Trois boulangeries artisanales à Bruxelles

Oubliez les baguettes molles, les pains compacts et les viennoiseries sans saveur. L’heure est au pain nourrissant et aux baguettes croustillantes. Ces trois boulangeries bruxelloises ont fait le pari du retour à l’artisanat... pour ravir nos palais !

PAR LAURA SWYNEN. PHOTOS D.R. |

Dans un monde où tout est facilité par des machines toujours plus rapides et où la rentabilité prime sur la qualité, des boulangers intrépides retroussent leurs manches et remettent littéralement la main à la pâte. Guidés par le plaisir, le goût ou leur conscience environnementale, ils fuient autant que possible la technologie et privilégient le travail à la main. De la sélection des ingrédients à la cuisson, ils ont fait le choix de revenir à un pain plus authentique. Farine écrasée sur meule de pierre, levain naturel et céréales d’antan, ils renouent avec les fondements du métier de boulanger...

1. La boule, du four au comptoir

Cette boulangerie située près de la Porte de Hal, à Bruxelles, est à l’image de son propriétaire : brute, humble et authentique. Parce qu’il n’a rien à cacher, Vincent De Troy prépare ses baguettes et viennoiseries sous vos yeux, son atelier se situant juste à l’arrière de sa boutique. Pendant que vous passez commande, vous pouvez même jeter un coup d’œil furtif à son four et profiter des doux effluves de cuisson.

Véritable passionné, Vincent pourrait vous parler de ses pains pendant des heures. S’il semble intarissable sur le sujet, c’est pourtant un peu par hasard que cet ancien graphiste a mis la main à la pâte. "J’ai commencé à faire du pain il y a onze ans. Je venais d’être papa pour la première fois et j’étais un peu nerveux. " Choisir ses céréales, pétrir la pâte, façonner son pain : l’activité devient vite bien plus qu’un simple hobby. Pendant une décennie, le graphiste régale ses enfants et son entourage avec ses pains maison. "Je fais toujours goûter mes préparations par mes trois enfants, c’est le jury le plus critique", rigole le papa boulanger.

Une boulangerie à la Proust

Doucement mais sûrement, Vincent envisage sa reconversion sous les encouragements de ses proches. Il inaugure, en septembre 2018, La Boule. "Mon dernier boulot de graphiste fut de concevoir mon logo", s’amuse-t-il.

Chez La Boule, on se régale de pains au levain naturel, de baguettes à l’ancienne à base de farine locale mais aussi de viennoiseries, des croissants classiques aux originaux palmiers à la noisette et roulés pistaches cranberry. Le boulanger autodidacte teste chaque jour de nouvelles recettes, son objectif étant de retrouver les saveurs et la texture de ses madeleines de Proust. "J’ai des souvenirs de brioches moelleuses et de baguettes inoubliables que j’avais savourées en Bretagne", raconte Vincent avec nostalgie.

Au vu de son immense sourire et sa bonne humeur, il est indéniable que le boulanger ne regrette pas sa décision. "C’est un métier très prenant, mais je ne regrette pas mon parcours. Le graphisme m’amène à accorder une grande importance aux visuels de mes produits car, un pain ou une baguette, on les mange d’abord avec les yeux", conclut l’artisan.

2. Boulengier, la machine à remonter le temps 

Balance à l’ancienne, baguettes authentiques façonnées à la main et emballées dans du papier de soie : lorsque l’on franchit les portes de cette charmante boulangerie située rue Volders, à Bruxelles, on a l’impression d’avoir fait un bond dans le temps. Pourtant, Boulengier n’est ouvert que depuis un an. À la tête de l’établissement se cache un ambitieux trio : Marc, photographe, Christopher, qui travaillait dans le secteur de la communication, et Mathieu, un maître boulanger normand qui pétrit la pâte depuis quinze ans.

"Notre objectif était de se différencier le plus possible des pains vendus en supermarché. Nous souhaitions proposer aux Bruxellois un pain de qualité, réalisé de manière ancestrale à partir d’ingrédients aussi naturels que possible", expliquent-ils. Oubliez donc les listes d’ingrédients XXL pleines d’additifs et autres conservateurs E + numéro douteux. Dans cet établissement, on ne sert que des pains et viennoiseries conçus à partir de farine bio, de levain naturel et autres ingrédients issus du commerce local.

Le secret d'une bonne croûte

Chez Boulengier, tout est transparent, même le mur qui sépare la boutique de l’atelier. "Notre pâte fermente pendant au moins 48 heures. Plus cette étape est longue, plus la mie sera alvéolée et la croûte croustillante ", raconte avec passion Mathieu, le boulanger. L’établissement propose aujourd’hui une quinzaine de pains, des classiques aux variétés plus spécifiques réalisées à partir de céréales originales.

Retravailler les anciennes céréales est dans l’air du temps. "Pour répondre à la demande de nos clients, nous préparons des pains à partir de blé rouge ou encore d’épeautre doré", expliquent les propriétaires. En un an, Boulengier a réussi à se hisser parmi les boulangeries les plus populaires de la capitale. La boutique ne désemplit pas et les stocks s’amenuisent à vue d’œil, au plus grand dam des lève-tard. "Le bouche-à-oreille a bien fonctionné. Si bien qu’aujourd’hui nous avons même des clients du Brabant wallon qui viennent jusque chez nous uniquement pour acheter leur pain", conclut fièrement la fine équipe.

3. Hopla Geiss, où tout se façonne à la main 

Le pain d’Hopla Geiss, c’est comme l’avenir : il appartient à ceux qui se lèvent tôt ! Dès 8 h, les clients s’affairent devant les portes de cette étrange boulangerie qui ressemble davantage à un atelier qu’à une boutique. Intrigués par le cadre atypique de l’établissement, les Saint-Gillois ont vite laissé de côté leurs a priori en apercevant les appétissantes baguettes façonnées par les mains expertes de Dimitri Pierrot.

Ici, dans cet ancien restaurant alsacien transformé en boulangerie, on se délecte de pains au levain, de baguettes à l’ancienne et de brioches, le tout sans additifs et conservateurs chimiques. L’ingrédient secret qui est à la base de toutes ces alléchantes créations ? Une farine de (grande) qualité. "J’ai travaillé à proximité de l’industrie céréalière. C’est un milieu opaque, le client ne sait jamais vraiment ce que contient un paquet de farine. J’ai donc opté pour une farine bio et locale", explique le jeune boulanger qui partage sa passion avec son équipe, mais aussi, à ses heures perdues, des personnes en réinsertion professionnelle dans le cadre d’une formation initiée par la Ville de Bruxelles et la mission locale d’Ixelles.

Authentique et transparent

Ce désir d’authenticité ne se reflète pas uniquement sur la sélection des ingrédients, il se voit aussi dans le nombre de machines présentes à son atelier. À gauche de l’entrée, on aperçoit un pétrin qui vrombit sous le poids de la pâte à brioche. À droite, se trouve un grand four où cuisent les dernières fournées de baguettes au pavot. Et... c’est tout ! "Nous façonnons tout à la main. Nous essayons de réduire au maximum notre empreinte carbone. Nos livraisons se font à vélo et nous limitons nos variétés de pains à une dizaine afin d’éviter les invendus."

La popularité d’Hopla Geiss se mesure à la rapidité à laquelle ses stocks s’épuisent. Si 90 % de la production va au secteur de l’Horeca, les 10 % restants s’arrachent, excusez-nous du jeu de mots, comme des petits pains. À midi, vous n’êtes déjà plus certain d’y trouver votre bonheur. Ce succès, le boulanger l’attribue au retour en force des artisans et à la prise de conscience des consommateurs. Après la crise de l’artisanat, c’est un véritable plaisir de remettre la main à la pâte. On est enfin redevenus de vrais boulangers et plus des ouvriers.

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