Attablez-vous, la table raffinée à découvrir à Namur

Comme chaque semaine, Carlo de Pascale et Florence Hainaut nous emmènent au resto. Carlo est chroniqueur food et conso, Florence est journaliste. Ils aiment débattre sans fin sur les restaurants avec ou sans menu, les vins avec ou sans sulfites. Bref, ils aiment manger ensemble.

PAR FLORENCE HAINAUT ET CARLO DE PASCALE. PHOTOS D.R. |

Je vous le dis, on ne vous parle pas assez des bonnes tables namuroises. Et toute Namuroise d’origine que je suis, je reste confite de préjugés sur ma ville et sa capacité à innover. Sauf que, chez Attablez-vous, je n’ai pas bronché et j’ai pris une bonne leçon. Ça m’apprendra ! Carlo et moi (enfin, surtout moi ) avons un faible pour les tables qui réinventent le genre et dont on sort décoiffé et surpris.Il doit parfois me traîner par le chignon pour me faire asseoir dans des endroits plus classiques...C’était le cas ce soir-là.

On est où ? 

Nous sommes à quelques minutes en voiture du centre-ville, à La Plante, dans une villa plutôt BCBG avec parking (Alléluia!) et terrasse (vivement qu’il arrête de pleuvoir). Déco classique, service chic et attentif sans tomber dans le théâtral. L’endroit est connu des locaux depuis 30 ans. Si aujourd’hui c’est le chef Charles-Edouard Jeandrain, un monument de sympathie et de joie de vivre, qui occupe l’espace, il y a aussi usé ses fonds de culotte quand l’endroit s’appelait le Biétrumé Picar et que ses parents le tenaient. Le resto était une véritable institution, mais quand tout le monde s’est mis à faire des plats qui fument et à servir ses frites de patates douces dans des pots de fleur, il a semblé un peu pâlot et ankylosé. Résultat : fermeture des portes en 2011 et habitués inconsolables. C’était sans compter sur le gamin (qui doit faire 2 mètres, tout de même). Nous sommes en 2019 et – merci la vie – la cuisine moléculaire est allée fumer ailleurs. Cela fait cinq ans cette année que Charles-Edouard, passé entre autres par le Sea Grill d’Yves Mattagne, a repris le flambeau.

On y mange quoi ?

Le menu, pardi ! Il y en a plusieurs, entre 37 et 67 €. On opte pour celui à 52 € en 4 services. Les mises en bouche – velouté de butternut espuma de gorgonzola et ricotta aux anchois, saumon fumé et piquillos – sont plus travaillées que beaucoup de plats qu’on a pu déguster. Un monsieur très poli se promène avec une immense corbeille de petits pains maison, dont un "truffe champignons" assez audacieux.

Premiere entree : des coquilles Saint-Jacques normandes en chaud (panais, noisette, beurre blanc, tuile noisette) et froid (cremeux de chou-fleur, concombre, avruga, pomme granny). "Ca, c'est 9/10", miaule Carlo, alors qu'une boucle depasse de l'assiette que je suis consciencieusement en train de lecher. Oui, c'est grossier, mais pas autant que la grande tablee avinee qui hurle de joie, prouvant que les dispositifs antibruit de l'endroit ne peuvent rien contre les malotrus.

On ne s'entend plus ronronner de plaisir. Jusqu'a l'arrivee des aiguillettes de faisan cuisson basse temperature, oeuf fermier a 63degC, emulsion au beurre de truffes. C'est tellement puissant qu'on en oublie les voisins. On enchaine sur un boudin noir et parmentier de morteau completement craquant, un flan au homard et coulis d'herbes, aka "la recette zero gaspi".

Voila un chef qui recycle ses restes avec grace. Les plats : canard colvert, chutney de coing (qui amene une acidite bienvenue) et croquette de butternut, pour Carlo ; filet de maigre a la plancha, risotto aux crevettes sauvages, et jus de poulette pour moi. C'est bon, tres bon, mais plus classique que ce qu'on a eu jusqu'ici et peut-etre un peu consistant... "Oui, c'est mon probleme, je suis un peu trop genereux", rosit le Chef, qui jure qu'il va faire un effort. Ce type est decidement trop chouette. Les desserts : une declinaison poire chocolat et une tartelette croustillante au caramel au beurre sale, mousse au chocolat et glace aux marrons glaces. Puis si jamais vous avez encore de la place (normalement, non, mais bon...), le chariot de mignardises est l'un des plus beaux jamais vus.

A boire ? 

On a bu peu, on conduisait. Je cherchais un vin blanc, si possible en Loire parce que j'aime ca. Ca sera un Vouvray a 30 EU la bouteille. Notons que le sommelier m'a dirigee vers l'un des vins les moins chers, c'est assez rare que pour etre souligne. Si ca tombe, il est banquier le jour et sommelier la nuit.

L'addition

Une septantaine d'euros par personne, ce qui reste un budget, mais parfaitement justifie. Tout est fait maison, la moindre "clotte" de beurre a ete roulee a la main sous les aisselles. Et vous l'aurez compris, les aisselles de Charles-Edouard Jeandrain, elles valent de l'or.

Attablez-vous, 16 Tienne Maquet, 5000 Namur. T. +32 81 20 10 23. www.attablezvous.be.

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