
Du 22 au 28 juin, le restaurant Le Selecto a soufflé ses 15 bougies autour d’un menu anniversaire rétrospectif. Un anniversaire discret mais hautement symbolique dans une capitale où chaque service ressemble désormais à une partie décisive pour l’Horeca. Pendant que les institutions belges boivent la tasse les unes après les autres — on pense au récent choc de la fermeture du Toucan sur Mer à Ixelles après 17 année de service et ce, malgré une salle remplie —, cette table du centre-ville continue d’afficher une belle régularité, quinze ans après ses débuts. Comment ? En traçant une ligne droite à contre-courant du zapping ambiant, sans vraiment chercher à plaire à l’époque.
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Quinze ans de casseroles et zéro triche
Le premier secret de cette longévité tient en une anomalie statistique majeure pour le secteur : c’est le même chef, Olivier Morland, qui tient les fourneaux depuis l’ouverture en 2011. À l’heure où la crise des vocations et le turnover chronique des brigades rendent fous les patrons de restos, Le Selecto affiche une fidélité d’un autre temps.
Une stabilité qui se ressent dans l’assiette. Le Selecto, c’était la « bistronomie » bruxelloise pure souche avant même que le mot ne soit galvaudé par toutes les agences de comm’. Ici, le contrat social avec le client n’a jamais bougé d’un iota : envoyer du sincère, du généreux et de l’exigeant. En pleine crise d’inflation, qui peut encore s’aligner sur un menu 3 services à 49 € en plein centre de Bruxelles sans tricher sur la qualité ?
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Le menu de cette semaine anniversaire sonnait d’ailleurs comme une déclaration d’amour au réconfort : bouchée de risotto carnaroli aux aubergines confites de Sicile, foie gras du sud-ouest rôti et compotée de pêches blanches, poulpe confit pendant 8 heures à 69°C escorté d’artichauts, escalope de ris de veau et cannelloni aux pousses d’épinards et ricotta, côte de veau de Corrèze rôtie en cocotte aux girolles en persillade, ou encore un vacherin glacé vanille-framboise boosté par une chantilly tiramisu pour achever les derniers sceptiques. Une cuisine lisible, exécutée au cordeau, sans cinéma.
Sniffer le Zeitgeist sans y perdre son âme
Derrière cette longévité, il y a aussi Lakhdar Hamina-Lakhdar (désormais épaulé par sa binôme de talent, la décoratrice et designer Lauriane De Paoli). L’homme est un habitué des coulisses de la food bruxelloise et possède un super-pouvoir : sniffer le zeitgeist pour l’ancrer dans des projets pérennes. Si le lieu traverse le temps, c’est parce qu’il a été pensé pour être un vrai bistrot, un espace social, loin des tics visuels du moment
Petit éloge du QG
Disons-le franchement : notre rapport aux restos est devenu complètement compulsif. Poussés par le FOMO et l’algorithme des réseaux, nous sommes devenus des nomades de la bouffe. Il faut avoir testé le dernier café à l’ube ou la micro-cantine éphémère de trois tables dont tout le monde parle. Résultat ? On ne retourne plus jamais deux fois au même endroit. Le statut sacré d’« habitué » est tout bonnement en voie d’extinction.
Pendant ce temps, Le Selecto est une machine à fabriquer de l’habitude. En réussissant l’équation parfaite entre le prix, l’assiette et l’atmosphère, le lieu prouve que l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs. Dans une ère post-pandémique où le moindre centime est calculé et où les repaires se font rares, s’asseoir à une table de la rue de Flandre et retrouver exactement les mêmes saveurs et le même accueil qu’il y a dix ans ne relève pas du renoncement. C’est une bénédiction, et une sacrée promesse pour les quinze prochaines années.
Infos :
Où ? Rue de Flandre 95, 1000 Bruxelles
Quand ? Du mardi au samedi de 12h à 14h30 et de 19h à 22h30. Jusqu’à 23h le vendredi.
Combien ? Menu 3 services : 49 €.
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