Le boom du mobilier vintage relooké

Redonner vie à des meubles vintage, le passe-temps tendance de certains bricoleurs qui en font un métier, et une nouvelle manière de consommer la déco. Rencontre avec un jeune entrepreneur passionné.

Par Sigrid Descamps. Photos Green Deco. |

 

Rue Jules Bouillon à Ixelles, une large porte de garage recouverte d’une fresque chamarrée. C’est dans les sous-sols de Cinetec, une entreprise spécialisée dans la location de matériel de tournage, qu’Yves Franquet a installé l’atelier de Green Deco en juillet dernier. « Je suis arrivé ici un peu par hasard, nous explique-t-il en souriant. Au départ, je cherchais un espace plus près de chez moi, du côté d’Auderghem, mais en plaçant une annonce sur Facebook, j’ai reçu cette proposition de Cinetec, qui tombait bien : la rénovation de mobilier génère pas mal de poussière et ici, ça ne pose pas de problème ; le loyer est peu élevé – je paie environ l’équivalent de trois places de parking, ce qui m’arrange vu que le projet est toujours en phase de test. Enfin, ici, en plus de la place, Cinetec me laisse utiliser de temps en temps ses grandes tables de travail et ses outils. »

Les effets positifs de la crise

L’idée de Green Deco a germé chez Yves, il y a un peu plus d’un an, lors d’un séjour à New York. « Dans le métro, j’ai vu une affiche pour un commerce en ligne qui vendait des meubles vintage avec service de livraison. Je me suis dit ‘Pourquoi ne pas décliner ce concept chez nous ?’, d’autant qu’à Bruxelles, quand on ne dispose pas d’un véhicule, il est parfois compliqué de ramener chez soi un achat lourd, tous les magasins ne proposant pas de service de livraison. »

C’est pourtant encore une fois le hasard, ou plutôt une succession d’événements, qui le mènera à concrétiser ensuite son projet. « Peu avant ce voyage, j’avais été licencié de la société de télécommunication, où je travaillais comme responsable marketing. Je souhaitais changer de domaine d’activité et passais des entretiens dans ce but. A mon retour, j’étais d’ailleurs en lice pour un poste, lorsque que la pandémie est arrivée. Tout a été gelé. Green Deco est alors revenu sur la table. J’avais suivi une formation pour lancer son projet en tant qu’indépendant, j’ai développé mon business plan, et j’ai contacté Be Circular (un programme régional qui soutient des projets d’activités en économie circulaire, ndlr), qui a trouvé l’idée intéressante.

Il existait déjà des sites de vente de mobilier en ligne, mais ici, je proposais tout un cycle : j’achète en seconde main, je recycle, je rénove et je fais livrer en mode green. » Toutes les livraisons (jusqu’à 60 kilos) sont effectuées à vélo par Dioxyde de Gambettes, une coopérative à vocation sociale. « Je suis la première entreprise pour laquelle ils transportent des colis aussi volumineux, qu’ils fixent à l’arrière du vélo-cargo ou placent dans un chariot. J’offre la livraison jusqu’à 50 kilos. Au-delà, je demande 35 euros. »

Du mobilier de seconde main uniquement

Depuis cet été donc, chaque semaine, ce passionné de bricolage et de mobilier vintage part donc en quête de pièces dont d’anciens propriétaires ne veulent plus, qu’il ramène ensuite dans son atelier pour un relooking complet. On voit là, un portemanteau des années 40 avec des patères métalliques et un grand miroir. Là, un vieux bureau, ici, des chaises type bistro, des tables de chevet, ou encore un vieux meuble-bar des sixties en contreplaqué… « Je n’achète qu’en seconde main et, de préférence, dans des entreprises à vocation sociale. Je trouve la plupart à la Recyclerie de Saint-Gilles, une asbl d’insertion sociale, mais aussi chez Remar, une autre asbl solidaire. Je jette aussi de temps en temps un œil sur Market Place et puis, parfois, j’en trouve directement dans la rue même. C’est dingue le nombre de meubles qui finissent à la déchetterie. Moi, je préfère leur donner une seconde vie. Je ne suis pas intéressé par une décennie ou par un style précis, je fonctionne au coup de cœur : quand je regarde un meuble, je vois son potentiel, j’imagine déjà ce que je vais en faire. Et j’opte pour des pièces bon marché, car le but au final, est aussi de vendre des meubles relookés à prix démocratique. »

En somme, Yves réalise ce que tout passionné un peu débrouillard pourrait faire lui-même. « On me l’a déjà fait remarquer, confirme l’intéressé en riant. Je ne suis d’ailleurs pas ébéniste, je suis électronicien de formation, mais j’ai toujours aimé bricoler. J’avais déjà retapé plusieurs meubles à titre privé et je n’avais jamais imaginé en vivre un jour. Une dame m’a un jour dit ‘Je pourrais le faire moi-même si j’avais le temps’. C’est vrai ! La différence, c’est que moi, j’ai ce temps ; les meubles ne restent pas dans un coin en attendant qu’on s’en occupe, je leur consacre désormais toutes mes journées. »

La force des réseaux sociaux

En quelques jours, Yves transforme donc ses trouvailles, les ponce, les répare, retire parfois l’une ou l’autre fioriture, remplace des poignées, vernit, repeint… « Je m’inspire pas mal de ce que je vois sur les réseaux sociaux - Instagram notamment est une mine d’or - ou dans les magazines. Ce qui est parfois pour moi le plus difficile à choisir, c’est la bonne couleur (rires). Il m’arrive d’ailleurs de demander l’avis des gens sur les réseaux sociaux quand j’hésite entre plusieurs tons. Je suis parfois surpris de l’engouement que les posts suscitent : les gens sont hyper réactifs, que je leur demande un avis sur une création ou un conseil couleur. »

Parfois, le seul choix de la teinte fait en effet basculer vers l’achat… ou pas.  Achat qui s’effectue en ligne, mais aussi par le biais de quelques points de dépôt-vente comme l’atelier-boutique Blush (7 rue du Fort à Saint-Gilles) et l’espace d’économie circulaire Yuman Village (123 chaussée de Charleroi à Saint-Gilles). « D’autres vont venir s’ajouter, je reçois de plus en plus de propositions. Dans un premier temps, Green Deco se spécialise dans la rénovation de mobilier à destination de particuliers. Cela fonctionne bien grâce au bouche-à-oreille et aux réseaux sociaux, mais je ne suis pas encore rentable. Toutefois, à moyen terme, j’ai envie de collaborer aussi avec des établissements de l’horeca et des espaces de coworking, pour y aménager des coins cosy en mode vintage par exemple, et à long terme, d’en faire une coopérative à vocation sociale où je pourrais engager des gens dans le cadre d’un programme de réinsertion. »

Greendeco.be