Nenu, le resto vietnamien qui bouscule les codes

"Depuis qu’on a visité Nénu, Carlo me tanne pour qu’on y retourne. C’est assez rare que pour être souligné. Ce restaurant vietnamien qui s’est affranchi des codes visuels du genre est une vraie pépite, dans une fourchette de prix très raisonnable".

textes et photos : Carlo de Pascale et Florence Hainaut |

 

Dans une petite rue entre l’avenue de la Toison d’or et l’avenue Louise, Nénu s’est défait des codes traditionnels des restos vietnamiens. L’endroit est grand, « la luminosité est meilleure que dans le dernier qu’on a fait ensemble », note la cadette de Carlo, toujours prête à donner un coup de main pour nos chroniques. Parquet par terre, tables bistrot en marbre, chaises en velours pour séants délicats, briques apparentes, grandes plantes vertes et immense verrière dans la salle du fond… Avant que le menu n’arrive, on jurerait se trouver dans un de ces restos branchouilles à espuma de betterave. Mais que nenni. Nénu, c’est le bébé de Tutu Pham qui a usé ses fonds de culotte dans le resto familial Nénuphar à Woluwe-Saint-Lambert, une institution pour les amateurs de cuisine viet’. Des recettes traditionnelles, il a gardé la substantifique moelle avant de s’atteler à un léger dépoussiérage. Et ça fonctionne à merveille.

Petits plats à partager

En vietnamien, « petits plats à partager » se dit « anh nhau » et ils n’ont pas attendu la mode des restaurants conceptuels pour s’y mettre, ça fait entièrement partie de la culture culinaire du pays. De toute façon, Carlo et moi on passe tous nos repas à chiper dans l’assiette de l’autre, donc ça nous convient.
On choisit un peu au pif parce que tout nous fait de l’oeil : des banh-cuon, soit des crêpes de riz à la vapeur aux champignons et porc haché, servies ici avec de la coppa croustillante. « Top », annonce mon voisin, lapidaire. Une salade de papaye verte au boeuf séché que je m’attribue directement, ma passion dévorante pour ce plat ne souffrant pas de détails tels que « politesse » et « partage ». Pas mal sans être la meilleure que j’ai mangée, elle manquait sans doute un peu de relief. Parfaites, par contre, les palourdes au lait de coco et combava (un agrume puissant qui va avec tout, du moins c’est ce que j’aime à croire quand j’en mets dans mon thon mayo). « Ils ont mis la dose de sauce poisson » analyse Carlo, qui n’aime pas trop ça. « Mais l’équilibre des saveurs sucrées, salées et acides est tellement parfait qu’ils peuvent pousser les goûts à l’extrême sans que jamais ça ne dérange. »

 

 

 

Le meilleur de Bruxelles ?

Arrive la ventrèche de porc grillée aux cinq parfums, très très barbecue, alanguie sur un lit de daikon (radis) acidulé qui vient illustrer la parfaite harmonie décrite plus haut. Carlo vire lyrique : « Même le riz est parfait ! Poli, glacé, il donne envie de faire comme les asiatiques, ne pas le mélanger mais en faire des petits bouchées à manger seules. D’ailleurs vous savez pourquoi les Asiatiques évitent de baigner leur riz dans la sauce ? Parce qu’après il est impossible à manger avec des baguettes. » « Et alors ? » tempète l’enfant qui se débat avec une bouillie de grains détrempés. On termine avec un honnête butternut rôti au lait de coco et feuilles de citronnier et la spécialité maison, la cuisse de poulet fermier désossé façon banh-mi (ce sandwich croustillant que vous devez goûter au moins une fois dans votre vie). « On tient un truc qui pourrait bien être le meilleur resto viet de Bruxelles » ronronne Carlo. Certes. « Mais je n’ai pas dit que c’était le cas, hein ! » C’est bien noté. Le serveur insiste, il faut qu’on goûte le yaourt glacé au pralin et chocolat. Et il a eu raison, c’est incroyablement bon.

 

L’addition

On paie 93€ à 3, en ayant bu de l’eau et en ayant mangé plutôt léger. Le service est par ailleurs charmantissime. Prévoyez juste une tenue de rechange si vous comptez aller draguer après, on sent un peu la ventrèche en sortant. Mais on reviendra sans l’enfant pour s’enfiler les cocktails qui ont l’air tentant. Et pour les amateurs, notez que le vin est plutôt sans sulfites ajoutés.

Nénu, 21 rue Dejoncker, 1060 Bruxelles. Ouvert du mardi au samedi de 12h à 14h et de 19h à 22h.

 

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