Antoine Lehebel sera-t-il le meilleur sommelier du monde ?

Du 11 au 15 mars, se tiendra à Anvers le concours du meilleur sommelier du monde. Une compétition qui prend place tous les trois ans, à laquelle participent 62 candidats. Parmi les prétendants au titre, le Belge Antoine Lehebel, qui vient d'être qualifié aux côtés de 18 autres candidats pour la demi-finale de ce concours.

TEXTE ET PHOTOS PATRICK FIÉVEZ. |

Organisé tous les trois ans par l’ASI, l’Association de la sommellerie internationale, qui rassemble près de 70 pays dans le monde, le concours du meilleur sommelier du monde se tiendra cette année en Belgique (après l’Argentine en 2016). Pour en savoir plus sur les coulisses de cette compétition internationale, nous sommes allés à la rencontre d’Antoine Lehebel, qui aura la lourde tâche de représenter notre plat pays. Bien que Français, originaire de Nantes, il est membre de la Guilde des Sommeliers de Belgique et officie depuis mai 2018 aux côtés de Christophe Hardiquest au restaurant bi-étoilé Bon Bon, à Bruxelles. Mais aujourd’hui, c’est à Porto que nous le retrouvons, chez le producteur Graham’s, partenaire du concours, qui a invité quelques sommeliers finalistes pour d’intenses dégustations.

"Je suis né en 1982 près de Nantes, en Val de Loire", raconte le jeune homme. "Mes débuts dans la restauration se sont passés dans un restaurant indien étoilé, le Rasoi Vineet Bhatia, à Londres. C’est là que je me suis intéressé au vin. Je suis resté sept ans dans la City avant de revenir en France, où j’ai alors travaillé dans deux restaurants prestigieux : chez Michel Guérard dans le Sud-Ouest et chez Chabran, dans la Drôme. Après un passage en Bourgogne, au Charlemagne à Pernand-Vergelesses, j’avais envie de repartir à l’étranger. J’ai envoyé mon CV à La Villa Lorraine, qui cherchait un sommelier. J’y suis resté cinq ans. En 2014, je me suis présenté au concours du meilleur sommelier de Belgique... et je l’ai remporté ! En 2016, nouvelle étape : le concours du meilleur sommelier du monde. Ce fut ma première expérience sur cette épreuve emblématique pour tout sommelie., Il y avait 62 candidats et j’ai terminé vingtième. Cette année, pour cette épreuve très ardue, je représenterai mon pays d’adoption, la Belgique, c’est à la fois un honneur et une pression importante."

Une préparation bien fichée

Mais ce concours justement, comment le prépare-t-il ? Pour nous répondre, Antoine sort... ses fiches ! "Elles sont nombreuses, pays par pays", commente-t-il. "Côté recto, les questions, et côté verso, les réponses. Tous les soirs, après le service, je révise. Cela relève du bourrage de crâne, mais c’est nécessaire. Il aura fallu d’abord réunir les infos et les actualiser. Le monde du vin et des spiritueux est changeant avec de nouvelles appellations, de nouvelles règles législatives... Les climats, les terroirs, les cépages, les Domaines réputés. Je lis aussi beaucoup de livres surtout ceux édités en anglais, car ce sont les plus pointus. Après mon expérience en Argentine, je sais que les questions peuvent être très compliquées. Par exemple, citer toutes les appellations d’origine contrôlée – les AVE – de Californie. Devant une carte géographique de la Hongrie, situer toutes les appellations de ce pays. Mentionner la totalité des deuxièmes crus de Sauternes ou encore, pour les questions concernant les alcools, donner les trois variétés de riz autorisées pour la fabrication du Saké japonais... Je redoute les questions liées aux spiritueux : c’est ma faiblesse. Imaginez- vous : pour les questions relatives aux bières, j’avais dû énumérer toutes les Trappistes produites dans le monde entier !"

Quand on lui demande ses vins de cœur, Antoine se dévoile comme un grand amateur de Bourgognes (blancs et rouges), de blancs allemands (de cépage Riesling), des vins du nouveau monde (Californie, Australie, Afrique du Sud) et des cépages Pinot Noir et Nebbiolo. Mais il avoue aussi avoir découvert les vins Belges. Ironie du sort : lors de sa première expérience en Amérique Latine, il avait dû mentionner toutes les appellations d’origine contrôlée des vins belges ; il y a fort à parier qu’il fut le seul à les citer tous !

Trois minutes par vin 

Et dans la pratique, comment exerce-t-il son palais ? "Je déguste tous les jours au restaurant ", répond Antoine en souriant. " Et le week-end, avec des amis, ce sont des dégustations “à l’aveugle”. Il faut non seulement reconnaître les vins, mais aussi les décrire et donner une grille de notation, le potentiel de garde, les accords avec les mets, la température idéale de service... Pour répondre, nous avons trois minutes par vin. Je me souviens, à Mendoza, nous avons dû reconnaître un blanc autrichien, un cépage Grüner Veltliner 1999. Personne n’a trouvé (il sourit). Pour les alcools, on doit aussi identifier leur origine dans un verre noir et uniquement au nez. Ou encore servir une demi-bouteille de Champagne dans huit verres, tous égaux en quantité. Mais il y a aussi d’autres questions, comme par exemple concernant le thé : reconnaître son origine et le type : est-ce un thé blanc, vert, noir ? On se pose souvent la question : “Où est le piège ?” Or parfois, il n’y en a pas ! Rares sont les sommeliers qui sont sacrés champions du monde à leur première participation. On croise les doigts !"

Retrouvez dès demain les résultats du concours ici. 

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