
Caféine, ashwagandha, collagène, électrolytes, spiruline, whey en poudre… Il semble que notre alimentation n’ait jamais été aussi chargée de promesses. Aujourd’hui, un yaourt ou de l’eau minérale ne se contentent plus de nourrir ou d’hydrater, ils doivent : booster la concentration, améliorer le sommeil, réparer les muscles et, au passage, nous rendre plus beaux, plus minces, plus performants. Bienvenue dans l’ère du soi augmenté, où chaque gorgée devient comme un investissement pour une meilleure version de soi-même.
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Toujours plus loin, toujours plus fort
« On est dans une ascension sans fin », explique Nicolas Aubineau, diététicien nutritionniste sportif. « C’est un peu la course à l’échalote : il faut toujours être plus et jamais moins. » Une logique de performance héritée du sport de haut niveau, et qui a progressivement glissé dans le quotidien de Monsieur et Madame Tout-le-monde. Là où un jus d’orange suffisait autrefois, on veut aujourd’hui une boisson enrichie en vitamines C + D + zinc + adaptogènes pour « potentialiser l’être humain », pour reprendre les termes d’Aubineau.
En cause ? Notre impatience généralisée. « Beaucoup de gens veulent des résultats immédiats. Trois semaines pour une remise en forme, c’est déjà trop long », constate le nutritionniste. Les boissons fonctionnelles et poudres protéinées surfent sur ce besoin d’efficacité instantanée : pas besoin de cuisiner ni d’attendre, on avale et on coche la case « santé » illico. Résultat : aujourd’hui, le marché mondial des boissons fonctionnelles représente environ 150 milliards USD en 2024, avec une perspective d’atteindre plus ou moins 248 milliards USD d’ici 2030. Même des marques comme Pepsi s’y sont mises, avec l’arrivée de nouveautés comme la Pepsi Prebiotic Cola et les sodas prébiotiques issus de l’acquisition de Poppi par PepsiCo.
L’effet placebo et le rouleau compresseur du marketing
Seul bémol, si certaines boissons ont un intérêt avéré – les boissons de récupération post-effort par exemple, largement étudiées et validées – la plupart restent portées par le marketing plus que par la science. « Dans les labos, il y a un quart de recherche et développement et trois quarts de marketing », lâche Aubineau. Résultat : on vend des canettes « focus » ou « genius » sans méta-analyse solide pour prouver leur efficacité sur la concentration. On se consolera donc avec l’effet placebo, qui lui, fonctionne à plein régime. « Je le prends, donc je suis meilleur », résume le diététicien.
Le boom du tout protéiné
Parallèlement à ces fameuses boissons fonctionnelles, on assiste à un boost hyperprotéiné dans nos assiettes : barres protéinées au supermarché, chips protéinées dans les distributeurs, yaourts hyperprotéinés au rayon frais. Le culte de la protéine, autrefois cantonné aux salles de muscu, a progressivement envahi notre quotidien. Faut-il pour autant s’y mettre quand on n’est pas athlète ? « Si on ne fait pas d’activité physique, l’excès de protéines surcharge simplement les reins, sans être utilisé par les muscles », tranche Aubineau.
L’apport protéiné a un vrai sens après l’effort, dans ce qu’on appelle la fenêtre métabolique : le moment où le muscle, abîmé par l’exercice, reconstruit ses fibres. « C’est là que la protéine a une utilité directe », insiste le nutritionniste. Mais si on n’a pas couru, pédalé ou soulevé de fonte, cette protéine finit par se stocker, un peu comme le sucre. Et gare au raccourci simpliste « plus de protéines = plus de muscles » , la mécanique du corps est un peu plus subtile que ça.
Alors, gadget ou allié santé ?
Alors, on fait quoi de toutes ces bouteilles de kombucha enrichi et ces shakers de whey parfum brownie ? « Pour certaines personnes, ça peut être un coup de pouce logistique, admet Aubineau. Mais ça ne doit jamais remplacer une alimentation équilibrée. » Le danger, selon lui, c’est de croire que la complémentation peut corriger une mauvaise hygiène de vie. Inutile de claquer 200 ou 300 euros par mois en compléments si vous mangez mal le reste du temps.
Reste qu’on touche aussi à un phénomène culturel. Ces produits incarnent une nouvelle norme sociale : celle du perfectionnement de soi. Boire une eau enrichie au collagène ou avaler sa dose de spiruline, c’est envoyer un signal, à soi-même comme aux autres, qu’on prend soin de sa santé. « C’est un état d’esprit, une manière d’être in avec soi et in avec la société », observe Aubineau.
Trouver le juste équilibre
Au fond, tout est affaire de dosage. Oui, certaines boissons fonctionnelles et protéines ont leur place, notamment pour les sportifs ou les personnes en recherche de confort ponctuel (meilleure récupération, petit coup de fouet…). Mais non, elles ne sont ni des solutions miracles, ni des tickets rapides pour une santé parfaite. Ou comme le rappelle Aubineau : « Le mieux est l’ennemi du bien ».
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