"It's a match !": Rencontre avec une matchmaker, ces chercheurs d'âme soeur

Marie De Duve est une matchmaker. Son objectif ? Trouver la personne qui vous correspond, celle avec qui vous êtes le plus compatible. Comment travaillent ces personnes ? Rencontre.

Par Audrey Morard. Credit photo : Pexels/Alex Iby |

Au coeur de la place Stéphanie, à Bruxelles, les locaux dans lesquels travaille Marie De Duve n'ont rien de très romantiques. L'endroit est plutôt neutre, sans grande chaleur humaine. Des marquages jaunes sont collés sur la moquette pour ne pas se croiser, coronavirus oblige. Mais une fois la porte du bureau franchie, une toute autre atmosphère s'offre à nous. L'amour nous enveloppe. Il s'affiche sur les murs, sur les tables. Il y a ce poster en noir et blanc d'un couple souriant et complice. Sur le mur nous faisant face, on aperçoit la Tour Eiffel, symbole de Paris, la ville la plus romantique au monde. Un jeu d'échec rouge et noir est installé sur un meuble. Qui saura conquérir le coeur du roi ou de la reine ? 

Dans son bureau, Marie de Duve accueille des hommes et des femmes célibataires à la recherche du grand amour. Son but ? Trouver la personne avec laquelle vous êtes le plus compatible. Celle avec qui il y a ce fameux match entré dans le vocabulaire de la rencontre amoureuse avec l'application Tinder. "Ma profession de matchmaker consiste à mettre en relation des personnes seules avec les mêmes codes, le même style de vie".

"Si l'un des deux travaille comme un fou et l'autre attend à la maison, ça ne risque pas de marcher"

De sa voix calme et posée, Marie de Duve nous explique son métier de matchmaker et comment elle fonctionne pour satisfaire au mieux les attentes des âmes seules. Elle travaille depuis une quinzaine d'année pour A2 by Valérie Dax, l'une des plus anciennes agences de rencontres d'Europe, fondée en 1970. Lors du premier rendez-vous, la matchmaker questionne les personnes sur leurs loisirs, leurs traits de caractère, leur personnalité et leurs souhaits sur la personne qu'elle souhaite rencontrer. Ici, pas d'analyse psychologique, "je n'ai pas vraiment besoin de cela" glisse-t-elle, mais un intérêt pour le milieu socio-professionnel et socio-culturel de la personne. "Avoir la même éducation aide beaucoup pour avoir un couple stable et durable. Je crois plus au qui se ressemble s'assemble qu'aux opposés s'attirent. J'essaie de trouver des gens qui ont le même rythme de vie. Si l'un des deux travaille comme un fou et l'autre attend à la maison, ça ne risque pas de marcher. Alors je préviens tout de suite pour ne pas avoir de mauvaise surprise". 

Marie De Duve regarde chaque semaine quelles personnes ont besoin de contacts. Les données des adhérents sont entrées dans son ordindateur. "Je me dis, telle femme doit voir quelqu'un, je vais lui présenter cet homme, il est libre pour le moment". La matchmaker envoie le profil de l'homme à la femme. S'il semble correspondre à ses attentes, le numéro de téléphone et le profil de madame est alors envoyé à monsieur pour prendre un premier rendez-vous. "Les hommes ne reçoivent que des profils de femmes intéressées. Elles choisissent en premier, elles ont la priorité". Les deux personnes ont alors les cartes en main. Libre à elles de vouloir se rencontrer. Marie de Duve les laisse faire connaissance. Elle conseille toutefois de ne pas attendre trop longtemps avant le premier date, nouveau mot du jargon amoureux aussi. "Je ne vais pas leur donner la main pour tout, sourit-elle. Au fil des appels, des messages, les personnes peuvent tomber amoureuses. Mais quand elles se retrouvent, c'est la chute et la déception". Cette rencontre est la première en face-à-face. Celle de la révélation. Aucune photo n'a été envoyée jusqu'au jour J.

"On est lassés des rencontres virtuelles"

Après presque une année de crise sanitaire, les adhérents sont plus nombreux à l'agence A2. Lassés des applications de rencontres et "leur drague de supermarché", ils se tournent vers des agences de rencontres pour trouver de la stabilité et la garantie de quelque chose de sérieux. "Au début, c'est drôle, on zappe, on regarde les photos, mais à force, cela peut devenir destructeur pour l'estime de soi. Le confinement est en plus une période très difficile pour les célibataires. Même voir des amis est compliqué. On est lassés des rencontres virtuelles, des zoom, de travailler depuis chez soi". 

Depuis qu'elle a rejoint l'agence A2, Marie de Duve a rencontré des "milliers de profils". Des divorcés, des personnes sans enfants, des agriculteurs et même une personnalité française "très très connue" dont l'identité reste secrète. Elle reçoit des personnes âgées comme cet homme de 91 ans à qui elle a trouvé une compagne plus jeune. La matinée de notre rencontre, Marie de Duve s'entretenait avec une jeune étudiante de 27 ans. 4% des adhérents ont entre 20 et 30 ans. En 15 ans, Marie de Duve a constaté une évolution des profils des personnes : "Il y a de plus en plus de gens âgés entre 35 et 45 ans, ils ont beaucoup travaillé. Ils veulent à présent un foyer". La tranche d'âge la plus représentée est celle des personnes ayant entre 51 et 60 ans avec 29%. Au total, 59% des inscrits sont des femmes. "Elles s'assument financièrement, sont bien dans leur peau, et n'ont pas besoin d'un homme pour vivre mais pour les accompagner". 

Des pièces de puzzle à assembler 

Avant de devenir matchmaker, Marie de Duve était dans le courtage immoblier. Un univers aux antipodes de la recherche du grand amour. Elle divorce du père de ses enfants et se retrouve sur les marchés des célibataires. "Je me suis demandée comment j'allais rencontrer quelqu'un. J'ai fait un voyage célibataire, c'était très amusant... Et puis j'ai commencé à organiser des dîners de célibataires, j'ai animé des speed-dating. Cela fait maintenant 19 ans que je suis dans la mise en relations de personnes seules. C'est devenu ma spécialité".

Pour trouver le bon match, Marie de Duve s'appuie sur son instinct, ses bonnes intuitions dont elle est la première surprise. Il y a son instinct, et le facteur chance aussi. "Les personnes qui viennent me voir sont motivées. Elles souhaitent une relation sérieuse. Le fait qu'un homme vienne dans une agence prouve qu'il est vraiment motivé. Il n'a pas une double vie, ne drague pas à tous les coins de rue. Il veut qu'on l'aide à trouver la compagne idéale. Encore faut-il que les personnes soient inscrites ensemble au bon moment... Je ne sais pas combien de personnes je vais présenter. Je cherche jusqu'à ce que je trouve, mais on ne peut pas dire en combien de temps". 

Faire matcher les deux bonnes personnes prend du temps, "il faut en général un an pour trouver le bon match". La spécialiste des rencontres amoureuse parle de son métier comme étant "des pièces de puzzle qu'elle doit assembler". Elle se souvient de cette femme pour laquelle elle s'est dit que les choses allaient être difficiles. Au bout de quelques semaines, la célibataire rencontre une personne. La bonne personne. Le couple est aujourd'hui marié. Elle a appris la nouvelle par l'une des amies de cette femme venue s'inscrire dans l'agence A2. Des anciennes adhérentes reviennent comme ces deux veuves mariées elles aussi grâce à l'agence, l'une dans les années 70, l'autre il y a 20 ans. Des personnes peuvent ne pas trouver leur match. Cela n'est pas un échec pour autant. "Je ne peux pas inventer des personnes qui n'existent pas. Je ne veux pas présenter n'importe qui pour créer un contact". Certaines font des pauses, avant de revenir plus tard. Huit personnes sur dix trouvent l'amour selon Marie de Duve pour les plus patients prêts à attendre plus d'une année. Les histoires d'amour finissent bien, en général... 

 

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