Cahier de vacances aux pages cornées, radio Nostalgie en boucle sur l’autoroute, sandwichs triangle aux œufs durs dans du papier alu, scoubidous multicolores, vélo sans casque et cabanes de bric et de broc planquées dans les fourrés. L’été des années 90, c’était ça. Une esthétique façon photo Polaroid surexposée, une bande-son en K7 qui crépite un peu, et une insouciance qui sent bon la crème solaire NIVEA. Et si on vous disait que tous ces souvenirs sont en train de revenir en force ?
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« 90’s kids summer », c’est le nom de la tendance qui cartonne sur TikTok et Insta. Comprendre : offrir à ses enfants les mêmes étés que ceux que l’on a connus à leur âge, quand le mot « wifi » n’existait pas encore et que les Pokémon se collectionnaient dans des classeurs, pas en ligne. C’est rétro, un brin idéalisé, et c’est en train de devenir un véritable manifeste éducatif.
La revanche du « je m’ennuie »
Les yeux rivés sur leur tablette, les enfants d’aujourd’hui n’ont plus le temps de s’ennuyer. Pour mettre fin au phénomène, certains parents ont décidé d’opter pour des vacances détox, autrement dit, une maison de vacances sans réseau ni écran mais avec un grand jardin et si possible une piscine pour retourner au monde où Google et le GPS n’existaient pas. À la place, on joue au Uno, on cueille des mûres et on fait des batailles d’eau. Avec des enfants parfois un brin réfractaires de prime abord, normal, ils n’ont jamais connu ça.
En effet, selon un rapport de Common Sense Media, les enfants de 8 à 12 ans passent aujourd’hui en moyenne 5h33 par jour sur un écran. Une hyperconnexion qui commence à sérieusement inquiéter certains parents, surtout ceux de la génération Y, cette première vague de digital natives à avoir connu un monde à la fois avec et sans internet. Cette dernière a un pied dans les deux époques. Lorsqu’elle devient parent, elle fantasme donc forcément sur un retour aux fondamentaux.
Entre nostalgie et détox familiale
Résultat, le hashtag #90skidssummer cartonne sur TikTok avec des millions de vues. Au programme : des tutos pour fabriquer une limonade maison, des montages VHS ultra-esthétiques de gamins qui cueillent des cerises, des playlists « road trip rétro », ou encore des mères qui organisent des « journées vintage » où il est interdit de toucher à un écran. Même le cahier de vacances revient en grâce – celui avec les énoncés de problèmes absurdes, les coloriages qui dépassent, et le stylo quatre couleurs avec sa boule à mordiller.
Derrière le vernis vintage, c’est une vraie réaction culturelle qui s’amorce en filigrane. Une forme de désobéissance douce face au temps-écran et à la course à la productivité. Couper le flux de contenus des écrans, c’est aussi se réoffrir du temps long, de l’ennui créatif, des après-midi à jeter des cailloux dans l’eau… Un luxe qui semble quasiment devenu subversif aujourd’hui.
Peut-on vraiment débrancher en 2025 ?
Mais peut-on encore vivre un été comme en 1998 quand tout pousse à rester branché ? La réponse est oui, à condition d’y mettre les formes. C’est ce qu’ont bien compris certaines marques comme Nature et Découvertes, qui lancent des kits « d’activités à l’ancienne » (herbier, boussole, attrape insectes), ou encore des campings nouvelle génération qui proposent des séjours zéro écran.
Côté parents, le mouvement s’accompagne souvent de décisions radicales : pas de tablette dans la valise, téléphone éteint le soir, journal de bord papier à la place d’Instagram, retour des jeux de société, des albums photo imprimés et des colliers de coquillages. L’idée n’est pas de diaboliser le numérique, mais de faire un pas de côté, de réinventer une temporalité où les souvenirs ne sont plus stockés dans le cloud mais dans les muscles du ventre, les odeurs, les silences.
Le piège est évidemment de tomber dans une reconstitution muséale de l’enfance, une forme d’été à l’ancienne idéalisé. Pour l’éviter, il s’agit de se rappeler ceci : un vrai été 90’s, ça ne se programme pas, ça s’improvise. Ça vit au rythme des siestes, des coups de soleil et des disputes dans la voiture. Il s’agit moins de s’offrir une jolie photo Pinterest, qu’une sensorielle, émotionnelle et imprévisible. Pour retrouver, parent et enfant, ce qui nous manque le plus : se perdre un peu.
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