconter des histoires, inventer mille vies et caractères aux personnages. En un sens c’est un peu ce que je fais aujourd’hui, j’imagine des souliers pour des femmes qui, en se les appropriant, leur donnent des vies et des personnalités que je n’aurais pas imaginées moi-même… Ce qui m’intéresse, et qui a eu une réelle influence sur mon dessin, c’est le spectacle, le music-hall. Travailler sur le coup de pied, sur la forme du pied. Quand on travaille pour la mode, on dessine des souliers qui habillent, logiquement. Moi je viens davantage du spectacle, je suis plutôt du côté des créateurs qui déshabillent. Au tout début, je faisais des souliers très ornementés, très habillés, et je me suis vite rendu compte que ce qui m’intéressait dans les souliers, c’était qu’ils pouvaient déshabiller. De nouveau, la recherche de la nudité, de la transparence, la présence de la peau, ce qui en effet concourt à la fétichisation de mes souliers, à une forme d’érotisme. Les femmes projettent ce qu’elles veulent, ou ce qu’elles cherchent, dans les souliers qu’elles essaient, et cela échappe au créateur.»

 

Cette exposition parle aussi beaucoup de voyage. Si vous ne deviez garder qu’un seul pays, qu’un seul point de chute, quel serait-il ?

« Je voyage énormément, je suis toujours enthousiaste à l’idée de découvrir de nouveaux lieux, de nouvelles cultures ou personnes. J’aime la Belgique ! J’adore le musée de Tervuren, surtout l’allée de hêtres qui y mène, c’est une introduction sublime avant d’arriver au Musée. Mais il n’y a qu’un seul endroit qui finit par me manquer vraiment, c’est Paris. Je suis né et j’ai grandi ici, ma famille y vit, c’est là que je me sens chez moi. »

 

Christian Louboutin l'Exhibition[niste], une exposition à voir du 26 février au 26 juillet au Palais de la Porte Dorée à Paris. christianlouboutin.com

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