
Le lien avec la pop culture est récent mais il pose une vraie question. Aux États-Unis, le rappeur A$AP Rocky casse les codes en s’affichant avec un sac rose ou des ensembles ultra design, loin du cliché du daron rigide et fermé. Pendant ce temps sur TikTok, les vidéos de pères qui enfilent un tutu rose pour suivre le délire de leur fille cumulent des millions de vues. Cette image de la paternité bouscule l’image traditionnelle que la société patriarcale a l’habitude de donner (et il était temps). La paternité “moderne”, sur le terrain, ça veut dire quoi ?

Pour les spécialistes, la réponse est nuancée. « Ça fait 30 ans qu’on nous parle du ‘nouveau père’, mais il s’git surtout d’une figure médiatique », tranche Valérie Lootvoet, sociologue et directrice de l’Université des Femmes. Selon elle, l’évolution observée est davantage visuelle que structurelle. Les pères d’aujourd’hui ne s’investissent pas radicalement différemment de ceux d’il y a 30 ans et la structure patriarcale reste largement en place.
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Adrien Devyver, auteur et animateur du podcast et du livre Moi papa, perçoit toutefois des changements. « De plus en plus, on se fait des trucs entre potes avec les enfants sans les mamans. On se retrouve à 10 h à l’expo et on prend juste les kids pendant que les mamans font du sport ou des activités avec leurs copines. Cette prise en charge indépendante et autonome des enfants est de plus en plus en train de voir le jour », explique-t-il. Il ajoute que la libération de la parole masculine aide à lever les blocages. « On a de plus en plus des conversations par rapport aux difficultés qu’on rencontre dans l’éducation avec les enfants, dans les charges émotionnelles, dans les charges mentales aussi. La parole et les voix sont en train de s’ouvrir sans que ça ne paraisse comme quelque chose de ‘non viril’. Tous les tabous sont en train de se briser. »
Jouer ≠ parentalité
Pour comprendre ce qu’est un père déconstruit, il faut regarder ce qu’il fait au quotidien. Grâce aux avancées sociales, voir un homme promener une poussette, donner un biberon ou changer une couche est devenu banal. Pourtant, le quotidien familial reste fortement marqué par la répartition genrée des tâches. « Jouer avec ses enfants, c’est hyperchouette, mais la parentalité, ce n’est pas que ça. C’est d’abord s’assurer que l’enfant puisse survivre quand il est très vulnérable », rappelle la sociologue. La déconstruction ne consiste donc pas seulement à partager les moments agréables, mais aussi à assumer la logistique invisible. « Est-ce que ces pères remplissent le frigo d’eux-mêmes ou est-ce que leur femme doit leur demander 30 fois d’aller chercher du lait en poudre à la pharmacie ? Sont-ils vraiment autonomes dans leur parentalité ? ». Car la charge mentale demeure (très) majoritairement féminine dans notre société.
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