La fausse fourrure pour passer l'hiver en douceur

Depuis quelques mois, les marques de luxe annoncent tour à tour leur intention de ne plus inclure de bête à poils dans leurs collections. Cette saison, sur le catwalk et les portants des boutiques, la fausse fourrure s’amuse donc à cloner la vraie au point de brouiller les pistes. Voyage au cœur d’un phénomène qui fait débat.

PAR MARIE HONNAY. PHOTOS D.R. SAUF MENTIONS CONTRAIRES. |

Le 11 octobre 2017, Gucci annonçait son intention de ne plus utiliser de fourrure dans ses collections. Si beaucoup se réjouissent de cette prise de position, une question se pose : la fausse fourrure peut-elle donner le change ? Au vu des pièces présentées lors des derniers shows de Gucci, Givenchy, Calvin Klein, Michael Kors ou Stella McCartney (une pionnière en termes de militantisme antifourrure), mais aussi de celles qui s’alignent sur les portants de labels plus accessibles, la réponse est “Oui”. Par contre, ce remplacement de la vraie fourrure par la fausse n’est pas une réponse qui satisfait tous les militants écoresponsables.

Pour Pascaline Wilhem, directrice mode de Première Vision, leader mondial dans l’organisation de salons professionnels pour la filière textile, la fausse fourrure, lorsqu’elle est réalisée dans de bonnes conditions, n’est en aucun cas la mauvaise élève de la classe. Si elle ne peut pas se targuer d’être 100% écologique, elle n’est pas plus polluante que la majorité des tissus utilisés par le secteur textile.

" La fausse fourrure n'a rien d'une matiere mysterieuse. C'est juste un polyester ou un polyamide recyclable a 100 % (moins polluant que le coton) qui est tricote ou tisse. Les fabricants, peu nombreux sur le marche haut de gamme, developpent des techniques de traitement du tissu qui permettent d'obtenir une brillance qui egale celle de la vraie fourrure tout en evitant que les poils collent ou prennent la poussiere. Contrairement aux produits bas de gamme qui sont souvent teintes ou decores pour masquer leurs defauts, la fausse fourrure de qualite est unie. C'est en tout cas dans cette version, lorsqu'elle imite a la perfection le vison ou l'astrakan, qu'on peut prendre pleinement conscience de sa qualite. Ces produits plus vrais que nature ont credibilise la fausse fourrure et lui ont donne acces aux maisons de luxe. Il est d'ailleurs interessant de noter que ces matieres ne sont pas forcement bon marche, au contraire. "

Elastique et donc confortable, plus legere que la fourrure classique (meme lorsqu'elle est volumineuse), plus hygienique, mais aussi plus facile d'entretien, la fausse fourrure affiche des atouts non negligeables pour les acteurs du secteur de la mode, mais pas uniquement. Parce qu'il est lie aux tendances, le vetement est une donnee economiquement variable. Les fabricants de fausse fourrure doivent donc imperativement viser d'autres marches : celui du jouet, tres important, mais aussi de l'ameublement et du sport. Boom de la parka oblige, les marques misent d'ailleurs massivement sur cette matiere pour border les capuches des vestes de sport.

Ce n'est qu'un aurevoir

La vraie fourrure est-elle en voie d'extinction? Ses adeptes devront-elles ecumer les boutiques vintages pour passer l'hiver au chaud ? Rien n'est moins sur. Une marque belge qui ne propose plus de fourrure dans ses collections nous a confie produire quelques pieces pour le marche russe qui, jusqu'a nouvel ordre, refuse de s'inscrire dans cette approche fur free. D'un cote, on peut les comprendre. En effet, d'un point de vue strictement thermique, la fausse fourrure, meme de qualite premium, ne peut pas encore rivaliser avec la vraie. Pascaline Wilhem : " Quand les choses deviennent rares, elles sont desirees. Je ne pense donc pas que nous puissions annoncer la fin de la fourrure. Lorsqu'on aborde ce type de problematiques, il est important de ne pas prendre de raccourci. S'il y a de bons et de mauvais producteurs de fausse fourrure, dans le secteur de la vraie tout est une question de regulation. Depuis quelques annees, nous observons d'incroyables avancees en termes d'engagement ethique et de respect de l'environnement et de l'animal du cote des professionnels de ce secteur."

A chacun de choisir son camp. D'autant qu'on le sait : les modes et les mouvements contestataires vont et viennent. Dans les annees 70, en plein boom du mouton retourne, les activistes appelaient deja au boycottage avant de se faire plus discrets durant les decennies qui ont suivi. " Les fourreurs realisent des prouesses techniques pour moderniser l'offre existante. Notamment dans le registre de l'accessoire." A ce niveau, personne n'est pres d'oublier le recent buzz autour de la mule Gucci bordee de vraie fourrure qui, etrangement, n'a semble choquer personne.

Le bon sens en action

Il n'existe pas encore de technique miracle permettant de s'assurer que notre nouveau blouson en fausse fourrure soit de qualite, green et ethique. Le consommateur peut tenter d'y voir un peu plus clair en lisant les etiquettes, mais c'est surtout le prix du vetement qui doit servir d'indicateur. Une veste a 15 EU ne peut en aucun cas respecter les regulations imposees aux producteurs. " La fausse fourrure de qualite est composee d'un grand nombre de poils au centimetre carre. C'est ce qui la rend belle et visuellement proche de la vraie. " Mais la mode a le chic pour brouiller les pistes. En 2018, une vraie fourrure peut jouer la carte de la fantaisie au point de copier la fausse. Pourquoi ? Pour toucher un public moins classique et, dans un contexte fur free, eviter aux adeptes des vrais poils d'afficher trop clairement leur preference. Quant a la fausse, elle a prouve sa capacite a imiter la vraie, a moins qu'elle n'assume pleinement son caractere funky. " L'hybridation est une tendance forte du secteur. Depuis quelques saisons on peut trouver des fourrures roses ou bleu, mais aussi d'etranges tissus a poils qui affichent des impressions serpent par le biais de la realite augmentee."

Le courant londonien 

Si la fausse fourrure plait aux createurs et aux marques, c'est aussi parce que c'est un veritable cameleon. " On peut y afficher des impressions, la faire fondre pour reduire l'epaisseur des poils et creer des dessins en relief, la ciseler pour obtenir des effets de chevron ou de damier ou encore la travailler en jacquard. Dans la mode, c'est tout de meme le look qui prime, ne l'oublions pas. Pour les designers, cette fausse fourrure constitue donc un incroyable terrain de jeu."

Dans ce registre ludique et decale, la mode anglaise a resolument une longueur d'avance. D'autant qu'a Londres, resolument engagee dans la defense de la cause animale, porter un manteau en vison est le plus souvent mal vu. Fondatrice de la marque Jakke, la Londonienne Nina Hopkins est adepte d'une approche cruelty free, qui implique de ne pas utiliser de fourrure, de cuir, de laine ou de soie. Elle a deliberement choisi de ne pas viser une quelconque ressemblance avec les vrais poils d'animaux. Consequence : la creatrice se lache et ne se refuse rien. Ni en termes de couleurs, ni en termes de motifs : messages ludiques, longs poils pastel facon yeti, rayures graphiques vertes ou bleues ornent ses creations. Toujours en avance d'une saison lorsqu'il s'agit de creer le buzz (la fausse fourrure moutarde en 2016, ce n'etait pas gagne, mais elle l'a tout de meme fait.), Nina Hopkins n'oublie pas que la protection des animaux reste son fonds de commerce. On en veut pour preuve le choix d'afficher le logo Free From. 

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