Dans la tête de votre coiffeur

Parce que la clientèle masculine devient toujours plus pointue, que les réseaux sociaux rythment les tendances et que l’expérience wellness devient prioritaire dans les salons pour ces dames, le métier de coiffeur est en pleine mutation. Focus sur une profession qui se réinvente.

PAR MARIE HONNAY. PHOTOS D.R. |

Juin 2018, Rotterdam. Nous nous sommes glissés dans les coulisses d’un rendez-vous professionnel qui a rassemblé, à l’initiative de la marque Redken, un peu moins de 200 coiffeurs belges et luxembourgeois. Le thème du week-end : les tendances hommes. Un nouveau créneau porteur, en phase avec les besoins et les attentes des consommateurs. Mais le marché de la coiffure masculine n’est pas l’unique enjeu auquel font face les coiffeurs qui, pour rester dans la course, doivent pouvoir jongler avec les tendances et les techniques en vogue, communiquer efficacement sur les réseaux sociaux et offrir à chaque client un service personnalisé, voire taillé sur mesure.

Un service personnalisé

Lorsqu’on leur demande ce qui a changé dans leur métier ces dix dernières années, la majorité des coiffeurs esquisse un sourire et répond “Tout !” À commencer par les clients eux-mêmes. Un exemple : la femme des années 80 au style de vie aussi figé que son brushing n’existe plus. Les dames ont espacé leurs rendez-vous et tendent vers plus de naturel. Elles n’ont plus le temps de s’attarder, veulent des résultats immédiats et ne voient plus leur rendez-vous comme le point culminant de leur semaine. Certaines vont à la salle de sport, voire à la piscine directement après être passées au salon.

Le phénomène est aussi perceptible côté hommes. Lorsqu’un client s’est lavé les cheveux le matin même, le coiffeur lui propose une coupe à sec. On lui réserve toutefois d’autres attentions : une serviette chaude parfumée aux huiles essentielles pour se rafraîchir le visage et, s’il retourne au bureau dans la foulée, un lavage après la coupe pour le débarrasser des petits cheveux qui squattent sa nuque. Le mot d’ordre est la personnalisation. Une coiffeuse nous explique que bien souvent, quand une cliente s’installe dans un fauteuil, la première chose qu’elle dit, c’est: "Enfin, je peux m’asseoir." Elles veulent être écoutées et se sentir comprise d’un bout à l’autre du rendez-vous. Ce qui prime aujourd’hui, c’est le dialogue. Avant de toucher à l’un de vos cheveux, le coiffeur vous pose d’abord des questions comme "Faites-vous du sport tous les jours ?" ou "Comment vous coiffez-vous le matin ?"

Un style à liker et de la facilité

À en croire nos experts, non seulement les clients ont plus de personnalité qu’avant, mais ils sont également beaucoup mieux informés des tendances. Avant de pousser la porte d’un salon, ils font leurs petites recherches sur Internet, Pinterest ou Instagram, sont au courant des coupes en vogue et des innovations en matière de coloration.

On tend aussi vers plus de simplicité. Les femmes ne veulent plus aller chez le coiffeur aussi souvent qu’avant. De manière générale, mêmes lorsqu’elles ont les moyens, elles veulent une coloration qui tient longtemps. Ce qui a également changé, c’est l’intérêt des clientes pour les produits naturels. Lorsque certains salons ont introduit les colorations sans ammoniaque, il y a six ans, il fallait les proposer aux clientes. Et depuis environ deux ans, ce sont elles qui les réclament.

Ce style naturel a détrôné les mèches et autres concepts classiques qui ont perdu du terrain. Pas uniquement pour des raisons financières, nous ont confirmé les propriétaires de salons. Aussi parce que les gens partent plus souvent en vacances et consacrent du temps à d’autres choses.

Les hommes savent pourquoi

Quant aux hommes, ils ne sont plus du tout à la traîne en termes de tendances, et lorsqu’ils accrochent à un style, à un produit ou à un coiffeur, ils sont archi-fidèles. Alors qu’une femme a tendance à planifier sa visite chez le coiffeur, une sorte de pause dans leur semaine, les hommes viennent plus souvent à l’improviste.

Un métier en perpétuelle (r)évolution

Ces dernières années, le métier a fortement changé. Pour cette raison, certains patrons choisissent aujourd’hui de faire appel à des experts en marketing et communication, des attachés de presse, des spécialistes en réseaux sociaux, en ressources humaines et en formation continue. Car beaucoup le déplorent: le métier reste très dévalorisé. Pourtant, en plus d’être artistes, artisans, voire experts en coloration, les coiffeurs sont aussi parfois un peu psys. Comme nous l’a rappelé la jeune collaboratrice d’un salon, "20 % des femmes de 30 à 45 ans attendent de leur coiffeur qu’ils changent leur look. À cet âge, elles sont souvent à un tournant de leur vie. Le secret, c’est de leur redonner confiance, de les convaincre qu’elles sont belles. Si elles se sentent écoutées et que la coupe est réussie, c’est gagné!"
L’autre difficulté, c’est la rapidité avec laquelle les tendances vont et viennent. Le boom des barber shops qu’on a pu observer il y a six ou sept ans sous l’influence des hipsters est déjà en train de s’estomper. Une nouvelle mutation est en route. Le mot d’ordre : androgynie !

Nos remerciements aux salons Italia à Ath, According to My Style à Luxembourg, Marco à Waterloo, Primahair à Soignies, Thonet à Marche, Instinctif à Luxembourg, DD’coiff à Durbuy, Emotion Couleur à Berchem- Saint-Agathe, Just Seb à Liège, XYZ à Charleroi et Arlon, Rock N Roll Hair à Fléron, Cedryc à Namur et Igorance à Luxembourg pour leur contribution à cet article.

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