Les mots du monde d’après Gilles Dal : « Body positive »

... Ça y est ! Je vis dans le fameux “monde d’après”. D’après quoi ? D’après avant, j’imagine. Enfin, il faudrait que je demande. Mais je ne sais pas à qui. Tout est si confus.

PAR GILLES DAL. PHOTO LAETIZIA BAZZONI. / Monika Kozub on Unsplash |

Àvous qui ignorez en quoi consiste le mouvement “body positive”, réjouissez- vous, car d’ici quelques secondes, vous allez le savoir ! À condition que vous lisiez cette chronique, bien entendu. Il s’agit, pour faire bref, du combat pour l’acceptation de soi, en dehors des canons classiques de la beauté. Jusque-là, rien à redire : il faudrait être d’humeur sacrément chafouine pour rejeter cette idée, d’autant qu’elle est née en réaction à l’odieux “body shaming” qui, rappelons-le, consiste à se moquer du physique d’autrui sur les réseaux sociaux. Critiquer ce mouvement serait donc aussi incompréhensible que critiquer l’oxygène, critiquer l’amour ou critiquer les paillassons (je reconnais que je n’ai pas trouvé de super troisième exemple, mais c’est un fait : je n’ai encore jamais rencontré d’opposant radical aux paillassons).

Et pourtant ! Il se trouve que le mouvement “body positive” a essuyé de vives critiques, pour se voir même classé dans la catégorie des fausses bonnes idées, au même rang que caresser un lion affamé, ouvrir sa fenêtre dans un car wash, ou intervenir dans une polémique sur Internet dans l’espoir de tenter de mettre tout le monde d’accord. Diable, me direz-vous, mais comment peut-on trouver à redire à pareil mouvement ? Eh bien, pas de panique : je vais vous répondre. En trois points, encore bien.

Premier point : à cause de l’injonction du “body positive” à se sentir toujours bien, certaines personnes mal dans leur peau se sentiraient encore plus mal... de se sentir mal. Fichtre !

Deuxième point : ce mouvement serait intolérant, puisqu’aux yeux de ses militants les plus radicaux, si une personne qui ne se trouve pas assez musclée décide de faire de la salle, elle trahit la cause, en se vautrant dans les canons les plus éculés de l’esthétique imposée. Bigre !

Troisième point : certains soutiens du mouvement, dont le physique ne les exposait a priori à aucune discrimination, se sont vus accusés de s’approprier un combat qui, du fait de leur plastique, ne pouvait être le leur. Le mouvement porterait donc en lui des dérives sectaires. Diantre !

Autant de “sérieux bémols” qui ont participé à son déclin au profit du “body neutrality”, mouvement consistant à accepter que, certains jours, on aime son corps, et d’autres jours, on ne l’aime pas. Ce qui, comment dire... ne constitue pas, à proprement parler, une révélation. Ledit mouvement fut toutefois balayé à son tour par un autre mouvement, militant quant à lui pour qu’on cesse de tant se focaliser sur les apparences. J’attends pour ma part l’étape suivante : un mouvement qui militerait contre les mouvements militant contre quelque chose. Car c’est ainsi, la grande roue du progrès ne cesse jamais de tourner...

 

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