On a testé : El camión à emporter

Si vous ne pouvez pas aller au restaurant, le restaurant viendra à vous. El Camion, c’est un foodtruck que Carlo et Florence fréquentent depuis des années sans jamais se lasser.

Texte et photos Fliorence Hainaut et Carlo de Pascale. |

J’habite non loin d’une friterie, et quand je m’embête je regarde les gens faire la file plus d’une heure pour un petit sachet sauce brazil, une croquette viande et un poulycroc. Aucun jugement de ma part, début janvier, avec Carlo, on attendait une heure sous la neige pour manger un hamburger de chez Rambo qui, soit dit en passant, valait chaque minute d’attente. J’avoue que j’aime assez cette nouvelle façon qu’ont les gens de ne pas bouillir d’impatience. Aller chercher à manger en dehors de son lieu de confinement est devenu un petit luxe qui ne souffre pas du rapport au temps du monde d’avant.

Ca fait plus de dix ans, dans mes souvenirs, que Joël Geismar s’arrête sur les marchés bruxellois avec son camion fantastiquement vintage, ses recette lèches-doigts et sa sélection de vins nature et de bières belges. Sur ses tables et bancs en bois j’ai ri, pleuré,  refait le monde (en vain), je me suis fait voler mon sac à main (et je suis arrivée passablement éméchée au commissariat, un grand moment). Et j’ai mangé, mangé, mangé. J’ai des souvenirs précis de plats qu’il faisait en 2015. Il fut une époque pré-pandémie où Joël garait régulièrement son camion à la RTBF, « Ca changeait du mess » estime Carlo qui est prêt à faire le trajet à genoux pour manger sa mitraillette au canard confit. Comme je le comprends.

Du pain perdu

Longtemps associé au Garage à Manger, à Ixelles, Joël a repris El Camion à temps plein il y a deux ans. En période de confinement, et trois fois par semaine, il provoque des files sur les marchés qu’il investit. Je suis passée au très chic marché Brugmann, un vendredi après-midi. J’aurais vendu mon chat pour un pain perdu mozarella-tartufata (7€). Un truc vraiment crapuleux, qui fait des fils de fromage et des gouttelettes de gras, avec lequel on se brûle la langue tout en hurlant de joie. Un classique du Camion que les habitués n’accepteraient jamais de voir disparaître. Ce jour-là, Joël profitait du début de la saison pour proposer également une version mozza-pesto à l’ail des ours. Mes aïeux, c’était fabuleux. Et c’est tout bête : du pain de mie (de la veille), fourré à la mozza effilochée et au pesto (ou à n’importe quoi, en fait), coupé en triangle, trempé dans du lait, de l’oeuf et de la chapelure (faite maison, évidemment) et plongé dans la friteuse. Un brin moins grassouillets : les accras de lieu noir (8€), pesto à l’ail des ours, au persil et aux palourdes (oui, le mollusque. Idée de génie.) 

 

Et des burgers

Dans la cuisine de Joël, tout est simple mais brillant d’ingéniosité. Prenons l’exemple du burger végétarien (8,50€) : le pâton est un mélange légumineuses (lentilles corail, pois chiches et haricots) cuites avec des légumes coupés menus, mélangées à de la farine de pois chiche et des blancs d’œufs, des épices et des herbes fraiches. Joël le passe à la friteuse pour lui donner un côté croquant. Sur son bun (de chez la Fleur du pain), il ajoute un pickles d’oignons rouges et un légume lactofermenté, ici du chou rouge parce que c’est la saison.

Comme tout le reste, sa mayonnaise est faite maison. Il la mélange avec le jus des pickles préalablement réduit et des herbes fraiches. Alors je n’ai rien contre les Bicky, mais avouez que ça ne boxe pas dans la même catégorie. Pour les plus viandeux d’entre nous, il existe une version boeuf de chez Dierendonck (la star des bouchers, le boucher des stars) et scamorza  (9,50€) et une au boudin basque au piment d’espelette de Christian Parra (11€). Tout à l’air simple, tout est le fruit d’un travail minutieux et d’une sélection pointue de ses fournisseurs. En attendant la cuisson du burger, je sirote discrètement une pils Redor de la brasserie Dupont (2,50€) et j’embarque une bouteille de rouge légèrement pétillant (17€) des Brand Brothers, deux petits génies allemands du vin nature. 10 degrés de décadence qui se sont avérés de parfaits compagnons pour mon pâton végétarien. Après, j’ai fait une sieste. En souriant d’aise.

Où le trouver ? Le lundi après-midi place Van Meenen à Saint-Gilles, le jeudi au marché Albert à Forest et le vendredi place Brugmann. info@elcamion.be

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