Les seniors à suivre absolument en 2020

Sur les réseaux sociaux, le catwalk, en une des magazines spécialisés ou dans les campagnes de publicité, les modèles de plus de 50 ans bousculent les standards de beauté. Décryptage.

PAR CORA DELACROIX. PHOTOS PHOTONEWS SAUF MENTIONS CONTRAIRES. |

Avec son regard bleu perçant, ses cheveux argentés coiffés en arrière et sa veste structurée, Maye Musk dégage une élégance folle. À 71 ans, elle a récemment fait la couverture du Harper’s Bazaar Brésil. Depuis quelques années, la mère d’Elon Musk (le fondateur de Tesla, NDLR.) voit sa carrière
de mannequin décoller : elle défile lors des semaines de la mode et prête son visage à des marques prestigieuses. Et elle n’est pas la seule : de plus en plus de seniors sont propulsées sur le devant de la scène fashion : JoAni Johnson, Lyn Slater, Grece Ghanem... pour ne citer qu’elles. Ces femmes, qui arborent une chevelure blanche ou argentée, sont convoitées par des labels dans le vent et jouissent d’une belle popularité sur les réseaux sociaux.

À l’image de Lyn Slater, 66 ans. En 2014, alors que cette New-Yorkaise allait déjeuner avec une amie, son look pointu (Yohji Yamamoto et Chanel) a tapé dans l’œil des photographes de street style, nombreux dans la Grosse Pomme en période de fashion week. Peu après, cette professeure d’université a lancé le blog Accidental Icon, ainsi qu’un compte Instagram, aujourd’hui suivi par plus de 600 000 personnes. Très sollicitée, Lyn Slater a déjà collaboré avec Mango ou Uniqlo. Au média Refinery29, elle a déclaré : "Si tu es à l’aise avec ce que tu portes, peu importe l’âge que tu as, si tu l’assumes, tu seras bien. L’expression “s’habiller pour son âge“ est complètement inutile !"

En 2015, la romancière américaine Joan Didion, 80 ans, était la star d’une campagne de publicité Céline. À l’époque, la démarche avait été saluée et considérée comme disruptive : c’était le début de ce phénomène de Greynaissance. Pourtant, les cheveux blancs (ou gris) n’ont pas toujours fédéré. Dans un article publié sur son blog en 2017, l’essayiste féministe Mona Chollet soulignait que le tabou autour des cheveux blancs était bien "plus marqué pour les femmes. Non seulement un préjugé les condamne à ne pouvoir séduire que par leur fraîcheur, leur fécondité supposée, leur ingénuité inoffensive, mais, chez elles, les cheveux blancs sont associés à des images peu flatteuses, dont l’inconscient collectif est saturé : la grand-mère à confitures, ou alors la vieille sale, négligée, malfaisante." 

Alors que la mode a durant des années célébré les corps minces, jeunes et lisses, en aurait-elle enfin fini avec l’âgisme, soit l’invisibilisation des personnes âgées ? Une chose est sûre : les consommateurs ont aujourd’hui de plus en plus besoin de se sentir représentés. Les marques tentent donc de s’éloigner des carcans traditionnels et jouent à fond la carte de l’inclusivité. Lucile Le Goallec, du bureau de prospection de tendances Nelly Rodi : "Les plus de 60 ans représentent une large partie des consommateurs. Il s’agit d’une génération qui bénéficie d’un fort pouvoir d’achat, ce qui n’est pas négligeable."

Ainsi, l’année dernière, à l’âge de 88 ans, l’ex-actrice hollywoodienne et muse d’Alfred Hitchcock, Tippi Hedren, a été nommée égérie de la ligne de bijoux de Gucci. En juillet dernier, lors de la Semaine de la Couture à Paris, la très chic Lauren Hutton, 75 ans, par ailleurs égérie de la marque Anthropologie, a foulé le podium Valentino, vêtue d’une robe en soie verte et de gants en sequins roses. Sa participation a immanquablement apporté de la fraîcheur et de la spontanéité au show. Il y a beau y avoir un gap générationnel, les aînées inspirent les plus jeunes.

Sur Instagram, royaume des photos retouchées, leurs cheveux au naturel et leurs rides assumées récoltent des likes et des commentaires positifs par milliers. Lucile Le Goallec abonde : "Pour désigner ces millennials qui cherchent à copier les seniors, on utilise d’ailleurs le terme marketing de sennials. Il s’agit bel et bien d’une tendance de fond."

Voici quatre influenceuses à suivre sur Instagram :

Iris Apfel, l'éternelle branchée

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Fill ‘er up, put on your dancing shoes, and ring in a new decade! 🥂🍾 #NewYearsEve

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À 98 ans, elle fait partie des grandes icônes de la mode. Avec ses lunettes surdimensionnées et ses tenues excentriques, cette New-Yorkaise possède un charisme et un style hors du commun. Iris Apfel, dont le compte Instagram est suivi par plus d’un million de personnes, a l’habitude de prêter son visage à de nombreuses marques (M.A.C, Magnum, Citroën...). En 1948, cette ex-décoratrice d’intérieur avait lancé avec son mari une entreprise de textile qui fournissait des clients prestigieux (dont Greta Garbo). C’est seulement au milieu des années 2000 qu’Iris Apfel est devenue célèbre, lorsqu’on lui proposa d’exposer ses plus beaux bijoux au Metropolitan Museum of Art. Elle est aussi la muse d’Ari Seth Cohen, un photographe de mode fasciné par les vieilles dames lookées et auteur du blog Advanced Style. Aujourd’hui encore, la femme d’affaires nonagénaire, star d’un documentaire, Iris, n’arrête jamais de travailler. 

Grece Ghanem, la mode ultrapointue

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Recapping 2019, one of my favorite outfits of the year!

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Née au Libéria, Grece Ghanem a vécu au Liban jusqu’en 2005, avant de s’installer à Montréal avec sa fille. Cette microbiologiste de formation a longtemps exercé une activité de coach sportive. Mais depuis quelques années, Grece Ghanem, 54 ans, est influenceuse mode : plus de 150 000 personnes suivent son compte Instagram, où elle poste des photos d’elle dans les rues de Montréal ou sur les avenues huppées de New York. Avec son bob argenté et sa beauté intemporelle, Grece Ghanem sublime les imprimés colorés et les pièces de tailoring. Parmi ses griffes de prédilection : Prada, Balenciaga, ou Celine. Dans une interview au magazine new-yorkais The Zoe Report, elle confie : "Ce n’est pas parce que l’on a atteint la cinquantaine que l’on est forcément adepte d’une esthétique classique. Je crois fermement que l’on peut rester dans le vent et porter des pièces très cool peu importe son âge. Rester jeune, c’est un état d’esprit !"

Joani Johnson, le mannequin Fenty

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

This...Pyer Moss Campaign 2 Photo: Kerby Jean-Raymond #greyhairdontcare

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Avec sa peau mate, son visage magnétique et ses cheveux gris qui tombent jusqu’en bas du dos, cette New-Yorkaise, qui a étudié l’art et la biologie, a été repérée dans la rue il y a trois ans alors qu’elle se promenait avec son mari. À 68 ans, cette Afro-Américaine, qui compte plus de 58 000 abonnés sur Instagram, pose et défile pour des marques prestigieuses (Eileen Fisher, Delvaux...). Elle a même tapé dans l’œil de Rihanna, qui l’a fait poser pour Fenty, sa marque de prêt-à-porter de luxe. JoAni Johnson, aujourd’hui veuve, confie : "Je dis tout le temps aux gens que je fais tout ça car mon mari adorerait. Il aurait aimé que je continue !" 

Maye Musk, le succès fulgurant

 

 

La Canadienne, qui a commencé sa carrière en Afrique du Sud à l’âge de 15 ans et a suivi des études de diététique, fait partie des mannequins seniors les plus demandés : elle a signé un contrat avec l’agence de mannequins IMG, fait partie des égéries des produits cosmétiques CoverGirl, pose pour Moncler ou Salvatore Ferragamo... Sur Instagram, la mère du milliardaire Elon Musk pose à côté de célébrités comme Katy Perry ou Kim Kardashian. Dans une interview au Guardian, elle raconte : "Je ne me suis jamais considérée comme une rebelle, mais sans doute qu’être un mannequin de 70 ans qui porte des pièces extravagantes est assez rebelle." Fin décembre, elle publiera A Woman Makes a Plan, un livre où elle raconte son parcours de vie et prodigue ses conseils avisés. 

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