4 créatrices de bijoux belges à découvrir

Parce qu’on ne porte plus nos bijoux comme il y a dix ans, certaines créatrices, qui suivent de près les tendances et qui cultivent un solide penchant pour les voyages et l’art de vivre, ont choisi de les réinventer, de s’amuser. Leur point commun : avoir saisi qu’en 2018, les femmes aiment mixer le vrai et le faux avec désinvolture et un brin d’humour.

PAR MARIE HONNAY. PHOTOS D.R. |

1. Le Néovintage : Axelle Delhaye

Le point de départ

Passionnée de bijoux anciens depuis toujours (sa grand-mère en portait beaucoup), la Bruxelloise Axelle Delhaye se découvre une passion : chiner. Il y a cinq ou six ans, elle commence à courir les marchands et démarre une collection. Jamais des pièces trop rares ou trop précieuses car l’objectif d’Axelle est de les transformer : "J’ai beaucoup trop de respect pour le bijou que pour détruire de belles créations. Mais en Angleterre, là où je me fournis majoritairement, le choix de pièces victoriennes est tellement large que je trouve mon bonheur. Je crois que le public apprécie cette idée de recycler l’ancien et de le reporter dans une version modernisée comme je le fais."

Pourquoi c'est une bonne idée ? 

Ce sont les pièces qu’elle déniche, mais aussi la manière dont elle les assemble qui donnent aux créations d’Axelle Delhaye une touche de modernité malgré leur patine. "Le bijou ancien a un côté forcément très sentimental qui plaît. Mes sautoirs – que je baptise en fonction de leur signification et de l’histoire que j’ai envie de raconter- sont enrichis de breloques à la symbolique forte. J’aime quand mes clients passent du temps dans la boutique et s’immergent dans mon univers. C’est aussi pour ça que j’ai invité d’autres créatrices (Maria Tash, Delfina Delattrez, Dorette...) dans mon espace du quartier Brugmann à Bruxelles." Une manière très actuelle de faire dialoguer l’ancien et le nouveau dans un néoboudoir.

Une longueur d'avance 

Ce qui rend l’approche d’Axelle Delhaye particulièrement intéressante, c’est son esthétique résolument éclectique. "À la boutique, j’ai mixé le caractère ancien du bâtiment (sa façade rétro, ses vieux châssis, son parquet patiné), les lignes très pures de l’intérieur et le mobilier vintage que j’ai chiné. Dans la vie, tout m’intéresse : tant la sobriété de pièces contemporaines que les créations d’Annina Vogel, l’une des créatrices de bijoux vintage que je respecte le plus. Mon objectif, à terme, c’est de pouvoir acquérir des bijoux toujours plus beaux et de m’exporter sur d’autres marchés. Je vais également exposer très bientôt mes bijoux dans une galerie parisienne."

www.axelledelhaye.com

2. La fantaisie 2.0 : Sophie Johnen, Mya Bay

Le point de départ

Il y a cinq ans, cette diplômée en sciences éco ferme une boutique de bijoux fantaisie qu’elle avait créée pour se faire la main (et décrypter les envies des femmes) et lance Mya Bay, un label centré sur le jonc, un bracelet en laiton doré à l’or fin fermé par un système ajustable breveté et gravé d’un message positif : "Je voulais un produit accessible et intemporel. Alors, j’ai choisi l’esclave, un classique de la bijouterie. Et le message ? Personnellement, je trouvais plus facile d’exprimer mes émotions au travers d’une phrase inspirante. À la boutique, j’avais aussi remarqué que les clientes qui s’arrêtaient devant un bijou gravé d’un mot ou d’un mantra s’attachaient tout de suite à la pièce en question."

Pourquoi c'est une bonne idée ? 

Passionnée de voyages, Sophie fréquente des restos et des hôtels en vue. Elle dévore des centaines de magazines et dissèque les pages Instagram des filles branchées. Son esprit “wanderlust”(avoir l’envie de voyager, ndlr) a joué un rôle clé dans la construction de l’identité Mya Bay. Sophie : "Mon enthousiasme s’exporte dans 25 pays. Mya Bay est distribué dans des bijouteries, mais aussi des boutiques de mode. D’abord parce que sur d’autres marchés, le concept de bijouterie fantaisie n’existe pas. Et puis, à mon sens, un univers mode est idéal pour véhiculer une identité comme la nôtre."

Une longueur d'avance 

À force de traquer les tendances, Sophie a compris que les filles branchées ne sont pas fidèles. Dès qu’un produit est trop vu, elles décident d’en changer : "Aujourd’hui, les joncs constituent encore 70 % de notre chiffre d’affaires, mais pour rester dans la course, nous développons de nouveaux produits. Cette saison, nous avons introduit l’émail. Dans l’idée d’ouvrir un jour une boutique propre, forcément orientée lifestyle, nous allons créer, dès septembre, des pop-up en Belgique et en France. L’occasion d’encore mieux comprendre nos clientes et ce qui les fait vibrer."

www.mya-bay.com

3. Le diamant réinventé : Untold 

Le point de départ

En 2002, la Belge Ineke Symoens rencontre Stefan Foubert à Las Vegas lors du JCK, le plus grand salon mondial dédié au diamant. Il est diamantaire. Elle, experte en marketing, mais surtout passionnée de cuisine, d’art, de culture. S’ils ne se sont pas mariés devant un clone d’Elvis, cette ville marque le début de leur histoire. De retour en Belgique, ils officialisent leur relation, font deux bébés et consacrent beaucoup de temps à leurs intérêts communs, pour le vin, notamment. Chaque fois que le couple reçoit des amis autour d’un repas, un sujet revient sur la table : le diamant. Au point de les inciter à organiser des soirées durant lesquelles ils initient leurs invités au caillou et à ses secrets. Il y a trois ans, boostés par le succès de ces rendez-vous, le duo crée Untold, une marque centrée sur un business model unique : la vente de pièces en diamant entièrement personnalisées et réalisées à la main.

Pourquoi c'est une bonne idée ? 

Acquérir un bijou en diamant reste un geste fort. D’où l’importance de se sentir rassurés quant à la provenance du bijou. Ineke : "Mon mari est dans le business depuis 24 ans. Il nous arrive d’inviter certains clients à Anvers pour qu’ils découvrent, de près, les secrets de la pièce qu’ils vont acquérir. Stefan leur explique, exemples à l’appui, qu’en marge du nombre de carats, la couleur d’un diamant, mais aussi sa pureté et sa taille, déterminent sa valeur. Nous poursuivons ensuite l’expérience en leur donnant la possibilité de codessiner leur bijou."

Une longueur d'avance

Mystérieux et fascinant, le diamant se prête merveilleusement à cette approche intimiste. Exclusif, mais toujours aussi populaire – notamment chez les Millenials, une génération qui se passionne pour cette pierre –, le diamant n’est plus réservé aux grandes occasions. Les consommateurs misent sur des pièces légères, voire des bijoux à plus petit prix, comme le bracelet Friendship d’Untold : un minidiamant certifié, fixé sur un fil de coton, qu’ils portent sur un jean. Mix de luxe et de bijoux du quotidien, la marque a réussi à rendre le diamant sympathique et accessible. Une gageure.

www.untold.world

4. Le luxe edgy : Kim Mee Hye

Le point de départ

En 2008, la Belge Kimy Gringoire rencontre un tatoueur-créateur de bijoux basé à Ibiza. Dans la foulée de ce voyage, elle suit des cours aux Arts et Métiers et se spécialise en joaillerie. La même année, elle imagine un anneau qui s’ouvre comme un boîtier et dans lequel on peut inscrire un message. Un bijou inspiré des alliances que certains couples se font tatouer sur le doigt. Deux ans plus tard, elle dessine une croix sans connotation religieuse. Pour moi, c’est juste un symbole qui invite à l’introspection et à l’intérieur duquel on peut faire graver un message. D’emblée, j’ai choisi l’or pour son côté intemporel et pur. Et puis, parce qu’à mon sens, c’est ce qu’il y a de plus beau. En 2012, forte de ces deux premières pièces, Kimy lance son label Kim Mee Hye, trois mots inspirés de son nom coréen calligraphiés dans un style très pur. Ultramoderne, comme les bijoux du label, ce logo reflète la modernité d’une marque qui entend bien casser les codes de la joaillerie de luxe.

Pourquoi c'est une bonne idée ? 

Kimy Gringoire ne s’interdit rien. Elle crée à l’instinct. Mais derrière son look branché et son esprit libre se cachent une détermination et un sens du style qui ne la trahit jamais. Depuis six ans, Kim parcourt le monde, fait craquer les modeuses, les rédactrices et les stylistes en réinventant le bijou et surtout la manière dont on le porte traditionnellement : ses bagues deviennent des tiges en or qui s’étirent le long du doigt ou squattent le bout des phalanges, ses bijoux d’oreilles désertent le lobe pour flirter avec le haut de celle-ci, ses bracelets s’invitent sur le dessus du bras et ses chokers ressemblent à des esclaves qui auraient choisi d’encercler le cou plutôt que le poignet. "Avec Kim Mee Hye, je cherche à proposer un bijou qui soit innovant, plutôt que juste ornemental. Dans notre atelier, nous passons beaucoup de temps à élaborer les attaches et les mécanismes qui permettent justement d’obtenir un rendu très contemporain."

Une longueur d'avance 

La force de Kimy est d’avoir su, d’emblée, créer une image forte, racée et un brin provocatrice, à mille lieues des codes qui régissent la joaillerie de luxe. Une image soulignée par un choix de mannequins/ muses et photographes pointus qui lui ont permis d’asseoir la marque dans un segment de niche. Vendue dans la crème des enseignes mode en Belgique, en Italie ou aux Etats-Unis, Kimy Gringoire est aussi la chouchoute des stars, dont Marion Cotillard, fan de ses bijoux d’oreilles sculpturaux qu’elle n’hésite pas à afficher sur les tapis rouges, dont celui de Cannes en mai dernier. Un jour à Bâle (preuve qu’elle a gagné sa place dans le monde du luxe), le lendemain à Londres, New York ou Vegas, Kimy a réussi à changer la manière dont nous portons nos bijoux en faisant souffler un vent de fraîcheur sur un secteur qui n’en finit décidément pas de se réinventer.

www.kimmeehye.com

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