18 trous avec Tom Boon

Quelques jours avant son départ à la Coupe du Monde de hockey en Inde, nous avons rencontré Tom Boon, meilleur buteur de l’histoire des Red Lions. Le médaillé d’argent aux J.O. de Rio nous livre sa nouvelle passion pour le golf. Et c’est sur le parcours de La Marache, à Waterloo, que nous le retrouvons...

PAR BORIS RODESCH. PHOTOS SÉBASTIEN VAN DE WALLE / TRIPTYQUE.BE, DAVID STOCKMAN/BELGA. |

Quel est votre premier souvenir de hockey ?
" Je suis né avec le hockey. Ma mère et mon oncle étaient en équipe nationale et ma grande sœur jouait aussi. J’avais déjà un stick dans mon landau... Je me souviens du titre de champion de Belgique remporté par White Star en 1996 avec mon oncle, Marc Coudron. Je me suis retrouvé à 6 ans sur la photo de l’équipe. Alors, J’ai naturellement commencé au White Star jusqu’à mes 11 ans avant de continuer à Uccle Sport en cadet. J’ai commencé le football, mais je n’ai pas persévéré. Mon père était un ancien gardien de but. Je passais déjà tellement de temps au hockey, j’ai arrêté le foot après trois mois. "

Quel a été votre parcours scolaire ?

" C’est un peu cliché, mais l’école n’était pas faite pour moi. Dès que je rentrais à la maison, je déposais mon cartable et seul le hockey comptait. J’ai finalement arrêté l’école en janvier 2008, j’étais en 5e secondaire. Je débutais en équipe nationale A, je ne parvenais plus à combiner les deux et je ne voulais surtout pas passer à côté du hockey. Le hockey en Belgique était encore un sport amateur, mais j’y ai tout de suite cru sinon je n’aurais pas osé prendre cette décision. Disons que mes parents avaient plus de mal avec l’idée. Heureusement, j’ai très vite été autonome. J’ai signé mes premiers contrats – publicitaires, en club, ou avec les Red Lions- et j’ai donné beaucoup d’entraînements. Cela a fait partie de mon éducation, c’est très différent de rester chez ses parents jusqu’à 25 ans, mais je ne regrette rien. "

À 18 ans, vous êtes devenu le premier hockeyeur belge 100 % professionnel, très vite suivi par d’autres Red Lions...

" Aujourd’hui, il n’y a plus que des pros et des semi-pros qui s’arrangent pour obtenir une pause carrière. Bien sûr, jouer en équipe nationale c’est le top absolu. C’est pour ce genre de match que l’on joue au hockey, ce seront aussi nos plus beaux souvenirs. En club, l’approche est complètement différente. J’adore jouer pour le Racing mais c’est autre chose, c’est la famille."

Il y a des records dans la famille ?

" Mon oncle a longtemps été le joueur belge avec le plus grand nombre de sélections, Jill Boon, ma sœur, est la première joueuse belge à avoir inscrit un goal aux Jeux olympiques, et je suis le meilleur buteur de l’équipe nationale. Je vais profiter de mes temps libres en Inde pour vérifier dans les archives, mais je dois être proche des 170 buts marqués en 270 sélections. "

Comment se prépare-t-on à jouer une Coupe du Monde ?

" Depuis le 1er août, la préparation est intensive. Nous avons quatre entraînements par semaine du lundi au jeudi de 9 à 16 h. En parallèle, il y a aussi les entraînements en club le vendredi et les matches le dimanche. L’essentiel pour nous est d’obtenir un meilleur résultat qu’en 2014, où nous avions terminé en 5e position. Après, je pense sincèrement que nous avons la meilleure équipe et que nous pouvons battre tout le monde. Dans le tournoi, Il y a cinq favoris parmi lesquels on trouve l’Allemagne, la Hollande, l’Inde, l’Argentine et la Belgique. Ça va se jouer à très peu de chose, cela dépendra surtout de la forme du moment mais je peux déjà presque vous assurer un quart de finale contre l’Allemagne ou la Hollande."

Diffusions TV internationales obligent, il n’y a que deux rencontres par jour... Vous passerez donc près d’un mois en Inde...

" Ce sera long, on redoute de s’ennuyer un peu. On pourra profiter du parcours de golf près de l’hôtel mais il faudra surtout continuer à s’entraîner très sérieusement. Les deux premières semaines avec les trois matches de poule serviront de préparation physique et mentale pour arriver en quart de finale ou en huitième au top de notre état de forme." 

Affronter l’Inde en Inde, l’ambiance risque d’être très chaude...

" La ferveur des Indiens pour le hockey est exceptionnelle. Ce sera un match très particulier. Le stade sera plein à craquer On ne les a pas souvent battus en Inde mais nous restons sur une victoire en quart de finale aux Jeux olympiques de Rio."

Depuis 2015, vous organisez des stages pour les jeunes. Quelle a été votre motivation pour créer la Tom Boon Academy ?

"J’ai toujours pris énormément de plaisir à m’entraîner et cela m’a fait progresser. Au-delà d’un encadrement classique, je tenais à proposer aux enfants le stage dont j’avais toujours rêvé. Un stage avec du matériel ludique et adéquat, de bons entraîneurs et une pédagogie qui les poussent à s’éclater. Lorsque les infrastructures du club s’y prêtent, les enfants dorment sur place. “Have fun” : c’est le plus important pour progresser. Aujourd’hui, La Tom Boon Academy en chiffres, c’est une trentaine de stages annuels organisés en Belgique et à l’étranger. 16 partenariats avec des clubs belges et 6 avec des clubs internationaux. Près de 2000 enfants âgés entre 6 et 15 ans y participent chaque année et nous avons déjà formé près de 200 coachs qui ont tous évolué en division d’Honneur. De mon côté, j’essaie d’être présent dès que c’est possible. Former les enfants, C’est un sentiment différent mais aussi fort. J’adore passer du temps avec ces gamins. Tout ce qu’ils nous offrent en retour, c’est juste fabuleux. Parfois certains n’osent pas me regarder mais très vite on joue ensemble et ça fonctionne super bien. "

Le golf, une nouvelle passion 

Parlons un peu de golf : comment avez-vous découvert ce sport ?

" J’ai été invité au Men’s day des hockeyeurs à Waterloo en septembre 2015. Je n’avais jamais touché un club, mais j’ai eu la chance de croiser Nicolas Colsaerts au practice. Il m’a donné deux trois conseils avant de jouer mon premier parcours. Au printemps suivant, je suis venu régulièrement taper des balles à Boitsfort. Je n’avais pas de clubs, je faisais un petit 9 trous de temps en temps. Depuis plus d’un an, je suis membre au Golf 7 Fontaines et j’essaie de jouer 18 trous une fois par semaine. Je n’avais encore jamais mordu autant à un autre sport. Dès que je ne joue pas pendant un moment, ça me manque. Il y a des choses à prendre dans tous les sports. La concentration ou savoir décortiquer un mouvement, c’est très important au golf et ça peut me servir au hockey.

Certains entraîneurs disent même que mon shoot est meilleur depuis que j’ai commencé le golf. Quand on est en tournoi à l’étranger on joue souvent un 18 trous. Il y a une dizaine de joueurs qui sont vraiment motivés et deux ou trois qui jouent très bien. Arthur Van Doren par exemple, est très fort, à croire qu’il est dur à battre dans tous les sports... C’est le seul qui est single handicap (un handicap inférieur à 10, ndlr). Florent Van Aubel et Felix Denayer se débrouillent aussi très bien. Avec Cédric Charlier et Gauthier Boccard, nous sommes justes derrière. Je joue également parfois avec Thomas Detry, numéro 2 du golf en Belgique. Nous nous sommes rencontrés lors d’une séance de crossfit et on essaie de s’entraîner ensemble et de placer un 18 trous dès que c’est possible. La vie de sportif professionnel n’est pas classique, c’est enrichissant de partager avec lui sa philosophie et son approche. 

Ce que vous préférez dans le golf ?

" Le moment où tu entends ce bruit et que tu réalises que la balle est bien touchée et qu’elle va partir tout droit, c’est jouissif. Contrairement au hockey où un mauvais contrôle ou une sale passe aura moins d’importance sur l’ensemble d’un match, au golf tous les coups comptent. Il faut apprendre à se battre contre soi-même, ça demande une concentration de tous les instants. Le hockey est un sport plus instinctif.

Quel est votre handicap ?

" 11.6. "

Que répondez-vous à ceux qui disent que le toucher au golf est nettement plus agréable qu’au hockey ?

"Je leur dirais de venir voir jouer les Red Lions (rires)."

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