Les vertus du chocolat : un doudou pour l’âme et le corps, vraiment ? - Charlotte Vanbever

Les vertus du chocolat : un doudou pour l’âme et le corps, vraiment ?

Pourquoi l’aime-t-on et le consomme-t-on autant – et pas que maintenant à l’approche des fêtes – notre chocolat belge ? Au-delà de la tradition se cache une lecture sociologique de sa consommation. Et ce n’est ni un cliché ni une vieille croyance que de dire que le chocolat fait du bien au corps et à l’esprit.
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Le chocolat, plus qu’une tradition gourmande en Belgique, un plaisir aux multiples vertus ? « Le chocolat dépasse le simple plaisir gustatif, appuie la docteure en sociologie Audrey Van Ouytsel. Il est à la fois un aliment doudou, associé à la douceur, à la sécurité, à la mémoire affective, et de la ‘comfort food’, soit de la nourriture refuge, consommée pour apaiser les tensions émotionnelles ou le stress ». Car ce n’est pas une légende créée de toutes pièces pour déculpabiliser le consommateur (trop) gourmand : oui, le chocolat fait scientifiquement du bien au corps et à l’esprit…

Les vertus du chocolat : un doudou pour l’âme et le corps, vraiment ? - Unsplash - Charlotte Vanbever
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Découvrez en vidéo l’adresse où se faire chouchouter avec du chocolat :

Le chocolatier et cacaofèvier liégeois Benoît Nihant a étudié le sujet en compagnie du professeur et biologiste Vincenzo Castronovo. « Le chocolat contient du tryptophane qui sert de précurseur à la production de sérotonine dans l’organisme, régulant les émotions. Sa consommation permet au cerveau de libérer de la dopamine qui donne cette sensation de plaisir. Le chocolat contient également du magnésium qui permet de calmer le système nerveux et réduit la fatigue. Enfin, riche en antioxydants, il ralentit le vieillissement cellulaire ». Des bienfaits effectifs à condition, bien sûr, de consommer le chocolat dans sa forme la plus noble, c’est-à-dire sans trop de conservateurs ni de sucre.

Apaisement intérieur et résistance

Mais au-delà de ces données scientifiques, le chocolat remplit une fonction sociale et émotionnelle en affirmant ceci : « Manger ne sert pas seulement à nourrir le corps, mais aussi à réparer l’esprit. D’abord, le goût sucré, la texture fondante et l’odeur familière du chocolat activent une mémoire émotionnelle. Il renvoie à l’enfance, aux goûters, aux gestes d’amour et de soin. Il agit comme un objet transitionnel au sens de Winnicott : il compense l’absence, rassure. En fait, manger du chocolat, c’est retrouver un état d’apaisement et de sécurité intériorisée », continue la sociologue.

Dans la culture très actuelle du care, soit la tendance à prendre soin de soi en opposition à une société d’hyper productivité, le chocolat devient un allié douceur. Dans un contexte de fatigue mentale et de charge émotionnelle, le moment de dégustation devient un « rituel de détente et de relâchement, où la douceur devient une forme de résistance et le chocolat une réponse culturelle au mal-être quotidien ».

Les vertus du chocolat : un doudou pour l’âme et le corps, vraiment ? - Neuhaus - Charlotte Vanbever
Neuhaus

Considérer le chocolat comme un médicament, un placebo, c’est le point de départ de l’histoire de Neuhaus, « l’inventeur de la praline belge ». Elle commence dans la Galerie de la Reine à Bruxelles, alors que Jean Neuhaus, pharmacien visionnaire, a « l’idée d’enrober ses médicaments dans une fine couche de chocolat pour en atténuer l’amertume. Un geste simple, mais profondément attentionné », raconte Charlotte Huens, autrice du livre Neuhaus, Inventeur de la praline belge. Un demi-siècle plus tard, en 1912, Jean Neuhaus Jr inventera cette praline chère aux Belges et, trois ans plus tard, son épouse, Louise Agostini, imaginera le ballotin.

Et si le chocolat était réellement un médicament, quel serait-il ? « Peut-être un médicament antimorosité naturel, un élixir de lien social, sourit Charlotte Huens. Parce qu’on n’offre pas une praline comme on offre une tablette de chocolat : on tend un petit écrin, un ballotin, avec un geste qui dit ‘Tu comptes pour moi’ ».

Les vertus du chocolat : un doudou pour l’âme et le corps, vraiment ? - Benoît Nihant - Charlotte Vanbever
Une scène d’opéra en chocolat chez Benoît Nihant - Benoît Nihant

Plaisir genré ?

Il a beau se déguster avec délectation et gourmandise aux quatre coins du monde, le chocolat cache des intentions et traditions bien différentes. « Bien sûr, chez nous, offrir du chocolat est synonyme de passer des moments en famille mais beaucoup de Belges, comme les Français d’ailleurs, achètent du chocolat pour leur consommation personnelle, car c’est un luxe que tout le monde peut s’offrir », souligne Benoît Nihant.

Au Japon la façon de consommer est bien différente, tout comme l’intention au moment d’offrir. La haute saison chocolatée au pays du Soleil Levant ne se situe pas autour des fêtes de fin d’année mais à la Saint-Valentin et, un mois plus tard, lors du White Day. « La tradition là-bas veut que ce sont les femmes, le 14 février, qui offrent un petit coffret de chocolats, un cadeau individuel et qui donc ne se partage pas, aux hommes. Un mois plus tard, les hommes offrent en retour un cadeau qu’ils estiment de trois fois la valeur de ce qu’ils ont reçu ».

Les vertus du chocolat : un doudou pour l’âme et le corps, vraiment ? - Neuhaus - Charlotte Vanbever
Les Irrésistibles de Neuhaus - Neuhaus

Et le cadeau, il passe forcément par l’emballage. Depuis quelques années, les chocolatiers redoublent d’inventivité artistique pour créer leurs calendriers de l’Avent. « Il y a eu un boom et les gens sont aujourd’hui à l’affût des calendriers de l’Avent, quitte à parfois les commander. C’est devenu une tradition. » Celui imaginé cette année par Benoît Nihant et son épouse lie deux mondes pas si éloignés, celui du chocolat, évidemment, et de l’univers de l’opéra. « En coulisse, il y a tout un travail minutieux caché. Pour, au final, livrer un spectacle virtuose. Le résultat ne ment pas. Comme quand on goûte un chocolat ».

Pour amener le consommateur jusqu’à ce geste réconfortant, la forme et le packaging restent les premiers guides. « On aime penser que le plaisir commence bien avant la dégustation, commente Charlotte Huens. C’est d’abord une affaire d’apparence, de gestuelle. Une praline, c’est un objet qu’on choisit, qu’on regarde. Prenez nos ‘Irrésistibles’ de Neuhaus : ces pralines ont été créées en 1958 pour l’Exposition universelle de Bruxelles. Elles ont une silhouette unique, presque sensuelle, tout en courbes et en élégance. Même leur nom est une invitation au plaisir. Chaque praline est pensée comme un petit bijou : son visuel doit susciter le désir, évoquer la gourmandise, et refléter tout le soin que l’on met à sa création. Alors, est-ce que la forme d’une praline doit évoquer du plaisir ? Disons que si l’on veut faire naître une émotion dès le premier regard… la réponse est oui ».

Et le plaisir n’a pas de genre, malgré ce petit bémol, ce cliché véhiculé dans notre société et pointé par la sociologue Audrey Van Ouytsel : « les femmes sont les principales cibles de la communication autour du chocolat. On leur associe un plaisir intime, souvent teinté de culpabilité et de réconfort. Le chocolat devient un espace socialement autorisé pour exprimer la vulnérabilité et la douceur. Derrière la comfort food, se joue une lecture genrée du réconfort et du plaisir ». Alors que la thérapie de choco fait ses preuves sur tout le monde…

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